Les orphelins de Lance Armstrong (et de Sheryl !)

dimanche 24 juillet 2005.
 

Par respect pour la course d'apocalypse qu'a vécue Michael Rasmussen, sa quête athlétique du podium du Tour contrariée par Jan Ullrich sera tue. En fait de duel, il y eut une mise à mort. Laissons le Danois descendre lui-même les marches vers les enfers. Il serait presque inconvenant d'offrir aux archives l'histoire de ce désastre de chutes, de maladresses et de dégringolade.

Mais après tout, inconvenante, la presse aime l'être. La retraite de Lance Armstrong l'empêchera au moins de continuer à livrer en pâture les images de Sheryl, Papa et les babies. Le service public perdrait-il ce qui lui restait de vertu ? Que les amateurs de télé-réalité se rassurent : on trouvera bien le moyen de planquer des caméras dans les chambres des coureurs en 2006. Gérard Holtz est prévu pour interviewer les perdants sous leurs douches et leur demander comment ils s'oignent de gel douche, de quelle marque, et en quelles proportions, avant de demander à leurs femmes si elles les consolent par le câlin le soir même. Avant de faire résonner un rire de jouissance. Le cyclisme en sortira grandi.

Jean-René Godard qui n'aura plus Lance pour défouler son talent, et qui sera le plus grand orphelin, se vengera auprès d'Ullrich en lui demandant s'il est heureux de sa victoire. Non, ça me fait ch…, répondra l'Allemand, en français, ce qui émerveillera son interlocuteur. Vous pensez à votre copine, dans ce moment fantastique…. Exténué, Jan fera : Quelle est la question ?. JR demandera où elle se trouve en ce moment, et Gégé par l'oreillette fera ajouter qu'il mérite une gâterie. Exaspéré, et ne manquant pas d'humour frenchy, le Germain conclura : c'est pas une copine, c'est un mec d'abord. JR sera transi de bonheur, et fera une attaque en direct.

Il y aura encore des blaireaux malgré tout pour s'intéresser à la course. Aux gueules des coureurs, au style des rouleurs, à la cadence des grimpeurs. Et qui couperont le son de la télé lorsque Gégé décortiquera sur écran géant l'image arrêtée d'une grimace pleine de morve d'un anonyme du peloton dont il laminera le patronyme. Regardez, là, vous voyez, juste là, c'est magnifique, ce liquide verdâtre qui montre la souffrance, c'est la quintessence du sport.

Vous vous rendez compte, c'est exceptionnellement incroyable, commente déjà JRG, Jan Ullrich ne remportera jamais, il faut vraiment le souligner, car Lance Armstrong je vous le rappelle, prendra sa retraite lors de l'arrivée du Tour de France à Paris, conformément à ce qu'il avait annoncé dans une conférence de presse, eh bien, Jan Ullrich ne remportera jamais, c'est exceptionnellement exceptionnel, il ne remportera jamais le Tour de France en battant l'Américain. Quelle déception, on peut l'imaginer, quelle déception pour l'Allemand, qui s'était fixé pour objectif de battre Lance. Etc, etc, etc…

Sur la ligne d'arrivée à Saint-Etienne, JRG n'a pas manqué la scène discrète du sextuple vainqueur du Tour, très prochainement septuple, distribuant les bons et les mauvais points… Il s'avance vers Basso, son cardinal, et lui tire l'oreille, en fronçant le sourcil.
-  Very good, Ivan. T'es un bon mec. Mais dis donc, à quoi t'as joué au début du chrono ? T'aurais pas voulu me battre, par hasard ?
-  Non, Lance. Jamais de la vie !
-  C'est pas parce que je me tire demain que tu peux tout te permettre, okay ?
-  Oui, Lance.
-  Well. Okay pour cette fois. J'étais quand même content de travailler avec toi.
Ullrich passe, enveloppé d'une doudoune vert kaki de camouflage pour éviter la cohue de la presse.
-  Oh, Jan ! Good, Jan. Tu l'as eu l'albinos. Good. Mais moi je croyais que tu voulais le gagner, ce chrono ? Pourquoi tu l'as pas fait alors ? Tu sais, ça m'aurait pas dérangé.
-  Heu… t'étais trop fort, Lance.
-  Ha ha, good. Bon, tu sais, t'as été pour moi un adversaire… special. Je crois que tu peux gagner un Tour de France, you know. Si tu te prépares un peu mieux, que tu donnes à fond, avec un peu de sérieux, je pense que tu en es capable.
Là JRG demande s'il peut avoir un entretien avec Lance, le soir dans son boudoir. Ivan et Jan demandent l'autorisation au Grand Maître d'intervenir.
-  Allez-y les mecs, fait-il s'en retournant. Maintenant que je pars, vous pouvez vous défouler dessus.
Et les deux rivaux, devenus complices, attrapent JRG, le matraquant goulûment et sabotant ainsi le plus beau spécimen du journalisme télévisé.


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