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Paris-Nice 2011

Martin sur la Promenade

Étapes 6 à 8

lundi 14 mars 2011, par Raphaël Watbled

Rhâ, il a une petite tête de poupon, on en serait presque à vouloir lui donner le biberon. On lui prête un air sympa, des joues roses, un sourire amène et pas fallacieux pour deux sous, un regard luisant parfois presque chagrin à la limite de nous apitoyer, des qualités de rouleur hors pair qui en font le meilleur rouleur mondial à côté ou juste en-dessous de Cancellara (son rival attitré en la matière), un statut de favori de Paris-Nice 2011 qu’il a honoré très aimablement à la faveur d’un parcours assez propice, et même, même un avenir de coureur de Grands Tours à en faire le successeur d’un certain de ses compatriotes, Jan Ullrich.

Pas si vite !

Dans la série des aventures de Tony Martin (qu’il conviendra de prononcer « Martine », à la teutonne), l’arrivée en jaune du sympathique intéressé à Nice - dernière étape de la Course au Soleil qui aura en effet rarement autant couru après l’astre chauffant - n’était rien de moins que prévisible, au regard du long contre-la-montre (27 km) qui, cette année, constituait le nœud de l’épreuve bien davantage que les bosses, côtes et cols qui n’avaient, quand à eux, que vocation à pondérer ou à préparer ledit contre-la-montre qui, pour cette fois, ne jouerait pas le simple rôle d’un (pré-)ajusteur de classement général. Tout l’enjeu ici était de résister le mieux possible aux difficultés des étapes en ligne et de mettre la gomme dans le chrono, qui déciderait de la hiérarchie parmi la pré-sélection montagneuse.

Laquelle pré-sélection, opérée essentiellement dans le col de la Mûre le cinquième jour à une quinzaine de kilomètres de l’arrivée à Vernoux-en-Vivarais, se composerait dans les faits d’une vingtaine de coureurs en tout, dont le premier des deux groupes serait fondé par ces huit hommes : Klöden (le vétéran), Samuel Sanchez (le champion olympique dont on précise le prénom afin de ne pas le confondre avec Luis-Leon), Carrara (le play-boy d’après Thierry Adam), Martin (le héros), Taaramäe (à ne pas confondre avec cette petite mousse grecque et rose dont on tartine les blinis), Kiserlovski (le Croate malheureux [cf note 1]), Brajokovic (le Slovène confirmé) et Tondo (le disparu de Nice [2]) - tout ceci cité par ordre d’arrivée à Vernoux. Le deuxième groupe fort de la Mûre (mais légèrement inférieur au premier, forcément), contiendrait quelques talents à ne pas sous-estimer en vue du chrono d’Aix, entre autres : Kreuziger (cf note 3), Péraud, Rogers, Wiggins, Hesjedal (4), Leipheimer et même éventuellement Frank Schleck (5).

Au-delà de la 23ème place, plus rien d’intéressant ne pouvait bousculer le classement général sur le seul chrono : tous trop loin.

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Martin à Puyricard (étape 6)

Le chrono-roi fit donc ce qu’il avait à faire. Des huit premiers, seuls Carrara et Kiserlovski perdirent leur avantageuse position ; l’ensemble des vingt-trois hommes se redistribuèrent les places non sans laisser s’immiscer parmi eux Richie Porte, auteur du troisième temps de l’étape, Van Garderen, Gerdemann et Chavanel, mais à des places encore trop éloignées.
En haut du classement, le ménage avait été fait par le très attendu Tony Martin, vainqueur de haute main, par Bradley Wiggins, deuxième de l’étape et revenu troisième au classement général, et par Andreas Klöden, encore très bon dans la discipline, mais pas suffisamment pour conserver le Maillot Jaune - juste de quoi sauver la deuxième place, d’un iota. L’excellent Jean-Christophe Péraud, Champion de France du chrono 2009, s’invitait parmi les cadors.

La suite ne fut qu’une validation - sous la flotte. La météo n’incita guère aux grandes manœuvres ; mais on ne pourrait que regretter que les Radio Shack de Klöden n’aient pas pu, ou su, ou voulu tenter le coup, comme Samuel Sanchez qui, en jouant les bonifications à Biot puis en forçant un peu le sort à Nice, a remonté Brajkovic, Leipheimer puis Péraud, passant de la 8ème à la 5ème place. Et il s’en eût fallu de peu qu’il ne poussât aussi Taaramäe. Or, en bon nombre et apparemment dans une forme plus que convenable, les Radio Shack n’auraient pas démérité à essayer d’effacer les 36 secondes de retard de Klöden. Mais enfin, le froid, la pluie, les glissades, la fatigue, peut-être même l’impression que Martin n’était pas homme à consentir, auront réduit ces hommes au silence.

Bref, les 27 km du contre-la-montre ont sculpté le Paris-Nice 2011, et le triplé français (deux pour Voeckler, une pour Di Grégorio) ont enchanté les chauvins, avec raison. Mais mais mais… Si la montée en puissance de Martin était ainsi attendue, et d’autant plus que le programme de l’épreuve allié à sa force actuelle en faisait la favori naturel, il ne serait pas résolument sage de classer notre gentil Teuton parmi les courtisans du Tour de France. Taillé pour les courses d’une semaine, il l’est assurément, pour peu qu’un aimable chrono les agrémente de surcroît. Mais la haute-montagne et les trois semaines de courses, croyez-le, auront raison de son talent autant que pour Cancellara, dont certains pensaient aussi prédire qu’il jouerait le classement général d’un Tour. La marge de progression est encore large, mais pas assez ample pour le voir convoiter un podium. La haute-montagne, à laquelle il peut résister quelques jours, demeurera l’obstacle à ce genre d’augures.


(1) Une chute l’avant-dernier jour l’élimina de la course.
(2) Le dernier jour à Nice, son retard a fait reculer Tondo dans le classement.
(3) Finalement décevant.
(4) En-dessous de son niveau attendu.
(5) Il abandonnera le lendemain du chrono.

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