La non-meilleure chronique du Tour de France

vendredi 29 juillet 2005.
 

Le Tour de France est achevé et la chronique cycliste se referme. La tâche fut rude ; il n'est pas aisé de contenter son monde. Dites un mot sur Lance et la moitié de la planète vous tombe sur l'échine. Nuancez et l'autre moitié vous bastonne. Mais tel un cow-boy texan, votre serviteur s'est forgé un tempérament d'acier à travers les huées et a affronté la calomnie ! A présent, je vais m'adresser au public de France… C'est à dire… Quand vous apercevrez le micro, tendez-le moi, merci.

Avant tout, je voudrais m'exprimer auprès des sceptiques et de ceux qui ne croient plus dans la chronique du cyclisme : certes les dérives existent, certes l'approximation et l'à-peu-près existent, certes le sensationnalisme existe, mais il y a encore des chroniques propres ! Et je vous assure que cette chronique-ci marche à l'eau claire. Mais à l'eau plus claire que claire. Tel un Moncoutié qui proscrit le demi-comprimé de vitamine C, cette chronique a banni la publicité. Et pour vous prouver que cette chronique est saine, je tiens un argument de poids :

Cette chronique n'a pas été élue meilleure chronique du Tour - ni du cyclisme en général. Aucune récompense de haut prestige ! Edifiant, n'est-il pas ? Nous revendiquons cette non-élection. Et si la reconnaissance nous avait touchés sous la forme d'un prix bien mérité, nous aurions, tel Sartre dédaignant le prix Nobel, nous aurions dit non. Et l'aurions pris en douce. Parmi les quelques lecteurs qui n'ont pas encore déserté Vélochronique, il s'en trouve peut-être un ou deux - des amis probablement - qui se navrent de l'injustice qui frappe leur chroniqueur préféré. Mais tel Vinokourov ignoré par le prix de la super-combativité, je porte l'estocade finale par cet article de haute volée. Chacun sait la dictature journalistique qu'impose Vélochronique sur la presse cycliste ; que celle-ci se rassure, tel Armstrong s'en retournant au sommet de sa gloire, la meilleure chronique du vélo va se retirer.

Il convient donc de passer aux remerciements. C'est la phase la plus épouvantable des cérémonies. A ceux qui ont le sens de la dérision, et qui ont toujours décelé, sans jamais faillir, le second degré ; à ceux qui, lecteurs surentraînés et élevés à l'école Discovery, ont su lire entre les lignes ; à ceux qui, aguerris aux méthodes de CSC, ont été présents de bout en bout, à lire chacun de papiers de leur serviteur ; à ceux qui ont fait semblant ; à ceux qui ont grossi mes taux d'audience, et les ont sauvé du dernier degré de l'anorexie ; à ceux qui ont répondu aux articles, qu'ils fussent aimables, neutres, courtois, adorables, critiques, réprobateurs ou carrément injurieux ; particulièrement à ceux qui ont encouragé votre serviteur ; et même à ceux qui l'ont jeté au bûcher ; aux admirateurs et aux détracteurs d'Armstrong qui se sont entre-déchirés dans ces forums ; mais aussi à mes cinq lapins qui tenaient absolument à ce que je parle d'eux, et à qui j'ai transmis ma passion du vélo.

On sait bien ce que c'est : lorsque sera annoncée prochainement la fermeture officielle de ce site, il y aura deux ou trois fidèles amis cyclistes, grassement rétribués à coups de produits pharmaceutiques illicites pour leurs prochaines cyclosportives (ce qu'il ne faut pas faire !), qui supplieront pour que cette décision soit revue, alors je reviendrai faire un rappel, un bis, sous forme de quelques dernières chroniques désespérées, sans pouvoir cacher que je suis sur le déclin.

Après une multitude de Tours de France suivis par Vélochronique (trois ! ! un record), la presse cycliste va devoir accepter le retrait de la non-meilleure chronique cycliste.


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