Salut blaireau !

Par Lionel Dujol
lundi 17 janvier 2005.
 

En vérité je vous le dis, je suis un adepte de la pédale. Ne vous étouffez pas, il n'y a rien de mal à être passionné de vélo. Quoique. Je le conçois, ces derniers temps le cyclisme n'a pas des meilleures réputations. La preuve. Lorsque j'étais plus jeune, boutonneux, les cheveux longs et une canette de bière à la main, je me faisais traiter de drogué dès que je traversais un village de nos douces campagnes. Aujourd'hui lorsque je traverse ces même villages à vélo avec ma panoplie de cycliste du dimanche et ma gourde Isostar dans les mains, on continue de me traiter de sale drogué ! Et pourtant je n'ai plus un seul bouton et cela fait belle lurette que je me suis rasé le caillou ! ! Je vais finir par croire que le vélo est une nouvelle manière d'être rebelle. ...

Remarquez, si le cycliste du dimanche est un drogué, le passionné de vélo est souvent qualifié de "gros blaireau" ! Moi qui suis cycliste et passionné je suis donc un "gros blaireau drogué" ! Je vous l'avais dit, un vrai rebelle ! ! Je conçois néanmoins que le sport cycliste véhicule de belles cohortes de blaireaux. Il suffit de se remémorer les images du Tour de France qui sont diffusées chaque été pour s'en persuader. Concentrons-nous un instant ; le blaireau est celui qui court à côté du coureur (oui, oui, je sais, drogué) avec le bob Ricard sur la tête et qui gueule comme un malade "Vas-y Richard !" en jetant des coups d'œil furtifs à la caméra, histoire de se vanter au boulot qu'il est passé à la télé cet été !

Il a soit un tricot de peau, soit le torse nu. Dans tous les cas il a un énorme coup de soleil sur les épaules. Ce serait bien de lui dire un jour que le bob, ça ne suffit pas pour se protéger du soleil. Autre caractéristique, il est fair-play : que ce soit Virenque ou tout le reste du peloton, il applaudit tout le monde et hurle toujours "Vas-y Richard ! ! !" Et encore je ne vous parle que de ceux que l'on remarque à la télé. Car il y a tous ceux qui sont au bord de la route et qui ne sont plus capables de rien tellement qu'ils ont picolé sous le soleil en attendant les coureurs. Ceux-là on les reconnaît au coup de soleil zébré sur le ventre. Un trait rouge pour le pli débordant du ventre, un trait blanc pour le pli entrant. Il faudra aussi leur expliquer que boire frais ne protège pas des effets néfastes du soleil, surtout si l'on "s'endore" sur les coups de midi ...

Concevez que tout cela est caricatural. Je suis passionné de vélo et je ne porte pas de bob, ni de tricots de peau et je n'ai jamais hurlé "vas-y Richard !" à qui que ce soit. Non, le vélo n'est pas un sport de blaireau, c'est un sport populaire ! Nuance. Entendons-nous bien, le vélo est un sport ou il n'y a pas de hooliganisme : on a rarement vu les supporters d'Ullrich et ceux d'Armstrong se foutre sur la gueule sur les bords des routes. C'est quand même la preuve que la cervelle du passionné de vélo fonctionne mieux que celle du supporter foot ! En outre, c'est un sport où les terrains de jeu sont grandioses. On ne parle jamais de ce lien quasi charnel avec le paysage, le relief, les conditions climatiques... Les cols sont autant adulés que les coureurs (Ah le Galibier ! Ah le Ventoux ! ...)

Enfin et surtout le cyclisme est un des rares sports à faire constamment honneur à son passé. Les retransmissions télé sont toujours précédées d'une rétro, les commentaires d'étapes sont bourrés de références historiques (C'est ici que Bartali en 48 ....c'est la que Bobet .....), un champion à la retraite entre automatiquement dans la mythologie du cyclisme que l'on ne cesse de se répéter lorsque nous attendons les coureurs au bord des routes. Ok Lionel, mais le dopage ? Juste une anecdote. En mai 1999, Marco Pantani s'apprétait à remporter son deuxième Tour d'Italie lorsqu'il fut contrôlé avec un taux d'hématocrite bien supérieur à la normale. Il fut exclu de la course. Le même jour, Deschamps était contrôlé avec le même taux d'hématocrite. Cela ne provoqua même pas un pet de mouche. Deschamps est aujourd'hui un héros national. L'autre est devenu un pestiféré, il ne s'en est jamais remis et il en est mort. Alors amis sportifs balayez devant vos portes avant de venir balayer devant celle du cyclisme.

Une info : récemment Bernard Hinault, l'un des plus grands cyclistes de l'histoire, a fêté ses 5O ans. C'est un non-événement, je le conçois. Mais gamin, il était mon idole. Aussi je ne pouvais y passer à côté. Au fait, connaissez-vous le surnom que lui avez donné ces adversaires ? Le Blaireau...

Par Lionel Dujol


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