Valverde et Cunego, les duellistes du futur ?

vendredi 27 août 2004.
 

Ils sont jeunes, beaux et fringants, et cristallisent une certaine élégance athlétique. Ils sont gagnants et gagneurs, combatifs et ambitieux. Je me prends à rêver, dans une sorte d'idéal fantasmatique, qui pourrait devenir une réalité proche du cyclisme, à la confrontation de ces deux prodiges du vélo. Et je vois les deux jeunes hommes, en chevaliers d'un autre temps, la mèche fière et l'œil hargneux, chacun à sa manière, se défier l'un l'autre à longueur de course, à longueur de décennie, pour un nouveau mythe de la belle Histoire du cyclisme, un mythe qui serait épuré de toutes les vilenies et salissures du sport contemporain. Je vous parle d'un idéal.

Damiano Cunego, 22 ans

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Damiano Cunego
La moindre des choses est donc de présenter ces deux chevaliers, qui n'ont pour l'heure pas encore eu le loisir de s'affronter sur la grande scène internationale. A ma droite, il est italien, il est né à Vérone sous le balcon des Amoureux, sa beauté est insolente, son sourire allumeur, il mesure 1m80 pour 65 kg, et il n'a pas encore ses 23 ans. Il est du 19 septembre 1981, il est pro depuis 2003, et on lui associe déjà le rose. Le rose des romantiques ? Celui du Giro, qu'il a remporté cette année comme une fleur, malgré son chef d'équipe, Simoni. Il collectionne les victoires, il gagne en montagne, il est excellent sprinteur en côtes, il supporte la longueur des Grands Tours. Il a gagné cette année le Tour du Trentin, celui des Apennins, le Grand Prix de Larciano, le Tour d'Italie, il vient juste de remporter le GP Nobili Rubinetterie : il se déchaîne en Italie. Son nom : Damiano Cunego. Il est 6e du classement mondial UCI, et 3e du classement 2004.

Alejandro Valverde, 24 ans

A ma gauche, il est espagnol, il est de Las Llumbreras, il a le sourire charmeur, le cheveu frisé d'un adolescent, il est à peine plus petit que Cunego, il mesure 1m78 pour 62 kg, et il a 24 ans. Il est du 25 avril 1980, il est pro depuis 2002, et on le compare déjà à un Jalabert espagnol. La chose est simple : Monsieur gagne sur tous les terrains, et gagner, il n'aime que ça. Il a été 3e du Tour d'Espagne 2003, vice-Champion du monde, il additionne les succès, il est très bon en montagne, au sprint, dans le contre-la-montre.
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Alejandro Valverde
Il affectionne les courses d'une semaine et sait gagner plusieurs étapes à la suite sans se fatiguer. Il a gagné cette année le Tour de Valence, le Tour de Murcie, le Grand Prix Primavera, le Tour de Burgos : il se déchaîne en Espagne. Son nom : Alejandro Valverde Belmonte. Il est 3e du classement mondial UCI et 11e du classement 2004.

Pour un duel à long-terme

Ces deux hommes gagnent pour l'heure dans leurs pays respectifs, et ils sont tous les deux pressentis comme de futurs très grands champions de ce sport où ils ont déjà une place de haut rang. Ils n'ont pas encore fait le Tour de France, et s'y font désirer. Nul ne sait ce dont ils sont capables sur cette épreuve de vérité. Mais une chose est sûre : ailleurs, ils sont excellents, et plus encore. Ils sont deux Mozart du vélo, et ils sont amenés à se rencontrer un jour ou l'autre pour se disputer une victoire de prestige. Le Tour d'Espagne se présente bientôt, et les deux hommes pourraient se rencontrer, si toutefois chacun joue le jeu. Les pronostics les plus évidents sont certes parfois les plus désastreux, et peut-être en effet que Valverde et Cunego ne se livreront jamais le duel attendu. Mais ils sont, à première vue, bien positionnés pour devenir deux duettistes, et qui sait, deux adversaires historiques. Le Tour de France, si toutefois il est à leur main, pourrait devenir le théâtre de ce combat de coqs. Après Bartali-Coppi, Anquetil-Poulidor, Merckx-Ocaña, Indurain-Bugno ou Indurain-Rominger selon les goûts, le couple Armstrong-Ullrich ne va pas tarder à s'éclipser.

La fibre d'un Merckx ou d'un Berzin ?

La réplique est prévisible : l'histoire récente et ancienne montre que le fait que Cunego ait remporté un Giro ne promet en aucune manière un succès équivalent au Tour de France. Parlez-en à Evgueni Berzin (Giro 1994), que le Tour a vu passer comme un météore, qui s'est écrasé on ne sait où. Gilberto Simoni (Giro 2001 et 2003) est toujours attendu, mais sa 17e place de cette année semble être son plafond. Passons sur Garzelli et Savoldelli, ou Ivan Gotti. On le sait : Giro et Tour ne sont pas comparables, et l'ensemble des conditions et paramètres est trop différent pour faire des projections. Même chose pour la Vuelta. Bon, vous me direz, et Merckx ? Ah oui, lui, il a confirmé au Tour ses talents du Giro, c'est le moins qu'on puisse dire. Et c'est bien notre problème, de savoir si Valverde et Cunego ont la fibre d'un Merckx, ou plutôt celle d'un Berzin.

Quelles aptitudes sur le Tour de France ?

Sans compter que nombre de coureurs ont commencé par de prometteuses places d'honneur dans des Grands Tours avant de se spécialiser exclusivement dans les courses d'un jour. Paolo Bettini lui-même, s'il vous plaît, se défendit honorablement dans le Giro, mais si vous lui en demandez autant aujourd'hui, il risque de ricaner. Et puis il y a tous ces hommes qui passent étrangement bien les montagnes d'Espagne et qui se noient dans celles de France. Les Pyrénées sont pourtant les mêmes, mais allez savoir. Peut-être le climat, la cadence, le manque de favoris… Alors quid de Valverde dans les cols des Alpes ? Quid de Cunego dans les cols des Pyrénées ? Sauraient-ils tenir le rythme infernal et la concurrence si rude du Tour de France ? Assumer la pression, accepter la canicule, se soumettre aux intempéries, avaler le pavé, encaisser les coups de canon des équipes de sprinteurs, digérer les contre-la-montre en quatrième vitesse ?

Cunego paraît, au survol, plus apte que Valverde, à confirmer dans le Tour de France. Parce qu'à 22 ans, il a gagné un Giro et 4 étapes de montagne ou de côtes, en faisant preuve d'une maîtrise parfaite. Vigilant et lucide, il serait même facétieux. Touchez-en un mot à Simoni, qui l'a encore en travers de la gorge. Son point faible : le contre-la-montre. L'Italien risque fort de brûler beaucoup de chances en deux chronos sur le Tour. Valverde semble en la matière un peu plus performant. On a aussi pu voir que l'Espagnol peut recevoir des coups de massue, si l'on en juge le coup de barre inattendu qui lui est tombé dessus aux Jeux Olympiques : peut-être l'obstacle de la distance ? Pourtant le Championnat du monde de Hamilton fut à sa convenance.

Je vous parlais d'un idéal. On connaît l'ambiance actuelle. L'image serait sublime à mon esprit sans l'ombre du soupçon. Mon fantasme serait tout à fait convaincant si mon cerveau ne se mettait pas des barrières. La perspective d'un tel duel serait pétillante sans son cortège de doutes et de méfiances. La beauté de leurs victoires serait authentique. Peut-être… Ne manquons pas de dire les désavantages de nos deux chevaliers, qui courent pour des équipes à l'innocence moyennement démontrée… La sulfureuse Kelme pour Valverde avec en toile de fond les mirobolantes confessions de Jesus Manzano , et la Saeco pour Cunego. Bah ! tant pis, je vous parle d'un idéal.


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