Chronique diététique

lundi 1er mai 2006.
 

Après s'être bouffi de quinze bons kilos, c'est la panse ceinturée de graisse et le cortex noyé de cholestérol que votre serviteur hasarde un retour bedonnant à la chronique cycliste.

Entre une pile poussiéreuse de vidéos de classiques ardennaises et flandriennes et un amas de petites bicyclettes Del Prado, devant un vélo de course en hibernation prolongée, aux pneus aussi dégonflés que mes adipocytes sont surgonflés, je suis parti à la recherche de mon clavier.

Déblayant des petits pots de sauce tartare et de vieux emballages de fromages de brebis, une évidence me sauta aux méninges - je rectifie : à la méninge. La matière grise et la science du vélo, c'est comme les gambettes : ça s'entraîne ; sinon ça rabougrit. Ma faible vitalité cérébrale, autant que les reliquats des muscles de mes guibolles, était sur le point de s'éteindre définitivement, faute d'exercice. Je voulus me tester, mais le constat était clair : je n'étais désormais plus capable de la moindre réflexion sur le cyclisme ; ma science de l'art vélocipédique n'avait plus de portée. Elle avait trépassé !

Exemple : quelle est, en kilogrammes et en moyenne, la masse cumulée de lipides que prend Jan Ullrich entre septembre d'une année et avril de la suivante, depuis 1997 ? J'ai cherché, calculé, pianoté sur ma calculatrice scientifique : rien. Autre exemple : le train de marchandises qui a manqué Fabian Cancellara était-il, oui ou non, en retard sur l'horaire, ou le Suisse en avance ? Aucune réponse ne venait illuminer l'esprit de l'ex-chroniqueur en déliquescence.

Le chiffre des kilomètres, au compteur de mon vélo, en disait long sur le dynamisme de mon existence. Pour compenser l'anorexie de mes cuisses et de ma cervelle, mon estomac était devenu boulimique. Ou l'inverse.

Le profil allongé et parfaitement plat de Frank Schlek me donnait mauvaise conscience. La silhouette en haricot vert d'Alejandro Valverde me persuada que la côte d'Ans pouvait être mon tombeau si j'y mettais une roue. Que dire du Mur de Huy qui, juste par télévision interposée, me fit rendre la sauce mayonnaise que je venais de boire au goulot ? Je me pris à jalouser la fulgurance de Filippo Pozzato et l'intensité de Tom Boonen. Quant à Cadel Evans, il acheva de m'humilier.

Pour la Fête du Travail, je me suis dit : ça suffit bien, désormais, d'avaler les sauces de fondues bourguignonnes à la petite cuiller…C'est Jan Ullrich qui m'a sorti de ma torpeur : j'ai appris qu'il revenait au sport cycliste. Si lui y arrive, alors moi aussi ! Nous avons un peu le même combat tous les deux : nous ne sommes pas gros, nous sommes juste un peu bas de poitrine.

Et c'est une forme d'hommage que je rends ainsi au germain contre-champion. Je veux saluer, par cette chronique très diététique, le résultat de l'ex-vainqueur du Tour de France, qui a brillamment acquis au Tour de Romandie la 6e place du classement général.

En partant de la fin, certes ; il n'y a pas de sot classement.

En quelques tours de pédale, le temps d'arriver au Giro, il faut avoir retrouvé sa taille de guêpe. L'essaim des favoris bourdonne ! Les graisses fondent.

Roulez droit !


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