Lance Armstrong peut-il être exclu du Tour... ?

lundi 14 juin 2004.
 
Amis lecteurs, avant tout, dissipez tout malentendu : cet article n'est pas un manifeste pour l'exclusion d'Armstrong, loin s'en faut ! Le problème qu'il pose ne concerne pas le dopage ou non du champion, mais l'hypocrisie du milieu cycliste et l'incohérence de certaines mesures. Ce qui est pointé, c'est, si l'on s'en tient à la "jurisprudence" (Virenque, Kelme), la possibilité d'une exclusion pour des faits comparables (aveux etc.) : jusqu'où va la logique du Tour ? Amis lecteurs, sachez déceler l'ironie où elle se trouve. Attention, article à double tranchant : choisissez le bon. Ne pas foncer tête baissée, Armstrong n'est jamais mis en cause ici !

Juillet 1998—La planète Vélo est embringuée dans la tornade Festina, dont elle garde encore les marques du passage. Le monde découvre avec hypocrisie ou stupeur sincère la réalité du dopage. Le scandale Festina constitue la crise la plus grave de l’histoire du sport. Après quelques jours de tumulte, l’équipe Festina est invitée à se retirer de la course. De cet événement sans précédent naîtra la Charte d’éthique, controversée, véritable machine à éviter les vagues. « Cristalliser le dopage » : c’est l’accusation suprême, qui vaut à Richard Virenque d’être laissé à la porte du Tour 1999… Avant que la Société du Tour soit contrainte de l’y accepter ! Ce même Virenque qui est aujourd’hui l’image populaire à préserver : gloire et décadence, et gloire, et décadence…

M. Jean-Marie Leblanc, le directeur du Tour, au milieu de ce tourment, cherche la préservation de l’épreuve. Mais où se situe son combat ? Combattre le dopage ou éviter le scandale ? Son propos éternellement optimiste ne s’accorde que difficilement avec une réalité qui suinte et putréfie le cyclisme. Les cas de dopage ne sont, à l’en croire, que des cas exceptionnels et isolés. Aussi, lorsque c’est au tour de Marco Pantani de recevoir le coup fatal en 1999, l’on croit bien sentir un certain embarras, en 2000, devant cet encombrant champion, de sorte que disposition est prise pour qu’il soit tout bonnement écarté du Tour 2001 : sans aveu de dopage, la Société doit trouver une solution, elle n’invitera pas l’équipe du Romagnol, et c’est la surprise.

Cette année, la Charte d’éthique surgit encore, et c’est pour sortir l’équipe Kelme, éclaboussée par les aveux de Jesus Manzano, qui livre sous forme de chroniques à la presse espagnole le terrible quotidien du cyclisme dans la fameuse équipe de grimpeurs . Il faut rester vigilant, entend-on d’abord, mais devant la déferlante Manzano, Leblanc ne peut plus faire autrement, et annule l’invitation de Kelme, bientôt imité par le Giro. Pourtant, l’équipe Cofidis, touchée par une onde de choc autrement plus puissante, garde la faveur du Tour. Il faut dire que l’auto-suspension de Cofidis fait la preuve de sa bonne volonté… On fait passer Philippe Gaumont, poussé à la retraite et qui se met à parler trop, pour un mythomane. Et puis, et puis… Cofidis est automatiquement sélectionnée pour le Tour, sur des critères de business, tandis que Kelme ne bénificiait que d’une wild-card, une simple invitation : la Charte d’éthique trouve ses limites où le business étend les siennes.

Un témoignage trop crédible…

Et à 20 jours du Tour de France, l’aveu d’une masseuse de Lance Armstrong  ? Amaury Sport Organsiation (la société qui dirige le Tour) peut voir rouge : rien de plus crédible… Lance Armstrong lui-même est-il capable de démentir le propos de son (ex)-amie ? Fera-t-il carrément son mea culpa pour se faire tout propre ? Faute avouée, entièrement oubliée ! Bien entendu, les histoire de corruption et d’achat de victoires ne viendront pas nous étonner, et puis, et puis il y a prescription d’après le témoignage (1993). Soit. Cette affaire-là n’aurait justifié aucune mesure. Mais pour ce qui est du dopage, voilà bien l’Américain contrarié. Emma O’Reilly raconte comment le miraculé « fait comme tout le monde »… Des paquets à la poubelle, des voyages clandestins, des produits refilés en douce, des frayeurs policières… Un Armstrong qui cherche du fond de teint pour cacher les marques de piqûres… ! Et les exemples de fraude semblent suffisants pour… Et l’on comprend mieux l’histoire du contrôle aux corticoïdes du Tour 1999, justifié après coup par une ordonnance antidatée.

Et si… Armstrong était exclu !

Pierre Ballester et David Walsh ont choisi un moment gênant pour publier ce livre… dont on ignore encore l’éditeur, lequel tient à l’anonymat jusqu’à publication, afin de ne pas risquer de procès d’annulation de sortie. L.A. confidentiel : les secrets de Lance Armstrong : le titre habile et son contenu en partie dévoilé par L’Express ont le temps de faire couler de l’encre. Les deux journalistes, absolument reconnus, y font une biographie un peu révisée du champion, devenu célébre auprès du grand public pour son retour cinq fois gagnant après un cancer qui a failli lui coûter la vie.

Quelle pirouette pour sauver Armstrong ?

Mais Armstrong est inacessible, certes. Et cinq victoires au Tour, c’est un peu lourd dans la légende pour recevoir des coups, n’est-ce pas ? A quelques jours de sa 6e tentative, il y a dérapage. Or, Armstrong est le miraculé permanent. Avant toute chose, prenons garde : il n’importe pas pour nous de juger l’homme. Lance Armstrong doit garder notre respect, vaille que vaille. Ne crucifiez pas celui que vous avez glorifié.
Mais à présent, il convient d’observer dans quel sens va tourner la planète Vélo. Monsieur Leblanc, sachez prendre vos responsabilités et rester cohérent. Quel embarras n’est-ce pas ? Nous n’aviez pas manqué Virenque. Quel sera le bon mot pour sauver Lance ? Que pensez-vous de : quoi qu’il en soit, Lance cristallise sur lui l’image du miracle ? Et : pirouette !


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