Ivan Basso se fait plaisir

dimanche 7 août 2005.
 

Proclamons-le au monde entier : Ivan Basso n'a plus de complexes ! Depuis la retraite de Lance Armstrong, le beau grimpeur italien a des intentions messianiques, pourrait-on croire. Le glouton a choisi le Tour du Danemark pour s'empiffrer, et se remplir la panse de quatre étapes (pour l'instant)… Syndrome post-Armstrong ?

J'en aperçois, qui font encore leurs rabats-joie, et nous disent : bah, le Tour du Danemark, c'est bien joli…

Bon, soit, le Tour du Danemark n'est pas spécialement du genre à désigner catégoriquement les grands champions de la décennie suivante, mais ce n'est pas non plus une tournée de critériums. Vainqueur sur des terrains divers et même du contre-la-montre, Basso a largement rentabilisé ses efforts du Tour de France. Jan Ullrich n'a qu'à se tenir pour dit : entre les deux grands prétendants à la succession du Boss, la course aux victoires officielles est engagée !

-  Ach so ! Y a le Rital qui atomise les Danois, s'écrie le Germain à la veille de la Clasica San Sebastian. Il me nargue, le coquin.
-  Tu dois absolument gagner des classiques, Jan, lui répond ce vieux briscard de Godefroot.
Ullrich se décompose.
-  Walter, tu es fou ! (c'est Olaf Ludwig qui arrive catastrophé). Mais non, Jan, tu ne dois rien gagner, ne t'en fais pas.
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Ivan Basso
- Olaf, qu'est-ce que tu racontes ? s'exclame l'ex-sprinteur au bord de la crise d'apoplexie.
-  Il ne faut pas lui parler comme ça, lui confie Olaf en le prenant à part. Si tu lui dis : tu dois gagner, tu vas le terroriser. Il a peur de gagner !
-  Glaubst du ?
-  Tu dois le laisser venir, sans pression.
-  Mais il faut le pousser !
-  Nein ! Regarde-le, il est complètement bloqué, là, tu as dit le mot qu'il ne fallait pas : absolument. Il est tout coincé de partout maintenant.
-  Mais comment faire ?
-  Laisse-le gagner par inadvertance. Souris-lui, dis-lui qu'il est beau et que tout va bien, détourne la conversation. S'il te parle de Basso, esquisse un sourire désinvolte. Rappelle-lui qu'Armstrong est à la retraite.
-  Eh, les gars ! Vous cherchez une solution contre Basso ? s'avance Jan.
-  Mais pas du tout, s'écrient les deux hommes de concert, en affichant un large sourire. Pas du tout.
-  Basso, c'est qui ça, Basso ?
-  Hum… N'exagère pas, souffle Olaf à Walter.
-  Ah oui, Basso, ah ah !
-  Hu hu…
-  Qu'est-ce qui vous prend ?
-  Hi hi…
-  Hou hou…
-  Je vous signale qu'il est en train d'écraser le Tour du Danemark.
-  Bah !
-  Hi hi… Tout va bien, hein ? Tu prends un chocolat ?
Grand coup de coude dans les côtes.
-  Non, tu viens avec moi, Jan ? On va cueillir des pâquerettes.
-  Aber…
-  Si, viens. Tu connais celle de l'Américain qui gagnait sept Tours de France et qui prenait sa retraite… ?
Prenant Jan par le bras, Olaf se retourne discrètement vers Walter, et lui lance dans un clin d'œil : ça marche, il sera Champion du monde !

Au même moment, Basso est content.
-  Qu'est-ce qu'il fait en ce moment, le Teuton ?
-  Il est tétanisé, s'esclaffe Bjarne Riis.
-  N'empêche… S'il gagne une classique, j'aurais l'air de quoi, moi, avec mon Tour du Danemark ?
-  Ullrich, gagner une classique ?
Les deux hommes se regardent, considérant cette supposition comme une sorte d'ineptie cosmique. Et éclatent de rire.


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