Gérard Holtz me manque. Il manque à mon envie de divertissement graveleux, mais pas au cyclisme.
Le Tour de France avec certains journalistes gagne un peu en décadence : j'ai bien cru en juillet que France Télévision avait été privatisée. Mais là n'est pas le vrai débat : qui d'entre Godart et Holtz a le rire le plus profitable aux sciences cyclistes ? C'est en songeant à cette question que m'est apparue la vanité de l'effort cycliste en soi. Et si l'on faisait du Tour de France et du cyclisme en général un nouveau Loft Story ? Voilà de la variété ! On se fiche bien des cuisses de Mancebo et des mollets de Rasmussen, on veut du Sheryl Crow et de la seringue clandestine… ! On veut des caméras partout, sauf sur les routes : dans les chambres, sous les douches, derrière les miroirs, dans le local à poubelles ; des micros sous les matelas, dans les toilettes, dans les téléphones.
Au premier épisode de ce concept ébouriffant, déjà, Christophe Moreau apprend que sa nouvelle équipe, l'assureur AG2r, vient de recruter Francisco Mancebo, qui prend sa place de leader. On a beau le persuader que cette recrue assure le label ProTour à l'équipe, il se sent floué, comme toujours, et pose de la TNT au siège de l'assureur ; dans cette affaire il a manqué de prévoyance.
Au deuxième épisode, Alexandre Vinokourov refuse une sortie minettes à Barcelone avec Roberto Heras et Joseba Beloki qui ne parlent pas kazakh. Il préfère prendre sa journée pour faire trois fois le tour de la mer d'Aral. La semaine prochaine, il fera celui de la Caspienne. C'est plus long que le Tour de France, ça le mettra en jambes, et il se prépare à un retour inopiné de Lance Armstrong.
Jan Ullrich, dans le troisième épisode, confie ses doutes sur la retraite de l'Américain : il est confusément convaincu que c'est un canular. Olaf Ludwig lui donne l'adresse d'un bon psy, un certain Bjarne Riis, dont les méthodes fortes sont éprouvées. A la fin de l'émission, à ne pas manquer, on surprend l'Allemand vider en cachette le frigo des mécanos pendant que ceux-ci essaient de verser du cambouis à la strychnine dans la soupe de Johan Bruyneel par l'intermédiaire de leurs collègues de Discovery Channel.
Pour les commentaires, en alternance, Holtz et Godart régaleront nos penchants inavouables.
Les pauvres hères qui aiment encore le cyclisme sur la route - ah les misérables, ah les vieux-jeux - s'organiseront en groupuscule, et enlèveront Laurent Jalabert à ce marasme pornomédiatique pour préserver les dernières ressources de la chronique intelligente.