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Tirreno-Adriatico 2011

Les bons réglages de Cadel Evans

mercredi 16 mars 2011, par Raphaël Watbled

Il y a un côté attrayant et presque séduisant à voir un champion réputé rouleur, attentiste ou suiveur à remporter une belle étape en ligne. On perçoit ce soulagement discret chez quelques observateurs qui se soufflent à eux-mêmes : « Ah ça fait du bien ! », quand ils voient Cadel Evans arracher le sprint à Macerata, dans la sixième étape de la Course des deux mers. Ce n’est pas une première néanmoins, et on se souvient de sa belle victoire dans la Flèche Wallonne 2010 avec le maillot de Champion du monde sur le dos - et on dit même que son titre mondial en 2009 l’aurait décomplexé - mais Cadel Evans a toujours quelque part sur la peau une petite étiquette comme un sparadrap du capitaine Haddock : on a tant dit de lui qu’il manquait d’initiative, ou qu’il subissait la course, ou que les pentes raides le poussaient à la limite de la rupture, ou que les manœuvres de l’adversité le cantonnaient à un rôle de suiveur un peu poussif, ou encore qu’il compensait par le contre-la-montre ses inhabiletés en côte… On a tant dit de lui, donc, qu’on persiste toujours un peu à le croire.

La seule régularité n’est donc pas le motif unique de la victoire méritée de Cadel Evans à Tirreno-Adriatico, non plus qu’un contre-la-montre sur lequel il aurait exclusivement appuyé son succès. L’Australien a construit quotidiennement ce succès qui, dans cette épreuve plus qu’ailleurs, échapperait pour quelques secondes au moindre fléchissement.

Les commentateurs d’internet ont bien développé cette caractéristique d’une course qui a pris l’habitude de se jouer dans un mouchoir de poche, et non pas, pour autant, par manque de mouvement. Les bonifications y sont souvent le juge de paix, pour une concurrence d’assez haut niveau qui s’est tiré la bourre toute la semaine, notamment dans des arrivées d’étapes aux derniers kilomètres bien sentis aux allures de Mur de Huy, que Tirreno préfère aux grands cols et aux profils montagneux. On raconte aussi que Tirreno-Adriatico volerait la vedette à Paris-Nice en attirant désormais des postulants de meilleur rang et en plus grand nombre, sur un parcours au moins aussi enviable voire plus propice aux sensations. La comparaison n’est cependant pas si facile à faire, car les deux courses sont trop sensiblement différentes et le peloton n’y réagit pas de façon semblable ; quant aux concurrents, on trouve du linge d’aussi bonne qualité de part et d’autre et l’on sait maintenant assez bien qu’un même champion ne brille pas toujours des mêmes feux de l’un et de l’autre côté d’une frontière.

Si Evans est le vainqueur final, c’est parce qu’il aura été de toutes les arrivées capitales et assez spectaculaires, à savoir celles des quatrième, cinquième et sixièmes étapes (cf note 1) ; qu’il aura accompli avec ses BMC un contre-la-montre par équipes d’ouverture assez convenable (2) ; et qu’il aura réalisé un contre-la-montre final très correct (3).

Le seul adversaire qui fît jeu quasi-égal avec Evans sur les étapes individuelles est Michele Scarponi, habitué de l’épreuve (4), troisième du classement général final : l’Italien est le seul à avoir toujours été classé dans le même temps qu’Evans sur les étapes en ligne et il ne lui a concédé que 6 secondes dans le chrono individuel. Le jeu des bonifications que les deux hommes se sont disputées dans les sprints a légèrement pondéré cet écart (2 secondes à l’avantage de Scarponi) et le chrono par équipes du premier jour a fait le reste (11 secondes à l’avantage d’Evans).

Si Robert Gesink s’intercale à la deuxième place du classement général, c’est à la faveur du contre-la-montre où Rabobank a dominé les autres équipes. Mais les 26 secondes acquises sur les BMC d’Evans ont été débordées par un petit tassement du Néerlandais dans les deux premières étapes du triptyque décisif (5) et par les bonifications engrangées par l’Australien. De tous les rivaux directs d’Evans, Gesink reste cependant le seul à faire mieux que lui dans le contre-la-montre final (9,3 km), remporté par le spécialiste du genre Fabian Cancellara (6).

Les trois arrivées très spectaculaires de Chieti, Castelraimondo et Macerata, remportées respectivement par Scarponi, Gilbert et Evans, assez pentues pour susciter du sensationnel et pour contraindre les cadors du peloton à se dévoiler et à se projeter un cran devant, mais pas assez durables pour créer des écarts décisifs, auront fait de Cunego, Basso, Di Luca, Gesink, Nibali, Visconti, en plus des trois précédemment cités, leurs principaux héros. Mais il fallait, pour escompter triompher en définitive, être trois fois au meilleur niveau ou presque. Dans ces trois efforts de dernier instant et de grande amplitude, chacun a en vécu un au moins plus péniblement que les autres ; mais Evans et Scarponi ont été les mieux réglés.


(1) Evans a terminé respectivement 3ème (dans le temps du vainqueur Scarponi), 12ème (à 2 secondes du vainqueur Gilbert) et 1er.
(2) BMC était 6ème à 26 secondes de Rabobank.
(3) Evans y réalise le 12ème temps, à 31 secondes de Cancellara.
(4) Vainqueur en 2009, deuxième en 2010.
(5) Gesink a terminé respectivement 6ème à 12 secondes de Scarponi et Evans, et 15ème à 17 secondes de Gilbert.
(6) Gesink réalise le 9ème temps à 27 secondes de Cancellara (4 secondes de mieux qu’Evans).

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