Accueil > 2003 - 2013 > 2005 > Tour de France 2005 > Giuseppe Guerini et les Copains

Giuseppe Guerini et les Copains

vendredi 22 juillet 2005, par Raphaël Watbled

Il y a des coureurs habités par la grâce. D’autres pas ; et puis encore d’autres, qui ont presque du mérite à pédaler tant ils semblent contredire la nature du mouvement. Giuseppe Guerini est hors course d’emblée pour la recherche du mouvement perpétuel. Le petit grimpeur est fait de saccades et de chaos. Et c’est beau !

La victoire est toujours belle.

Si elle mérite qu’on la trouve belle.

Dans son dernier kilomètre, l’Italien de la T-Mobile qui suit une thérapie lourde depuis sa chute dans l’Alpe-d’Huez en 1999, était terrorisé, dit-on, persuadé qu’un photographe-kamikaze se précipiterait sur lui et l’abattrait à coups d’objectif. Depuis cet incident qui l’a livré à la postérité bien plus que son succès au sommet de la montagne, Guerini est frappé d’une phobie épouvantable pour les caméras et les appareils photo, et ce n’est que pour fuir la moto images qui le harcelait, n’y tenant plus, qu’il est parti comme un fou au Puy-en-Velay. Avec ses airs de Fernando Escartin, le moustique en rose prive Sandy Casar d’un succès qu’il manque pour la deuxième fois en dix jours, ce qui nous vaut le déferlement chauvin des commentateurs. Je vous donne la une : Casar ne l’emporte pas au Puy. C’est ainsi, Giuseppe, si tu veux qu’on parle de tes victoires, il ne faut pas battre un Français.

La littérature aime les belles gueules. Mais c’est ce qu’on croit. Pour avoir partagé mon premier tricycle avec Jules Romains, je peux vous confier que Guerini a exactement la bobine d’un des Copains de son roman. Le scoop devrait plaire à Gérard Holtz, qui a toujours quelque chose à révéler, un exploit à saluer, un cameraman à féliciter, un hélicoman à qui rendre hommage, un motoman sensationnel à embrasser, un coureur à trouver génial, un prétexte à jouir. C’est mon meilleur ami (après JR Godard). Pendant que Jan Ullrich continue inlassablement de tourner autour de la circulaire mairie d’Ambert, à la recherche du milieu de la façade ou d’un morceau de fourme, l’orgasmique journaliste du service public se débat heureux de lui-même avec les noms du peloton : Yorgue Yachkeu, Guyouzépé Gayrini, Tour Hhhhuch-ofd…

Devant l’hôtel de ville d’Ambert, Ullrich et Vino, les deux Copains, se sont tus, perplexes. Je n’aperçois qu’une solution*, dit Vino. Nous allons tourner l’un derrière l’autre autour de la mairie d’Ambert. Nous tournerons d’un mouvement régulier. De la sorte nous passerons nécessairement devant le milieu de la façade, si ce point existe ; ou si, comme je pense, ce point n’existe pas dans le réel, s’il n’est qu’une pure conception de l’esprit, si, pour mieux parler, il s’agit d’un lieu géométrique, nous le décrirons en entier..
- Dans quel sens tournerons-nous, demanda Jan.
- Mais dans le sens des aiguilles d’une montre !
L’un derrière l’autre, poussant leurs bicyclettes aux cadres slooping et vitesses indexées, Alex et Jan commencèrent à tourner autour de la mairie. Quelques instant plus tard, Alex Zülle qui était en vacances arriva incognito sur la place de la mairie. Il était fort myope. Aussi ne distingua-t-il qu’un bloc volumineux dressé dans l’ombre.
- Je ne sais pas où est la façade. Mais je n’ai qu’à faire le tour du monument, par la gauche. Il marchait d’un bon pas. Il se dit, en pensant à Jean-Paul Ollivier :
- Il doit y avoir une espèce d’abside arrondie. Je suis en train de la longer. La façade est de l’autre côté sûrement.
Mais la muraille tournait devant lui, sans fin. Il eut l’impression d’être revenu à son point de départ.
- Cornegidouille, cette affaire-là ressemble fort à ma carrière. Je suis probablement la dupe d’un effet de symétrie.
Pendant ce temps, Godefroot qui avait rejoint Ullrich et Vino dans leur quête en rond, eut un éclair de génie, qui détermina une nouvelle stratégie d’équipe :
- Je crois que nous serions arrivés plus vite en tournant par la droite.


* Texte tiré et adapté du roman Les Copains de Jules Romains.

Messages

  • Mangez du patia !
    Comme Giuseppe Guerini. Je m’explique :
    Ce matin, à Ambert, Giuseppe eut un petit creux, il entra chez un bougnat et il demanda :"un piatto di pasta, per favore." Madame Bougnat ne comprit pas, alors elle héla Monsieur Bougnat, un puits de culture et qui avait voyagé dans sa jeunesse et ailleurs . Pour l’heure il cherchait des vérités universelles au fond de la cave entre deux barriques de monts du Forez et une douzaines de fourmes encore intactes. Le brave homme passa son auguste chef par la trappe et :
    "Qu’est-che qui che pache Hermoinette ?
    - ch’est le Monchieur Italien, il veut quelque chose que je ne comprends pas. Et Guerini, affamé mais aimable comme seul un Italien peut l’être malgré la fringale répéta sa demande pour le bon Auvergnat.
    "Ben ch’est fachile mon Hermionette ! Le monchieur veut un plateau de patia. Allez, sers-le, je retourne à mon rangement. C’est ainsi que Giuseppe régala son transalpin palais d’une spécialité dont Ambert a le savoureux secret. Il en reprit à deux reprise si j’ose dire, lança une poignée d’euros sur le zinc de l’estaminet et son séant sur la selle de son cheval roulant. Vous connaissez la suite... Vous connaissez aussi le nom de la substance magique qui fait tourner les pédales plus vite. Alors surtout, n’allez pas en parler autour de vous ! Certains pourraient se sentir autorisés à revenir en 2006...

  • Une recette régionale... LA PATIA
    Pour 6 personnes il faut : 1/2 litre de crème fraîche, 125g de beurre, 1/2 litre de lait, 1,5kg de pommes de terre.
    Peler les pommes de terres, les couper en morceaux irréguliers.
    Prendre une cocotte en fonte, la frotter avec une gousse d’ail, faire fondre le beurre. Quand le beurre est fondu, mettre les pommes de terre puis ajouter la crème et le lait jusqu’à ce que les pommes de terre soient entièrement recouvertes.
    Faire cuire à feu très doux au moins trois heures.
    Poivrer et saler 10 minutes avant la fin de cuisson.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.