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Andreas Klöden et le club des Klödettes

jeudi 21 juillet 2005, par Raphaël Watbled

Les Klödettes ont baissé pavillon. Le moral en berne, certaines d’entre elles sont déjà rentrées en Allemagne, où elles vont dissoudre dans la bière leur fan-club. Les autres poursuivent l’aventure jusqu’à Paris, en rabattant leurs espoirs de midinette sur le capitaine de leur chouchou. Avec l’espoir confus que l’amitié entre Jan et Andreas est encore sincère. Mais pour toutes, la douleur est la même : Klöden a abandonné le Tour de France, alors qu’il était encore dans les dix premiers du classement général. Dès ce soir, la directrice du fan-club des Klödettes a rédigé un communiqué où il est rendu justice à l’ex-vainqueur de Paris-Nice. Il convient de ne pas oublier qu’Andreas a réalisé un beau Tour de France, et qu’il a toujours été présent en montagne, même s’il n’a pas autant brillé qu’en 2004. Il faut souligner que le respect est dû à un coureur qui fut quand même le dauphin de Lance Armstrong, et qui gardera son nom inscrit dans la deuxième colonne du palmarès du Tour. Et qu’enfin, il a beaucoup œuvré pour son capitaine d’équipe.

Dont on espère qu’il saura être reconnaissant. Ce communiqué en prose poétique a été distribué aux cars des fans de Vino. Sur le parking de l’hôtel Formule 1, la présidente des Klödettes rencontre le meneur en débardeur de la délégation venue proposer à Vinokourov de poser pour la couverture d’un nouveau mensuel gay kazakh. C’est pas pour un poignet cassé qu’il aurait abandonné, Vino, lui fait-il un peu brusquement.Macho, pourquoi faut-il que vous soyez toujours rudes avec nous ? On joue dans le même camp, lui rétorque-t-elle, sur la défensive. Dans le même camp, fait-il en se marrant jaune, c’est qui qu’a roulé sur son propre équipier ? C’est pas Vino en tout cas. Au bord des larmes, la Klödette en chef s’en retourne, non sans lancer un vil De toutes façons, votre Vino, il n’aime pas les p… !, qui lui vaut la levée de boucliers de tout le camp d’en-face.

C’est pleine lune. La taupe des Klödettes arrive au rapport. Je sais tout, présidente. Klödi ne s’est pas brisé le poignet sur chute. C’est un sabotage. Elle en était sûre ! C’est un coup du jaune, ça ! Affirmatif, répond l’espionne, qui rapporte ce qu’elle a pu apprendre. L’autre soir…

… On toque à la porte. Andreas a pris le soin de ne pas éclairer le couloir. Derrière la porte : « Come in ! » Il s’introduit en douce dans la chambre tirée d’étoffe jaune. Une petite musique de fond distille la voix de Sheryl dans une ambiance feutrée.
- Andy ! Come in ! lui lance Lance. Andy, mon ami.
Il a dit « mon ami » comme on dit « sale traître ». Andreas n’est pas rassuré mais il ne peut plus faire demi-tour. Il s’avance, timide.
- Andy. Est-ce que tu crois que ça me fait plaisir de te voir ?
Flottement. Incertitude. Pas de réponse.
- Réponds Andy. Tu as peur, ou quoi ? Alors, est-ce que tu crois… ?
- Heu… non ?
- Non qui ?
- Non, Grand Maître.
- And why no ?
Andreas est pris au piège, il le sait. Il voudrait fuir par la fenêtre, mais il sait qu’il va devoir affronter la colère du Grand Maître, qui fronce les sourcils et attend sa réponse. Il ne posera pas la question une seconde fois.
- Ach… weil ich... parce que je...
- Tu quoi ?
- Vino a un peu bougé dans le peloton…
- Tu appelles ça « un peu bougé » ? Il nous em…, votre clown des steppes. Je t’avais pas dit d’arrêter d’attaquer ? Vous me fatiguez à fourmiller comme ça. Si au moins ça servait à quelque chose !
- Aber es ist nicht mich, Grand Maître, c’est lui, pas moi.
- Comment ça, c’est pas toi ? Vous êtes dans la même équipe, n’êtes-vous pas, Andy ?
- Ja, aber…
- Pas d’aber ! T’avais promis. Dans ma chambre, tu t’étais engagé. True or not ?
- Ja, aber…
- Tu devais surveiller tes incapables de roses ! Avec vos maillots fuchsia, vous m’agacez à dandiner comme ça.
- Comment pouvais-je…
- Shut up ! Tu sais comment on appelle les mecs comme toi chez moi ?
- Mais Grand Maître, je…
- Rhââ. Tiens, et ça, tu crois que ça plairait à ton coach, ça ?
Il pose sur la table un papier à lettre où Andreas peut lire : Cher Lance. Moyennant une petite rétribution, si tu le désires, je peux m’engager à museler mon équipe. Sois sûr de mon dévouement. Dis-moi ce que tu en penses. Signé : sa signature ! Même pas contrefaite ! Un autographe signé de lui sur une feuillé pliée… Un autographe accordé à un agent de Lance. Peut-être même une Klödette, un agent double.
- Mais qui a pu…
- T’imagines, si demain je révèle ça ?
- Mais Grand Maître…
- Faut m’obéir !
Andreas était tombé à genoux. Le billet signé est sous son nez. Dans un élan suicidaire, il avance la main pour s’en emparer avec l’espoir fou de l’ingérer. Il a repéré que la fenêtre est ouverte, il s’enfuira par là. Il a oublié qu’on est au troisième étage. Sa main s’abat sur l’embarrassant pli, mais sur sa main s’abat aussitôt la colère de Lance. Brandissant le nouveau gilet pare-balles résistant à la kalachnikov que lui a fait envoyer son ami Bush, le Maillot Jaune s’en sert pour marteler le poignet coupable. La main écrasée hurle de douleur. Le Grand Maître le relève en le tirant par l’organe brisé :
- Ecoute-moi, Klödille, je veux plus te voir traîner par ici, okay ? Si demain soir, t’es encore dans le coin, je pourrais faire des révélations…
Le malheureux traverse la chambre sans demander son reste et saute par la fenêtre.

La présidente des Klödettes est atterrée. Mais il faut faire quelque chose ! Il faut tout dire ! Son agent la ramène à la raison : Comment faire ? Lance a le billet signé.
- Il faut le récupérer !
- Tu le connais mal.
- Mais qui a pu ? Quelqu’un du club ?
- Ou du club de Vino ?
Il est convenu que rien ne sera dit. De toutes façons, il n’est pas certain que la taupe des Klödettes n’ait pas menti elle-même.

Messages

  • Mon cher Rahaël, vous vous êtes encore surpassé aujourd’hui ! Les klödettes, il fallait oser, au fait, comment faut-il prononcer," kleu" ou" klo ?"

    Pour ma modeste part je vois dans la défection de monsieur Klöden un autre inconvénient : tout le monde sait bien que l’Américain moyen souffre de myopie géographique chronique - c’est dû m’a-t-on dit aux immenses quantités d’édulcorants de synthèse qu’ils ingurgitent, mais ceci est une autre histoire - et confond volontiers les contrées, surtout celles des autres, et en particulier quand elles se situent en Europe. C’est ainsi qu’une de mes connaissances étatsuniennes me disait un jour que l’Autriche et l’Allemagne c’était pareil, la France et la Belgique kifkif et le Canada un état des États-Unis, oui, car cet homme confondait encore plus que les autres. Alors imaginez avec les hommes ! Comment distinguer un Allemand d’un autre Allemand ? C’est qu’ils sont tous pareils ces gens-là pour l’oeil du middle class american. En plus ils ne parlent pas anglais, difficile de les distinguer ! Et jamais il ne sait, l’Armstrong qui très peu se retourne lequel le suit et lequel l’attaque des Allemands en fuchsia. Enfin, jusqu’à présent. Car la défection de Klöden est un rude coup porté à Ullrich et compromet de façon rédhibitoire ses chances de victoire, voire de podium.En effet, chacun a pu observer la T.Mobile roulant en formation compacte. Rien ne dépasse, les coups de pédale se ressemblent, Ullrich a maigri au point de ressembler comme un frère à Kessler, ils ont poussé le mimétisme jusqu’à acheter les mêmes lunettes. Tout ça pour feinter les Américains en général et leur Général en particulier. Klöden avait pour mission de se faire passer pour Ullrich incognito - sans les lunettes blanches - tandis que Kessler faisiat l’Ullrich léger et semait la confusion chez l’adversaire en lançant des attaques dans les montées pendant que le vrai Ullrich et Vinokourov ferraillaient de leur côté pour faire diversion. Jusqu’à présent leur plan a parfaitement fonctionné : la preuve ? On n’y comprend plus rien ! C’est donc qu’ils sont très forts. Mais sans Klöden, tout s’écroule. Comment faire semblant d’être Kessler ou Ullrich désormais, les Américains savent compter et deux c’est poins que trois, alors sauf à remettre Vino dans une tenue fuchsia et l’affubler de lunettes blanches, je ne vois pas.
    Décidément, cette histoire d’autographe est bien triste, encore une pratique qu’il faudrait proscrire !

  • cété juste pour avir l’adresse du Gay Kazake. Kéyvinna Fernandèz

  • Vous vous êtes vraiment surpassé !!! Quelle imagination... J’en viens même à espérer que le Tour dure davantage, uniquement pour lire de nouvelles chroniques ! J’espère que la suite de la saison continuera à vous faire réagir, avec le retour de coureurs talentueux et sympathiques (c’est possible !!!) : Damiano Cunego, Oscar Freire, Alessandro Petacchi. Je compte sur vous pour un article, dédié à l’entrée dans la légende de Freire : 4ème titre mondial, record battu, et à domicile de surcroît !!!

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