Le Dauphiné à la sauce Mayo

lundi 14 juin 2004.
 

Qu’il ait l’envergure ou non d’un vainqueur du Tour de France, Iban Mayo a marqué les esprits, et le voici qui prend un ticket pour le podium du Tour 2004. D’aucuns le propulsent tombeur possible de Lance Armstrong en juillet prochain, au regard de sa course sans faille sur le Critérium du Dauphiné Libéré, qui suit une série de victoires brillamment acquises en Espagne. Son exploit du Mont Ventoux n’est pas étranger à cette analyse, un peu hâtive. Exploit, le mot convient, certes. Sa prestation est en tout point sensationnelle. Sans grand effort apparent, le grimpeur basque a monté les 21,5 km par Bédoin à 23,2 km/h de moyenne, en 55’51, un record solide assurément.

Cette performance soulève l’enthousiasme, et l’on ne peut se garder de faire la projection sur le chrono de l’Alpe d’Huez, à la fin du Tour de France. Toutefois, un exploit similaire ne suffirait vraisemblablement pas à faire des écarts assez sérieux pour assurer la victoire finale. Quoi qu’il en soit, Iban Mayo est le vainqueur impeccable de ce Dauphiné, dont il remporte les deux contre-la-montre, et où il n’a été inquiété à aucun instant. Le classement est digne de juillet : Hamilton, Sevilla, Armstrong, Mercado, Leipheimer, pour ne citer qu’eux, se bousculent dans le top-10.

Pourtant, le Dauphiné 2003 avait déjà vu Mayo malmener l’indéboulonnable Armstrong : c’est là que pour la première fois, un homme avait sérieusement remis en cause la domination de l’Américain, prémice du Tour où il avait récidivé à… l’Alpe d’Huez. C’est bien Iban Mayo qui a débloqué les esprits à cet égard, donnant l’idée à Beloki, Hamilton, Vinokourov… Ce qui n’a pas empêché le Basque de n’être que 6e du Tour.

Entendons-nous bien, Mayo n’avait pas démérité, mais il importe de souligner qu’il lui est encore probablement difficile de traverser trois semaines de course sans turbulence, c’est-à-dire sans un mauvais jour qui ruine ses meilleures espérances. Mayo n’est pas l’homme des exploits quotidiens. Par ailleurs, s’il brille dans les chronos en côte, il est encore trop exposé, selon les jours, dans les contre-la-montre de plaine.

On retiendra évidemment qu’Armstrong n’a jamais été en mesure de rivaliser avec Mayo sur cette course, dont il est modeste 5e. Mais l’épreuve ne s’est jouée que sur le seul Ventoux : voilà qui est bien maigre pour nous renseigner davantage sur juillet prochain.


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