La mort de MARCO PANTANI

Les dernières heures de solitude de Marco Pantani

mardi 17 février 2004.
 

Sur le site de Marco Pantani, on peut lire ce témoignage touchant d’un de ses amis : « Je suis à peine rentrée de Rimini. Nous avons participé à l'identification du corps : Marco était nu, seulement couvert d'un drap, le visage serein, le bouc soigné, une ébauche de sourire. Je lui ai pris la main et je l'ai caressé. J'ai pris son visage entre mes mains, je lui ai dit : je t'en prie, réveille-toi Marco, réveille-toi Marco ». Cette personne poursuit ainsi : « Je ne crois pas qu'il se soit donné la mort. Je crois qu'il s'est retrouvé seul et qu'il a eu un malaise, peut-être avait-il abusé des antidépresseurs ces derniers temps. Peut-être est-il tombé et s'est-il cogné la tête contre le sol. Seule l'enquête et l'autopsie nous permettront de dire ce qui s'est passé. Je suis sûr qu'il ne prenait ni cocaïne, ni rien de ce genre. Ils nous ont rendus fous, ça a été terrible ! »

Depuis dimanche matin, le juge d'instruction de Rimini, Paolo Gengarelli, a fait comparaître les témoins afin d’essayer de reconstituer les dernières heures du coureur. La propre soeur de Marco, Manola, a témoigné en pleine nuit.

Le dernier contact de Pantani avec le monde aurait été un coup de fil passé à la réception de l’hôtel où il séjournait, autour de onze heures du matin le samedi 14 février. On sait par ailleurs que Marco annonçait chaque jour auprès de l’hôtel qu’il prolongeait encore son séjour. Séjour cloîtré. Le dernier contact direct avec des gens, le coureur l'aurait eu le soir du 13 février avec quelques joueurs de basket de Rimini qui logeaient dans la chambre voisine, peu de temps avant d'aller au lit. Le médecin légiste ayant estimé la mort de Marco à 16 heures samedi 14 février, la vie du champion demeure un vide pour ces quelques heures de solitude, ces dernières heures que Marco a passées seul avec lui-même dans un état probable d’une détresse infinie. Des feuillets ont été retrouvés dans sa chambre, d’après une source policière, mais il ne s’agirait pas d’une lettre de suicide, plutôt des considérations désabusées sur le cyclisme et sa descente aux enfers. On y peut lire qu’il se sent incompris de tous, jusque par sa propre famille, qu’il se sent victime d’un complot, et peut-être cette phrase : « Je suis resté seul ».

Nous n’avons pas le désir ici de faire l’enquête. Mais ces quelques considérations sont pour mettre en exergue la solitude où Marco était prisonnier, une solitude qui n’a pas duré que quelques heures ou quelques jours, mais une solitude de paria où le monde l’a poussé après l’avoir mis sur les nuages.

Alors quoi ? On n’est pas dans la tête d’un homme désespéré, on ne sait pas ce qui préside véritablement à son mal-être, mais nous, nous savons bien que ses tourments de champion martyrisé n’y est pas étranger. L’acharnement médiatico-judiciaire mené sans ménagement contre un homme qui a payé pour un système fait absolument fi de ce que peut être la vérité et de ce qu’est un être humain. Pantani est tombé, semble-t-il, parce qu’il fallait bien qu’il tombe, lui la forte tête, qui parlait plus haut que les sponsors, lui qui a peut-être eu en effet des résultats sanguins irréguliers, mais sur qui les foudres se sont abattues comme le ciel tombe sur les Gaulois.

Quelle sorte de mépris doit-on avoir pour l’humanité lorsqu’on se voit ainsi traîté ! Et l’on voit son nom, jadis adulé et mis à l’égal de celui des dieux, collé sur la banquette d’un accusé. Pourquoi, pourquoi a-t-on manqué d’enthousiasme à son retour au vélo après les tourments ? Oui, la presse s’est précipitée, mais l’avons-nous encouragé, le sourire aux lèvres, la tape sur l’épaule ? Nous aurions dû pleurer de joie à son passage, qu’il fût 1er ou dernier. Un champion est toujours premier. Et on l’a laissé seul.


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