Le Rimbaud du Tour, comme l'avait appelé Roland Barthes, le mystérieux poète des cimes s'est laissé aller…
Le grimpeur virtuose a monté son dernier col. Et qu'on ne me dise pas que l'Ange de la montagne a replié ses ailes. Au contraire, il les a tout éployées. Et je veux penser que sur ses nouvelles routes, une pluie douce fait luire son regard d'artiste, comme aux plus beaux jours de sa carrière de champion cycliste.
Il nous laisse l'image du frêle adolescent, à la beauté de porcelaine, pour qui l'on eût craint une brisure, et qui était solide comme le temps. Séraphique… Et qui faisait douter du sexe des anges, pour reprendre un mot de Blondin.
Silencieusement élégant.
Et la solitude lui allait si bien.
Et la neige du Monte Bondone, et le déluge d'Aix-les-Bains… Sa pédalée virevoustante avait dulcifié le froid. Il avait sacralisé la solitude.
La solitude était sainte. Et j'aime ce mot en pensant à lui : solitaire.
Il avait décrété que la montagne était facile. Alors il lui suffisait de le dire ; et les cols, c'était un jeu d'enfant.
Un jour de 1958, un garçonnet entend à travers une cloison la voix nasillarde d'un reporter qui proclame le nom de Charly Gaul. La confusion est aisée, pour cet enfant qui découvre involontairement le Tour de France, entre le nom de ce champion inconnu et celui d'un général dont tout le monde bientôt parle. Ce nom lui frappe les oreilles. Il revient écouter chaque jour ce qui se dit derrière le mur. Un Français au nom italien porte le Maillot Jaune. Maillot Jaune ! Raphaël Geminiani. Premier rêve, premier fantasme d'exploit. Un jour, dans les Alpes pluvieuses, le brillant inconnu Charly, dont on dit qu'il a le regard d'un ange, invente une prouesse qu'on ne croyait pas faisable. Raphaël, le premier sportif français que le garçonnet a décidé d'aimer, est anéanti. Charly son tombeur ne peut qu'être le premier artiste qu'il décidera d'admirer. Sa passion est née. Le garçonnet un jour sera grand. Et pour hommage à ses souvenirs, il appellera son fils Raphael, votre serviteur.
Charly, on dit chez moi qu'on tutoie les anges. Permets que je te tutoie. Tu as porté ma passion. Tu es mon premier champion.
Et parce que tu ne peux pas être mieux que solitaire et dans les hauteurs, accepte que je te croie heureux, en cet instant ; et accepte mes larmes, enfin.
« L'homme au marteau n'a pas fait maigre, ce vendredi. Parmi tant d'autres qui encombraient le corbillard-balai, il s'est donné une victime de choix en la personne de Gaul. (…) L'ancien archange des abattoirs, abattu cette fois, a connu dans un grand climat de sollicitude un calvaire où il n'était plus question de faire prendre sa vessie pour une lanterne rouge, mais de lutter pour l'existence la plus élémentaire.
Chacun porte sa croix : celle de Charly Gaul, en or et minuscule, brimbalait autour de son cou. Elle semblait peser cent kilos et entraînait sa tête dans un dodelinement pendulaire par où il disait non et non à chaque coup de pédale.
Même ses adversaires, ou du moins désignés comme tels, s'émouvaient à ce spectacle. D'obscurs porteurs d'eau jouaient à ses côtés les soubrettes de comédie et les mouches du coach auprès de son directeur sportif. Lui les laissait se prévaloir de ces ultimes relations. Ainsi ouvre-t-on à deux battants les portes de la maison où vont régner l'abandon et la déshérence.
Après avoir été deux fois remis en selle, avoir connu le mieux de la fin, Gaul s'est laissé aller, à la sortie d'Isigny, et, dans le regard éteint du chevillard aux joues roses, les vaches blanches et noires de la laiterie avaient la couleur des faire-part. »
Antoine Blondin, 29 juin 57
« Charly Gaul, avec l'ingénuité des enfants prodiges, (…) l'œil vacant, la casquette sur la nuque comme un gavroche distingué, la pédale de vent d'une ballerine au bout du pied, il fonça vers l'arrivée, un roseau souple entre les dents. »
Antoine Blondin, 15 juillet 55
Moi aussi je souhaite, Monsieur que je ne connais pas, vous féliciter pour votre texte si émouvant en hommage à Charly Gaul. On ne saurait mieux exprimer ce que j'ai moi-même ressenti à l'annonce de son décès.
Et aussi ce que je ressentais lorsque, adolescent, j'écoutais à la radio les reportages de Georges Briquet et Robert Chapatte, retraçant les exploits de ce champion d'exception. Charly Gaul m'apparaissait alors comme une sorte de lutin surdoué et impertinent, un petit David solitaire terrassant les grands méchants Goliath : les Bobet, Anquetil, Géminiani, Magni...
Evidemment, de temps en temps, ceux-ci se rebiffaient. Et alors, cela faisait mal ! Sans doute, n'étais-je pas suffisamment conscient à l'époque de la cruauté du sport cycliste, fait aussi "de sang, de sueur et de larmes".
Beaucoup de Français nés dans les années 1930-1950 conserveront dans leur coeur la mémoire de ce coureur "culte" (je ne sais s'il aurait aimé ce mot !). Il faut souhaiter que certains d'entre eux s'attachent à perpétuer le souvenir du champion (si ce n'est celui de l'homme dont, au fond, j'espère que le mystère ne sera jamais complètement percé). Par exemple par la création d'une association, d'un site Internet "officiel"...
Merci, Charly Gaul, ne nous avoir tant fait rêver.
Une fois n'est pas coutume, je ne serai pas long. En effet, cet hommage résume de façon parfaite en quelques mots justes ce que je suppose, l'intéressé eût aimé entendre !
Je suis sûr qu'il vous entend et qu'il vous en est reconnaissant.
Pour moi, c'est une légende vivante qui s'envole !
Exprimer sa notalgie n'a pas bonne presse à notre époque où il est devenu obligatoire de "positiver". Qu'on permette cependant au sexagénaire que je suis de faire part ici de la sienne - et de sa tristesse - en apprenant la disparition de Charly Gaul. Elle me renvoie à ce légendaire Tour de France 1958 remporté par l'"Ange de la Montagne", sans doute le plus passionnant de l'histoire de la grande boucle, en tout cas le plus riche en rebondissements. Par la suite, mon intérêt pour le Tour de France s'est lentement érodé...pour disparaître complètement depuis une vingtaine d'année, car la course actuelle n'a plus grand choseà voir avec celle des années 50-60.
Gaul, champion atypique, personnalité fière et ombrageuse, donc attachante, n'était pas seulement à l'époque un beau jeune homme. Il était aussi un coureur d'une élégance souveraine et possédait au plus au point la classe ou mieux la grâce. Je ne vois guère qu'un autre champion cycliste qui puisse lui être comparé : le Suisse Hugo Koblet. C'était l'époque où les coureurs ne ressemblaient pas encore totalement à des hommes-sandwich et n'étaient pas affublés de ces affreux casques qui rendent leur identification au sein d'un peloton presque impossible.
On lui doit quelques unes des plus extraordinaires performances de l'histoire du cyclisme, même si on peut regretter son manque de régularité qui l'empêcha d'avoir un palmarès plus étoffé. Si, dans 50 ans, la Grande Boucle existe toujours, je suis sûr que l'on gardera le souvenir des exploits "montagnards" de Charly Gaul. Je ne suis par contre pas persuadé que beaucoup de gens se souviendront encore du "gestionnaire méticuleux" qui vient de signer sa septième victoire consécutive.
Puérile.
A une époque mouvementée comme celle que traverse le cyclisme en ce moment, tenir de tels propos au sujet d'un de ceux qui ont fait la légende de NOTRE sport, c'est TRES petit. Même si je suis en total désaccord avec la réponse qui t'a déjà été faite, je pense que tu devrais garder ce type de commentaires pour tes discussions au coin de la machine à café. Et puis tant qu'à faire, tu pourras témoigner de la largesse d'esprit de Raphaël qu'on accusait il n'y a pas si longtemps de partialité mal placée : aurai-je été à sa place, je ne suis pas sur que j'aurai laissé passé ton message. Ou alors, je l'aurais fait, mais je t'aurai insulté comme une chèvre de la légion étrangère ...
Bon repos à l'Ange, et merci pour cet hommage posthume, Raphaël.
Cher buju,
Encore une fois, merci. Même si la présence de ce message "grossier" et irrespectueux à la suite de cette chronique ne m'enthousiasme pas, j'ai préféré éviter la censure. Pour qu'on sache les mots que je reçois parfois. Mais la seule réponse que je pouvais donner, c'était : ne rien répondre.
L'accusation de complaisance ne me fait aucun effet tant ma peine est sincèrement grande.
Amitiés sportives
Charly Gaul un grand champion ,surement ! ! un grand dopé peut-être. Si on n'arrive un jour a me prouver que cet homme n'a jamais toucher a un produit je m'incline de honte, car au jour d'aujourd'hui il faut m'expliquer qu'est-ce qu'un champion ?
Dans les années 60 le dopage éxistait ,Jacques Anquetil en faisait les frais il le disait lui-même, alors quoi penser de Charly Gaul ?