Il faisait bon ; à peine un peu d'air. J'étais debout, tout entier livré au bleu-gris du ciel, en-haut du Faron. Ce 15 février 2004 je ne disais rien, j'avais l'air un peu sot peut-être. Quelques heures auparavant, j'avais appris, j'avais su, comme tout le monde là-haut, j'avais su, que Marco Pantani n'appartenait plus à notre monde. Etrangement, personne n'en parlait. L'idée était très présente, l'idée de cette mort invraisemblable ; mais personne ne l'évoquait. Et cette idée-là, je ne m'y faisais pas.
Quelques heures plus tôt, j'avais su. Au moment de le savoir, ma planète s'était suspendue dans son mouvement. Un défilé d'images irradiait mon esprit. Pantani dans tous mes souvenirs surgissait comme un aigle splendide. Mais on me disait : il est mort. J'ai retourné ça dans tous les sens. Il n'est plus vivant. Je me suis figuré des images morbides mais je n'ai pas accepté cela, Marco, mon Marco, qui serait mort.
Sur le Faron, je n'avais plus vraiment prise sur le réel. Plus que tout être vivant, j'avais admiré, simplement, Pantani. Lui gardait une prise colossale sur mes souvenirs. Les premières images que j'avais sues de lui me revenaient, comme dans un vieux film. Elles dataient de 1994, de mes onze ans. Et je m'imaginais, avec un terrifiant sentiment d'irréalité, que dix ans ne s'étaient pas écoulés, en fin de compte, entre le moment où le grand public avait découvert Pantani et le jour de sa mort. Dix ans, c'était à la fois énorme et rien du tout.
Déjà dix ans. Déjà dix ans que je l'avais découvert, grimace au vent, le cheveu rare sur un crâne duveteux. Il était un grimpeur hors normes. Ce serait le grand grimpeur de demain. Tout le monde pressentait le talent exceptionnel de ce garçon. Il n'était pas un excellent grimpeur, il serait d'une classe unique, il entrerait dans la catégorie des inoubliables, celle des références constantes. Je le voyais, en bleu et blanc de la Carrera, tomber sur la caillasse du Glandon, pleurer son abandon, le genou abîmé, avant de repartir plein d'orgueil les dents serrées. Il n'était alors qu'un jeune, et on n'osait pas penser qu'un jour il gagnerait le Tour de France.
Dix ans seulement. Et en dix ans, il avait eu le temps de devenir le monstre sacré, le nouveau campionissimo, le Pirate entré dans une légende à la fois originale et macabre. Il s'était gravé un nom dans le Gotha, s'était bâti une personnalité à part entière dans le monde cycliste, avait imposé une image caractéristique. Le bandana dans le vent, les dents du carnassier, la barbiche, le tatouage, les mains au bas du guidon, la pédalée sautillante, la boucle à l'oreille, l'orgueil à toute vapeur… Un crâne entièrement ratiboisé. De la réserve mais de la fierté. Au passage il avait gagné un Giro et un Tour de France, la même année. Il était devenu la référence mondiale du grimpeur. Il avait été exhaussé au rang de héros sportif. Puis châtié. Et le voilà qui n'existait plus.
J'avais toutes ces images en tête, en-haut du Faron, pour la dernière étape du Tour Med. Moi aussi j'avais mon bandana sur la tête. Voilà un an. J'ai le souvenir des Deux-Alpes 1998, avec tes airs de Christ en croix, et je soupçonne que tu l'as fait un peu exprès. Cette image-là te va très bien. Mais le reste je ne m'y fais pas. J'ai toujours l'air d'un sot, quand je pense à toi. Car je te cherche. J'attends l'annonce de ton retour, de ton prochain Tour de France, ou de ta retraite, peu importe. J'ai refusé ta mort et je te cherche toujours. Je ne suis pas le seul. J'assume pleinement d'avoir été pris dans le phénomène Pantani ; et je ne voudrais pas en sortir. Mais je te cherche. Cette idée-là, je ne m'y fais toujours pas. Tu appartiens à l'image éternelle que j'ai du cyclisme. J'ai naturalisé ton image au fond de moi. Tu appartiens à ma légende, c'est tout. Accepte que je refuse éternellement ta mort.
Je viends de découvrir cet article, et je ne pouvais rester insensible à ces mots si joliement écrit, qu'ils vous font monter l'émotion dans le coeur, et la laisse glisser à travers une pettite larme coulant le long de la joue droite. J'ai découvert moi aussi le vélo à travers l'image de Pantani, il m'a émerveillé sur sa bicyclette avec son petit bandana si caractéristique de son image de pirate.
Alors qu'il venait d'arborer la tunique rose du Giro, il se présentait sur le Tour de France 1998, non pas sans ambitions. Et là, dans un Tour pour le moins mouvementé, j'ai vu un campione se révéler un peu plus au monde du sport et du cyclisme, si besoin encore en était. Après avoir assommer la concurrence, dans les étapes Alpestres, et notamment celle des Deux-Alpes, je le vis arpenter mes routes d'entraînement lors du contre la montre de Montceau-Creusot.
Ainsi, il traversa, la commune de Blanzy dont je suis originaire. Et de sa position si pure et si caractéristique du mythe du grimpeur, son mythe ! Il arpenta mes difficultés, mes modestes bosses d'entraînements, avec notammant, le bois des cornes situées juste avant la grimpette du gratou. Je continu encore et toujours à grimper inlasablement le bois des cornes, pour me rappeller, les souvenirs m'envahissnant et innondant à chaque fois avec la même intensité, le lieu ou j'ai vu en chair et en os Marco. Ce jour là, il ne gagna pas l'étape, mais assura le chrono pour la gagne final du tour.
Je me rappellerai toujours avec beucoup d'émotions cet instant où j'aperçu le l'Elefantino. J'entends pratiquemment encore sa respiration au fond de ma tête, tellement ce jour là, il passa près de moi, je povais presque le toucher. Le temps était pluvieux mais sa valait le coup, pour le voir rien n'orait été un obstacle, je n'aurais manqué sa pour rien au monde. Marco me faisait l'honneur de fouler mon terrain d'entraînement, et visiter ma modeste commune.
Ce fut la première et la dernière fois que je le vis, mais le souvenir demeure toujours inchangé, comme si c'était hier.
Repose toi bien, tu l'a bien mérité, même si je l'avoues, tu es peut-être parti de façon trop prématurer. Je te regrettes beaucoup, et ta présence a fortement manqué, manque et manquera toujours. Ciao Campione...
J'ai toujours eu une grand admiration pour les grands grimpeurs capable de gagner les grands tours. Dans mon enfance, j'ai supporté Luis OCANA, puis Lucien VAN IMPE. Marco plus marginal m'a fait rêvé et bondir par ses exploits. Son absence parmi nous me désole.
Philippe.
C'est vrai que je n'ai jamais vu meilleur grimpeur que lui. J'aurais aimé le voir dans sa meilleure forme contre Armstrong.
Il était fort en montée mais certainement fragile dans sa tête, il n'a pas su gérer tout ce qui lui arrivait.
Il m'a impressioné le plus au tour d'Italie 1994, sur les pentes du Mortirolo.
Depuis que je m'intéresse au cyclisme (plus de 15 ans), je n'ai jamais vu pareil grimpeur.
Merci bien Raphael ! Ca cette une tres belle hommage à Marco ! Je suis allemand et je ne parle pas francais mais je comprend un peu. - J'espère que tu visite mon blog (http://panta.blogg.de) et que tu fais un link ici ... ce que je fais à mon blog !
Je te remercie cordialement ! maropantaniforever ! Eva