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La silencieuse éclipse de Wiggins

samedi 26 octobre 2013, par Raphaël Watbled

Retour sur le Tour de France 2011. Notre dossier complet sur Histoire du Tour 2011.

L’étape Le Mans – Châteauroux, victorieusement conclue par Cavendish, avait transporté le peloton jusque dans le Centre. Le Tour plongeait vers le sud. Autant dire que ça sentait le Massif central à plein nez, et le profil des étapes à venir s’annonçait rébarbatif à toute la catégorie des sprinteurs. Deux étapes dites accidentées, à travers l’Auvergne et les monts du Cantal, devaient donner un nouveau tour à la course. Les favoris ne se dévoileraient peut-être pas tout à fait, mais ils y établiraient de premières estimations sur leur état de forme.

Quelques outsiders en moins

Pas tous les favoris. Certains avaient déjà quitté l’épreuve. C’est que ce premier tiers de course avait notablement chahuté le peloton en jetant les coureurs de-ci de-là sur le bitume. Trop ballotés, trop malmenés, trop meurtris, des hommes blessés avaient laissé leurs espérances sur la route. Pour certains, c’est l’objectif de toute une année qui avait été saccagé en une fraction de seconde.

De trop nombreuses chutes avaient donc éreinté le peloton. Deux étapes avaient été spécialement dévastatrices.

Désastre chez RadioShack

Avec 80 km de routes côtières en bord de Manche, la 5ème étape menant de Carhaix-Plouguer au Cap Fréhel avait laissé craindre des bordures et des chutes. À juste titre. Le Slovène Janez Brajkovic y avait abandonné ses chances de confirmer à retardement sa prestigieuse victoire au Dauphiné 2010, laissant RadioShack orpheline du plus jeune de ses quatre leaders. Ses camarades ne le vengeraient pas. En effet, l’équipe américaine se décomposait gravement : les chutes à répétition de Levi Leipheimer (3ème du Tour en 2007) l’avaient amené à perdre 1’05’’ à Lisieux puis 3’06’’ le lendemain à Châteauroux, l’écartant irréversiblement d’un podium auquel il aurait encore pu croire ; Chris Horner avait été l’une des grandes victimes de l’étape de Châteauroux et ne prendrait pas le départ de l’étape suivante ; Yaroslav Popovytch et Andreas Klöden quitteraient le Tour quelques jours plus tard.

L’air de la Manche et les chutes costarmoricaines avaient aussi fortement déplu à Tom Boonen (Quick Step). Arrivé dernier au Cap Fréhel avec son équipier Addy Engels, l’ex-Champion du monde y avait commencé un calvaire qu’il interromprait deux jours plus tard, à bout de forces.

L’énigmatique Wiggins

C’est dans la 7ème étape que l’on avait perdu Bradley Wiggins, sans que le grand public eût vraiment pris conscience qu’un vrai favori était sorti du Tour. Le britannique de la Sky était vraisemblablement, des outsiders, le plus énigmatique de tous. Préparé pour gagner le Tour, il était arrivé en très grande forme mais la tournure inhabituelle qu’avait prise sa carrière n’incitait pas les non-initiés à examiner de près ses prétentions : on manquait encore de repères et de garanties. Ancien spécialiste mondial de la piste, où il avait été multi-médaillé, il s’était révélé brutalement sur la route lors du Tour 2009, en se classant 4ème sous les couleurs de Garmin-Slipstream. Il y avait démontré des aptitudes en montagne insoupçonnées jusque-là. Spécialement affûté, il disait avoir transformé sa préparation physique en vue de réorienter sa carrière vers les courses à étapes sur route ; et l’on s’était intéressé, mi-curieux, mi-étonné, à cette silhouette asséchée et délestée de nombreux kilogrammes. Un défi étonnant pour un coureur réputé exclusivement expert du contre-la-montre et de la piste. L’exemple de Chris Boardman, dans les années 1990, avait semblé théoriser l’impossibilité pour un champion de la piste de développer de solides aptitudes en montagne.

Cette soudaine révélation à un tel niveau de la compétition sur route en avait intrigué plus d’un, mais le soufflé était doucement redescendu, Wiggins s’était presque fait oublier dans son nouveau maillot Sky pour avoir été transparent dans le Tour 2010 (24ème) malgré l’intention affichée de monter sur le podium. De là à considérer que sa 4ème place au Tour 2009 n’avait été le fruit que d’un fugace état de grâce, il n’y avait qu’un tour de pédale.

Néanmoins, sa victoire au Dauphiné 2011 avait indiscutablement relégitimé sa candidature. Tout récent Champion de Grande-Bretagne, Wiggins était prêt à surprendre son monde encore une fois, à surgir de sa boîte et à s’inviter dans les débats.

C’était du domaine des possibles. Certains, beaucoup peut-être, n’y croyaient pourtant pas vraiment et négligeaient ces hypothèses ; ils n’avaient donc pas fait grand cas de l’abandon de Bradley Wiggins, qui s’était brisé la clavicule, sans un cri, sans un mot, presque sans grimace, à quelques kilomètres de Châteauroux.

La saison 2012 démontrerait que le Britannique avait bien les dispositions requises pour se faire chef.

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