Le champion Anquetil, du haut d'une jeunesse géniale et imperturbable, s'impose bientôt dans le 1er Tour de France auquel il participe. Chose étrange, il n'a pas le succès très expressif, se contente à peine d'un geste timide de la main pour signaler ses victoires. Le verbe posé, l'œil impassible, ce frêle prodige semble regarder de haut ce qui l'entoure. Toute sa carrière sera marquée par cette apparence de mépris et de dédain, source d'un malentendu effroyable qui a prononcé le divorce entre le public et lui, un public qui le siffle à l'arrivée du Tour 1961. Mais Anquetil encaisse en silence, et reçoit les coups où la pudeur, la modestie et la timidité prennent toute la place, là où il n'y a aucune trace de dédain.
L'arrivée de Poupou est, paradoxalement, presque une aubaine : le chouchou du public est condamné à la 2e place, pour entretenir malgré lui l'adorable mythe de l'éternel second. Il contente ainsi la volonté adulatrice du public et la volonté dictatoriale de Jacques, qui n'en attend pas moins.
Mais entretemps, Anquetil s'est trouvé un médecin remarquable qu'il admire infiniment, le docteur C., mari de l'inénarrable Jeanine, qui deviendra par suite la femme la plus célèbre du cyclisme masculin. Jacques tombe raide amoureux de la femme de son ami docteur, laquelle n'est d'abord pas très intéressée par ce « timide rigide de la cambrousse normande ». Mais le temps passe, et Jeanine tombe sous le charme. Jacques plaît aux enfants… L'adultère qui survient, les mensonges, l'amour clandestin, le mari naïf, voilà tous les ingrédients d'une histoire sentimentale rocambolesque digne de ce nom.
Le docteur C. est peut-être le grand malheureux de cette histoire, du livre du moins. Bientôt, Jeanine lui divorcés, puis Jeanine et Jacques mariés, ses enfants le quittent pour rejoindre le couple infernal. Alain et Annie admirent Jacques, et le docteur C. n'aura plus jamais de contact avec Jeanine ou son rival, mais les nouvelles, bien sûr, lui viendront par la radio et les journaux : Anquetil est une vedette nationale.
On appréciera dans ce chapitre l'image insolite d'Anquetil retraité que sa fille oblige à courir après Poulidor pour un autographe. Voilà en tout cas qui distrait de l'histoire somme toute un peu amère qui est à l'origine de la famille Anquetil. Une histoire comme il en existe dans beaucoup de foyers. Peut-être une explication à la défaite d'Anquetil dans le Tour 1958 ?
Jacques Anquetil a bien habité à Saint-Adrien, après avoir passé devant le " Moulin Rose ", une propriété avec une
tourelle, sur les bords de la Seine, baptisé " Les Elfes " de 1958 à 1969. ensuite il s' est retiré dans un chateau à La
Neuville chant d' Oisel.