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Armstrong ou l’ombre éternelle du septennat

dimanche 24 juillet 2005, par Raphaël Watbled

Jacques Anquetil a participé au Tour 1966 sans le gagner. Eddy Merckx a été battu par Bernard Thévenet en 1975, courant loin de la victoire en 1977. Bernard Hinault a été battu deux fois, en 1984 par Laurent Fignon, en 1986 par Greg LeMond. Miguel Indurain a terminé onzième en 1996. Aucun de ces quatre hommes, que le cyclisme tient pour les Géants de référence, n’a gagné son dernier Tour de France. Tous ont terminé par une défaite. Tous se sont montrés au moins une fois dans une posture athlétique passable. Tous ont livré au vélo une souffrance qui a révélé leur combat. C’est ce qu’on appelle l’humanisation des champions.

Un seul homme va délibérément quitter le cyclisme sur une victoire dans le Tour de France. En ayant fait son choix avant de le gagner. En établissant un record écoeurant. En n’ayant jamais failli face à l’adversité. En s’étant offert son dernier Tour sans inquiétude. Aucun cycliste n’a jamais trouvé la possibilité de le contredire. Lance Armstrong va courir sa toute dernière course de la manière la plus éclatante : avec le Maillot Jaune, sur les Champs-Elysées. Au sommet de sa gloire, qui a duré sept années.

Le septennat va donc s’achever en direct. On dit que Lance Armstrong va s’adresser au public, c’est une première. Pour la concurrence aplatie, on ne peut pas rêver pire passation de pouvoir : en restant sur une victoire, facile de surcroît, Armstrong va plonger le cyclisme dans le doute permanent ; combien encore aurait-il pu en gagner ? Comme par commisération, l’Américain se retire pour en laisser aux autres. Il leur a fait ombrage. Que le peloton s’amuse à présent ! J’y consens.

Le septennat d’Armstrong est très lourd pour le vélo. Jamais coureur ne fut autant honni, soupçonné, méprisé. Idole pour les autres, il n’a pas pu éviter les soupçons les plus improbables, et jusque dans la presse la plus pertinente, on ne se prive pas. Quoi qu’il arrive, la force de l’Américain est sujette à réflexion : sans être, vraisemblablement, le plus grand et le plus stylé des champions du siècle, Armstrong a donné à ses performances une apparence de perfection, et de robotisation. Par sa pérennisation, d’abord. Par son infaillibilité. Par sa prévisibilité.

Quelle que soit l’origine de la force d’Armstrong, il y a un autre mal dans le cyclisme. C’est une discipline qui accepte mal, par essence, de devenir un sport-business. Mais c’est trop tard. La pression des sponsors, les exigences du Pro-Tour, l’envolée des salaires, le montant des primes, la dérives des stratégies d’équipes, ont conduit le cyclisme à adopter un style melliflue et une logique de course unique et insipide : un travail d’équipe monumental destiné à asphyxier la course, une avancée-buldozzer, une obligation d’attentisme général, et la victoire qui se joue dans les derniers hectomètres. L’attentisme des favoris est le symptôme caractéristique de la maladie du cyclisme. Armstrong en a profité.

L’affadissement de la course était devenu évident avec le perfectionnement des équipes de sprinteurs et la monotonie des étapes de plaine. Armstrong a breveté le style du premier-dernier col gagnant, qui consistait à se faire emmener par une équipe surentraînée jusqu’à la première arrivée en altitude (dernier col de la première étape de montagne), comme une navette qu’on met sur orbite. Ce qui permettait invariablement de mettre à profit sa capacité à sprinter sur un col, et à creuser des écarts brutaux. Les étapes de montagne sont escamotées. Il ne faut pas se réjouir que le vélo ressemble de plus en plus aux circuits Formule 1. Armstrong se vante d’avoir participé à cette évolution, mais c’est une dérive.

Il faut admettre que, au-delà du simple problème du dopage, le cyclisme est en souffrance.

Messages

  • Que reste-t-il de nos amours ? Que reste-t-il de nos beaux Tours ? Rien, il ne reste rien ! Désormais le Tour de France est rentré dans le rang, l’exception française a vécu, la "culture" Star Ac triomphe avec son sensationnalisme, son vénalité et sa vulgarité. Il n’est que d’écouter un peu, si vous pouvez l’endurer plus de quelques minutes, le babillage mondano-sanguinolo-bêtifiant de Gérard Holz pour s’en convaincre. Nous avons quitté l’ère des géants pour entrer dans le monde des nains ! Plus jamais nous n’aurons de champion légitime. Toujours l’ombre du Texan planera sur le mauvais Tour qu’il a joué à notre Douce France.Je revends ma télé et j’éteins la radio, je ferai du vélo en écoutant Trenet. On nous le laisse lui : chante pas en anglais. Invendable !

  • Armstrong a gagné. Encore et pour Toujours, il sera le vainqueur, l’indétrônable monarque du cyclisme. une vrai histore à l’Américaine : l’homme est parti de rien, fils d’une pauvre fille de 17 ans abandonné par son amant. il est revenu d’entre les morts, lorsqu’en pleine jeunesse un cancer gravement métastasé promettait d’envoyer pourrir son corps six pieds sous terre. mais Lance en a voulu autrement. il a cru à sa chance, il a eu le courage de lutter encore et toujours. et ce corps que les meilleurs médecins promettait aux asticots, il en a fait un corps d’Athlète. et quel Athlète ! 7 victoires au tour de France. inhumaim le Armstrong ? certain l’accuse dêtre un simple robot, une simple machine, un infra humain en quelque sorte. est pour conjurer la troulante évidence qui aurait conduit nos ancêtres à en faire un dieu ?

    Peu etre. ce qui est certain c’est que Lance n’est pas perçu comme un saint. c’est le martyr qui fait le saint, or lance ne semble pas souffrir. lance se promène. quel scandale ? et les français de crier en choeur : "on nous a volé notre spectacle" "ou est cette sueur, ou est ce sang que l’on nous avait promis ? "

    et oui la victoire de Lance n’est pas la victoire de la société de spectacle. pour celà il fut du sang de la souffrance. les romain ne venait pas voir des match d’escrime dans les amphithéatre mais des guerriers s’égorger. que ce serait il passé si un guerrier était sorti sans égratinure ?

    Lance est celui là : l’intouchable. les spectateur n’aiment pas ça car leur sadisme n’est pas comblé. tant pis pour eux. les vraies sportifs savent apprécier la formidable aventure de Lance.

    bravo Lance, tu es le plus rapide des hommes, tu as repoussé les limites de l’humain. et pour cet exploit nous te disons simplement mais sincèrement merci

  • Lance est le plus grand coureur du Tour, personne ne peut remettre ce fait en cause. Il en a gagné 7, sans être vraiment inquiété. Il part au sommet, ce que personne n’avait jamais fait. Et surtout, il ne faut pas oublier qu’il a remporté son premier tour l’année de ses 28 ans, quand à cet age, Merckx et Hinault en avait déjà 4 dans la musette...

    Je n’ai pas de soupcon de dopage à son égard, il est simplement le plus fort de son époque, quelqu’en soient les caractéristiques, comme Indurain était le plus fort des années EPO...

    Pourtant, quand je regarde le timing de la domination d’Armstrong, je ne peux m’empécher de penser que son règne a en fait commencé, sans que personne ne le réalise sur le coup, le 05 juin 99 à Madonna Di Campiglio, avec l’éviction de Pantani du Giro...

    Le Tour 99 n’était certes pas très dur, Armstrong aurait certainement battu Marco, mais il n’aurait surement pas gagné à Sestrières, et aurait du batailler ferme le lendemain dans l’Alpe pour éviter de prendre plus d’1 minute..

    Alors oui, quand je vois le déroulement du Tour 2000, avec un Pantani déjà cocainé, sous entrainé ( il n’avait recommencé à s’entrainer que 1 mois avant le Giro ), et qui pourtant s’était amélioré au point de lacher Armstrong à Courchevel ( rappelez vous du signe de la tête à Heras : Je n’y vais pas..) et de provoquer sa panique ( coup de fil à Ferrari ) puis indirectement sa défaillance ( Joux Plane ) dans l’étape de Morzine, je ne peux m’empécher de me dire qu’avec Pantani, le septennat d’Armtrong aurait été moins tranquille....

    Regrets eternels.....

    Parce qu’un Grimpeur comme Pantani, il n’y en a qu’un par siècle....

  • Le problème avec Armstrong, c’est qu’il ne faut pas lire son bouquin sur le cancer. Il en devient attachant. Et crédible. Si l’on oublie son passé, son présent devient très douteux. Sa complicité avec Basso aussi. L’incapacité des costauds de la T-Mobile (Vino, Ullrich, Kloden) pitoyable. Il est bien évident que le niveau de préparation est étonnant. J’ai vâguement fait les calculs suivants, qu’il faudrait refaire sérieusement :

    Le Tour 2005 a une moyenne supérieure de 5km/h à ceux des années quatre-vingts. On dépasse les 10% d’accélération sur vingt ans. Sachant que le dopage est monnaie courante dans le cyclisme depuis presque toujours, que le matériel est un peu plus performant, quelle est la part du reste ? Et pourquoi tant d’écarts athlétiques entre Armstrong et les autres ???

  • Raphaël, beau final que ces trois chroniques. Merci pour la haute tenue de ces articles qui en feraient pâlir d’envie plus d’un...
    A bientôt peut-être sur les routes aixoises, ou à la rotonde le dimanche matin ;-)

  • On pourra trouver des explications à la domination d’Armstrong. Il avait une hygiène de vie extraordinaire, c’était un champion exceptionnel, ses médecins étaient formidables... certes, et surtout, il s’est consacré, durant son "septennat", uniquement au Tour. Ses concurrents avaient un calendrier chargé, lui, il préparait le tour...
    Avec du recul, on finira bien par se rendre compte qu’à côté des palmarès de Merckx, Hinault et c... celui d’Armstrong ne pèse guère... A moins de prendre en compte uniquement le tour de France (Merckx : 5 tours d’Italie + 5 tours de France + Tour d’Espagne, 3 fois champion du monde pro, 7 Milan-San Remo 3 paris-Roubaix, et c....)

    Ce qui a aussi beaucoup nui à l’intérêt sportif du Tour, (et je ne comprends pas que les organisateurs ne s’en soient jamais rendu compte) c’est le contre-la-montre par équipes.

    Les coureurs qui auraient pu individuellement inquiéter Armstrong (grimpeurs, et c...) étaient pour la plupart lourdement handicapés par cet exercice dès lors qu’ils n’avaient pas les moyens de se payer une équipe de rouleurs. Armstrong était placé tactiquement en position idéale, ce dont il n’avait pas besoin.

    Est-il d’ailleurs justifié du point de vue sportif que des résultats obtenus par équipe interviennent aussi lourdement sur le classement individuel ? Je ne le crois pas. Armstrong aurait peut-être gagné quand mêmes sans les c.l.m. par équipe, mais le tour aurait été bien plus intéressant.

    Voir en ligne : Il n’y a pas que le Tour !

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