Tour 2005 : Mystère et confusion autour d'Armstrong

jeudi 6 janvier 2005.
 

Depuis qu'il est devenu le fameux et unique sextuple vainqueur du Tour de France en juillet 2004, Lance Armstrong entretient la confusion sur sa candidature au Tour de France 2005. Il y eut un temps, même, où avec une certaine doses de conditionnels on envisagea de penser qu'il pourrait ne plus courir après 2004. Il faut dire que six victoires consécutives dans la Grande Boucle, ça rassasie son homme. Mais il est certain, à ce jour, que le Tex Boss honorera 2005 de sa présence, sous les couleurs de la Discovery Channel. Il est même possible qu'il pousse l'aventure jusqu'en 2006… Mais là n'est plus tellement la question ; l'interrogation cycliste du moment, celle qui émeut les médias et les observateurs, l'objet des spéculations, c'est plutôt la forme que prendra son programme 2005, et pour tout dire, allons au fait : participera-t-il ou non au Tour de France ?

L'enjeu est de taille, naturellement, et l'idée que l'Américain se détourne de sa course favorite ne doit pas déplaire à certains hommes du peloton. Pensez à Ullrich, qui attend son heure depuis 1997, et qui a beau dire qu'il préfère se mesurer à Armstrong qu'à son forfait… Il est vrai qu'on est bien en peine de déterminer le degré de motivation du recordman absolu pour cette participation. Lui-même entretient la formidable confusion, feint d'éluder la question ou jette l'équivoque, on ne sait pas trop ; et il suffit d'une ambiguïté, d'un nuance bien tournée, d'un regard bien joué, pour que la presse s'enflamme et conclue par cette idée somme toute littérairement et sportivement très séduisante : (il semblerait qu')Armstrong ne reviendra pas au Tour. Séduisante car par ce geste (ou ce non-geste), le croqueur de Tours resterait sur une victoire, celle du maximus, celle du record absolu, et peut-être la plus facile, et même la plus écoeurante ; bref il resterait invaincu sur sa course (invaincu pour sa période post-guérison, bien entendu). Ah, sauf s'il revenait en 2006… Mais alors, avec des éventuellement, des peut-être, des et si ?, on met le Tour en bouteille.

Ce qui paraît acquis, c'est que 2005 prendra pour le Boss une tournure inhabituelle, plus concentrée sur l'extra-Tour : les classiques et autres. On lui a beaucoup reproché, en effet, d'être un juillettiste patenté, et de se contenter d'un palmarès Tour-de-Francisé à outrance. C'est un peu oublier cependant que dans sa première vie, notre mastodonte fut Champion du monde, et particulièrement brillant sur les classiques, où il eut des succès et places d'honneur non négligeables. Sa deuxième vie paraît moins tournée vers le printemps et l'automne, mais il faut être juste et reconnaître qu'il a gagné des Dauphinés Libérés, Tour de Suisse, Midi Libre, ou Grand Prix des Nations, et qu'il a eu des accessits sympathiques sur des Amstel Gold Race par exemple. Mais on aurait attendu, certes, plus de vigueur et de panache sur l'ensemble de l'année, comme un Merckx ou un Hinault. Mais ça y est, à présent, il est décidé, et c'est parti pour y mettre du sien sur la campagne des classiques. Et même croquer du pavé, ça aussi, il veut bien.

Serait-ce pour prouver qu'il est proprement polyvalent, ou par pur orgueil ? Voudrait-il grossir son palmarès des courses où il n'a pas eu le temps de s'attarder ? C'est vrai qu'après six Tours de France, on peut bien passer à autre chose. Pourtant : ni Giro ni Vuelta. Mais Liège-Bastogne-Liège ou Paris-Roubaix, oui. Armstrong se verrait même conclure par un nouveau maillot arc-en-ciel, 12 ans après celui d'Oslo. Et il parle du record de l'heure. Bref, c'est le feu d'artifice. Le bouquet final ? Une sorte de tournée des adieux en somme ? On sait la concentration extrême et la force de caractère qu'il a mobilisées pendant 6 ans pour triompher au Tour ; désormais son objectif ultime est atteint, celui d'avoir gagné ses six Tours d'affilée, et d'être L'Unique. Vraisemblablement son esprit s'est soulagé d'une pression monumentale et il se sent libéré. Dans ces conditions, peut-être ne saura-t-il plus, maintenant qu'il n'a plus rien à prouver, trouver la motivation nécessaire pour gagner à coup sûr une 7e fois.

Et puis il y a le doute, et l'âge qui avance. Et s'il perdait ? Ne vaut-il pas mieux préserver l'image de l'invaincu ? La fameuse année de trop… Bref, c'est toujours le mystère. Dans une interview accordée en décembre au journaliste néerlandais Mart Smeerts, qui vient d'être diffusée, il envisage ouvertement son forfait. Cherche-t-il à se débarrasser de la pression ? Toujours est-il que l'entourage ne veut pas entendre parler de forfait et préfère entretenir le doute : 1 chance sur 2, dit-on, de le voir le 2 juillet au départ à Fromentine. Finalement, c'est presque amusant, et Armstrong n'a pas fini de nous mener par le bout du museau.


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