Peugeot ne fabrique pas que des vélos, les ouvriers de Sochaux, quand ils en ont assez des dérailleurs et des fourches utilisent, des restes de bicyclettes et bricolent de drôles d'engins. Sans nom. Comme ils n'ont pas le temps, ils leur donnent des numéros. C'est ainsi que nous avons eu des 202, des 404, et même des 302 et leur inverse : 203.
Ah ! quelle était jolie la 203 de papa, avec ses sabots d'ailes chromés, sa calandre démesurée, ses immenses ailes arrondies qui venaient mourir sur les portes avant. Ces portes qui s'ouvraient vers l'avant, donnant une élégance inégalable aux dames qui montaient à bord. On n'avait pas besoin de se tordre pour s'asseoir dans l'auto, la poignée venait naturellement sous la main et après avoir fait ses adieux aux amis, on tirait la portière comme on fermait un piano ; et la conversation n'était pas cisaillée comme dans les autos modernes.
![]() Géminiani et la 203, rencontre inespérée ! |
Moi j'ai toujours aimé cette auto et on ne peut imaginer l'histoire du Tour de France sans 203. Jugez de mon émoi quand je me suis retrouvé cet après-midi-là à Draguignan, face à deux légendes, une 203 et Raphaël Géminiani. La 203 de monsieur Géminiani ! Une familiale (on ne disait pas break à l'époque !), bleu blanc rouge et noir aux couleurs de Saint-Raphaël et portant un beau vélo de la marque Géminiani. Rencontre inespérée qui m'a projeté au creux de mon enfance, rythmée par les passages du Tour et du Paris-Nice, et par les promenades dominicales dans la 203 de papa.
Mon seul regret, cet après-midi-là, c'est de n'avoir pas fait de photo de notre Raphael avec son homonyme champion et sa belle auto qui lui font une redondante publicité. Je m'attendais un peu à voir descendre l'archange Raphaël sur un séraphique vélo pour compléter le tableau. Petits moments magiques ! À quand une caravane historique peuplée de D.S., d'Arianes et de 203 qui accompagnerait un Tour nonchalant peu soucieux de performance et où les grands crus seraient les seuls adjuvants conseillés ?