Armstrong et Languedoc-Roussillon : quels enseignements ?

Bilan de la course
mardi 25 mai 2004.
 

Languedoc-Roussillon : Quels enseignements ?

Le Tour du Languedoc-Roussillon, reprise de feu le Midi Libre n’est certes pas le Tour de France. Il est même moins pointu que le Dauphiné Libéré qui va prochainement se disputer. Mais, ardu et réservé à des hommes forts, il a le mérite de faire le point sur l’état de forme des champions attendus en juillet. Ses deux dernières étapes, jugées à la Croix-Neuve et surtout au Mont Saint Clair clarifient nettement la situation sur les forces en présence. Mais attention : s’il dit qui est fort, il ne dit pas nécessairement qui l’est moins ; car encore faut-il que les champions se découvrent et jouent le jeu de la course.

L’inconvénient, c’est que de tous les favoris et outsiders du prochain Tour de France—puisque c’est eux que l’on voudrait évaluer—il n’y avait pas toux ceux qui sont annoncés au Dauphiné Libéré, lequel sera une vraie répétition générale avant le Tour. Certes, mais il y avait un client de taille en la personne de Lance Armstrong qui vaut bien toutes les vedettes du monde.

Armstrong par réaction d’orgueil ?

Sa présence fut naturellement l’attraction de la semaine. Mais en l’absence de Mayo, Hamilton, Beloki, Ullrich, Vinokourov, Zubeldia, le grand favori du Tour n’avait pas à se sentir très obligé, et pouvait bien se permettre une certaine discrétion. Si ce n’est qu’à cela deux obstacles s’opposent : premièrement, Armstrong ne sait pas faire de la figuation si près du Tour de France ; et surtout la victoire éclatante de Christophe Moreau à la Croix Neuve l’obligeait à réparer une sorte d’humiliation.

La victoire de Moreau n’est pas la défaite d’Armstrong

C’est à dire que Moreau n’est pas du genre à jouer les guignols dans un Tour de France où il s’est déjà classé 4e en 2000 et 8e en 2003. Performant dans la montagne, et bien que vieillissant, il garde sur lui la meilleure espérance française pour le classement général du Tour. Armstrong et Moreau se connaissent. Et le bon coup du Français à la Croix Neuve a dû faire grincer les dents à l’Américain. En soi, rétablissons la vérité, la victoire de Moreau n’est en aucune manière une victoire sur Armstrong. Clairement : les deux hommes n’étaient pas ici concurrents. L’échappée de Moreau n’était pas une offensive anti-Armstrong.

L’imprévu de la Croix-Neuve

Mais ce qui n’était pas prévu, c’est que cette échappée connaisse un tel succès, et que l’US Postal d’Armstrong soit incapable de réduire convenablement l’écart. S’il est vrai qu’on a bien vu qu’Armstrong a marqué le pas dans la côte de Molinès-Balsiège puis à la Croix-Neuve, il n’est toutefois pas le vaincu de Moreau. Cependant, il lui fallait dès lors se montrer à son tour, car il n’est pas permis qu’un outsider du Tour fasse le coup d’éclat dans une course qu’il dispute. La chose fut donc faire sans problème au Mont Saint Clair ; et inversement, on ne peut pas dire qu’il y a vaincu Moreau puisque celui-ci n’était plus menacé au classement général par l’Américain et n’avait qu’à gérer son effort sans s’affoler.

Le Mont Saint Clair n’a pas menti

Il est évident que si les enjeux avaient été ceux du Tour de France, Armstrong n’aurait jamais permis à l’échappée de Moreau de se développer sur la route de la Croix-Neuve. Mais ce qui est sûr aussi, c’est que et Moreau et Armstrong sont en bonne forme. L’aisance de l’Américain au Saint-Clair est de mauvais augure pour ses adversaires, mais son coup de fatigue—relatif—de la veille a rappelé qu’il était des fois où, sur la pente, il a plus de peine que d’ordinaire.

La vérité au Dauphiné


Deux fois vainqueur d'étape, une fois 4e, Thor Hushovd s'est illustré sur ce Tour du Languedoc.
Il faudra attendre le Dauphiné pour comprendre la hiérarchie véritable actuelle. Le Languedoc-Roussillon ne peut pas être assez riche d’enseignements. A moindre niveau, il a consacré les sprints puissants de Thor Hushovd qui s’illustre en l’absence des plus grands sprinteurs, spécialisé dans les courses françaises. On y a vu les bonnes prestations de Dumoulin et Pineau dans ces sprints qui, toutefois, étaient bien plus accessibles que d’ordinaire. Notons que Jean-Cyril Robin a réalisé une performance honorable au Saint-Clair (12e) ; que Sandy Casar s’y est classé à une belle 7e place ; que David Moncoutié, inversement, n’a pas su faire mieux que 20e.

La bonne performance de la montée est celle de Laurent Brochard, 2e sur le fil. Christophe Moreau n’a jamais été vraiment en danger, puisqu’Ekimov,

Bine placé au général, Iker Flores a brièvement tenté sa chance dans le Saint Clair. En vain.
son adversaire premier, n’était pas apte à décoller. C’est plutôt Iker Flores, 3e du général à 27 secondes, qui aurait pu espérer le bon coup. L’Espagnol a bien essayé de lâcher Moreau, mais ce fut vite peine perdue. Il aura au moins essayé.


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