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Tour des Flandres 2011

Chavanel, péché loyal

dimanche 3 avril 2011, par Raphaël Watbled

Son abnégation et sa constance l’avaient rendu égal ou presque à Fabian Cancellara, vraisemblablement supérieur aussi à son chef d’équipe Tom Boonen. Son endurance et sa persévérance l’avaient mis en situation de remporter l’une des plus belles courses au monde, et de fait la plus belle victoire de sa carrière. Sa ténacité et sa vélocité finale, hors de tout doute valable et en dépit des pronostics, lui permettaient l’audace folle et l’heur improbable de vaincre l’élite mondiale, de contenir Nick Nuyens et de se faire roi en Flandre.

Et c’est ce bout d’audace finale qui aura manqué à Sylvain Chavanel, ce petit morceau d’impétuosité qui l’avait pourtant caractérisé pendant l’heure qui avait précédé, cet instant de détermination cruciale et décisive qui aurait dû lui insuffler l’irrépressible conviction de victoire et le hardi désir de triompher, qui auraient dû le pousser à s’affranchir de ses dernières obligations d’équipier, et à croire qu’il pouvait gagner, qu’il devait gagner, à savoir hors de tout doute qu’il serait le premier sur la ligne.

Car de ce Tour des Flandres, s’il n’était pas le meilleur par les pronostics ni par l’intrinsèque puissance qui fait de Cancellara ou de Gilbert des titans des classiques, Sylvain Chavanel était le meilleur par l’intrépidité et la présomption qui, certains jours font de lui un coureur un peu prétentieux et légèrement agaçant mais à qui l’on passe ses accès d’orgueil, et d’autres jours le charmant combattant dont la témérité laisse entrevoir qu’il a, en définitive, les moyens de ses prétentions.

Il lui fallait être intrépide, serein et sûr de lui, pour suivre le diabolique et surpuissant Cancellara, parti à sa poursuite et revenu sur lui en laissant croire qu’il ne lui laisserait aucune chance. Mais le Suisse, bien que naturellement très fort, n’était pas au niveau écoeurant qui en avait fait à la fois le terrifiant vainqueur du doublé Tour des Flandres - Paris-Roubaix 2010, et le très récent lauréat du Grand Prix E3 (dans lequel il a réalisé une démonstration). Est-ce que la pression avait écrasé les épaules du Géant ? Est-ce que la tranquille obstination de Chavanel à le suivre, sans réelle difficulté, avait modéré ses ardeurs ? Très fort, Cancellara l’était, mais pas assez pour renouveler l’exploit.

Il lui fallait être tenace et costaud, encore, pour tenir la roue du même Cancellara lorsque la meute des favoris opérait tout juste la jonction dans le Grammont, et que, refusant de déposer les armes, le Suisse en remettait une couche sur les pavés du mont. Sans lâcher un mètre, Chavanel persistait. Si Cancellara repartait, il repartirait avec !

Il lui fallait être sacrément costaud, toujours, pour chasser le même Cancellara dans les derniers kilomètres, alors que Langeveld, Boonen, Gilbert, Ballan, Nuyens, Hincapie entre autres étaient revenus et n’affichaient, pourtant, pas tellement plus de fraîcheur.

Nick Nuyens suivait alors Chavanel qui suivait Cancellara. Les poursuivants, tout près, n’auraient qu’à les dévorer dans les derniers mètres.

Ce qui ne se fit pas ainsi. Unis dans leur fougue et leur opiniâtreté, malgré la fatigue de leur raid, Chavanel et Cancellara résistaient au dernier retour pourtant inévitable du groupe des poursuivants.

Et c’est là que le bout d’audace a manqué à Chavanel, au moment où plus que jamais il aurait dû être certain de sa force, où il aurait dû se savoir supérieur.

Par excès de loyauté peut-être, Chavanel a semblé vouloir attendre le retour désespéré de son chef Boonen qui s’arrachait du groupe derrière Nuyens, Cancellara et lui, et qui sprintait comme un fou furieux. Et qu’aurait-il fait alors, Chavanel, si seulement Boonen avait su combler les longueurs qui le séparaient encore du trio ?
Mais non, la même fatigue s’était déposée sur les épaules douloureuses de tous les concurrents, et les uns étant infichus de rejoindre les autres, la victoire se jouerait entre les trois derniers audacieux.

Ce bout d’audace qui a manqué à Chavanel ! Se croyant peut-être condamné par ses efforts de la journée, s’estimant peut-être lié à son chef d’équipe, et oubliant qu’il était à un souffle du triomphe, Mimosa a reporté son attention sur son pourtant vaincu de Boonen derrière lui, plutôt que sur le sprint qui se jouait devant lui. Alors qu’il était idéalement placé - attendant vainement le retour d’un battu ; interminable attente de quelques secondes, invraisemblable flottement. La défaite de Boonen ne fut comprise que trop tard.

La conviction qu’il devait jouer sa propre carte lui venait cinq secondes trop tard.

Cancellara était à bout.
Nick Nuyens gagnant le sprint. Chavanel échouait de justesse, deuxième.

Peché d’orgueil de la part de Tom Boonen qui n’aurait pas dû s’évertuer à sprinter, laissant accroire qu’il lui fallait le secours de Chavanel.

Péché de loyauté de la part de Chavanel.

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