Ce dimanche 4 avril, Graeme Obree veut se relancer à l’assaut du record de l’heure. Cette ambitieuse entreprise nous redonne l’occasion de nous pencher sur l’histoire récente mouvementée de ce record. Jusqu’à dimanche, nous reviendrons sur les différentes péripéties de ce record de 1984 à aujourd’hui.
Notre article de ce jour fera office d’introduction générale à cette rétrospective.
Graeme Obree est loin de nous être inconnu. Mais il l’était pourtant lorsqu’en 1993, cet Ecossais passant pour original, pistard amateur et chômeur anonyme, provoqua la stupéfaction en battant le record de Moser, vieux de neuf ans (51,151 km), en accomplissant cette performance (51,596) sur un vélo surréaliste et dans une position invraisemblable et bientôt interdite. Cette performance s’inscrivait dans une logique nouvelle, qui consistait à rechercher le vélo idéal en matière d’aérodynamisme, ce qui donnait lieu à des créations et des dérives surprenantes.
Moser avait inauguré cette ère nouvelle du record de l’heure en 1984, avec toute une équipe médico-scientifique qui avait travaillé avec patience à un projet de recherches extrêmement onéreux, destiné à optimiser les chances de l’Italien. La préparation physique draconienne s’accompagnait d’une recherche technologique démentielle.
Après Obree, un autre amateur, devenu depuis un spécialiste éminemment reconnu, aujourd’hui retraité, améliora à son tour ce record devenu fragile (52,270) : Chris Boardman fut bientôt imité par Obree à nouveau, puis par Indurain et Rominger. En 1996, Boardman reprit son titre en accomplissant 56,375 km, exploit parfaitement ahurissant.
Mais cette dérive de l’innovation technologique posait un grave problème : lequel, de l’homme ou du vélo, était véritablement à l’origine de la performance ? Jusqu’où pouvait-on aller dans la créativité pour aller plus vite ? Après diverses restrictions dans la réglementation devant ces abus, destinées à faire cesser l’hémorragie de la tradition cycliste, une crainte nouvelle apparut : le record de Boardman risquait de devenir inaccessible et figé pour très longtemps. Si l’on ne donnait pas la pleine liberté à la technologie, il fallait donc revenir en arrière, et renoncer aux records établis dans ce contexte post-Moser.
C’est ainsi qu’en 2000 fut introduite la distinction entre Meilleure Performance dans l’Heure et Record Absolu : sur la première tablette furent installés tous les records de l’heure établis après Merckx en 1972, c’est-à-dire tous ceux établis sur des vélos non-traditionnels (Moser, Obree, Boardman, Indurain, Rominger). La seconde tablette devint la liste officielle des records de l’heure, accomplis sur vélos traditionnels, sans profit aérodynamique. Cette nouvelle règle, appliquée tout de suite par Boardman démontra que les vélos modernistes avaient jusque-là permis des prouesses sensationnelles puisque sur vélo classique, le Britannique ne pu franchir les 50 km dans l’heure. Son record, 49,441 km, à peine meilleur de 10 mètres que celui de Merckx, est donc le record à battre pour Obree.
Depuis Boardman, les tentatives de Thomas Liese, Jean Nüttli et Michael Hutchinson furent des échecs. Le Record Absolu serait donc un défi autrement plus difficile que la Meilleure Performance dans l’Heure, et réhabiliterait la performance purement humaine. Un calcul nous permet de constater qu’à l’allure moyenne de 49,431 km/h (record de 1972), Eddy Merckx aurait dû rouler :
1h02’01 pour réaliser les 51,151 km de Moser
1h03’59 pour réaliser les 52,713 km d’Obree
1h04’22 pour réaliser les 53,040 km d’Indurain
1h07’06 pour réaliser les 55,291 km de Rominger
1h08’25 pour réaliser les 56,375 km de Boardman
Nous savons la peine qu’a eue Boardman pour battre ce vieux record de 1972, pour 10m seulement. Graeme Obree est assurément un grand rouleur, mais l’Ecossais a maintenant 38 ans et n’aura pas le bénéfice d’un vélo futuriste. D’autre part, cette aventure s’inscrit dans une sorte de retour sublime car on a su l’homme en proie à une grave dépression qui l’a conduit à plusieurs tentatives de suicide.
Vélochronique évalue les chances de réussite de Graeme Obree : 30%
Notre rétrospective "Le record de l’heure de 1984 à 2000" :
lundi : introduction générale
mardi : Moser inaugure la nouvelle ère
mercredi : Obree et Boardman lancent la fièvre du record
jeudi : Boardman ressemble à Superman
vendredi : L’invention de la « Meilleure Performance dans l’Heure »
samedi : le Record Absolu : un nouveau défi
Pourquoi parler de dérive technologique ? Alors qu'il s'agissait en fait de se mettre sur un vélo sur lequel on peut prendre une position plus aérodynamique.. Je trouve ce refus du progrès plutot ringuard..A quand le tour de France sans ravitaillement, la musette autour du cou, les boyaux de rechange croisés sur la poitrine..sans oubler les clés (à molettes car à allene c'est trop moderne) dans la saccoche arrière..
Que je sache c'était toujours un mec assis sur un vélo qui pédalait non..
Patrick Dupuis