Le peloton rapatrie son Giro au pays natal. Les équipes ramènent leurs coureurs, c'est mercredi libéré, aujourd'hui il n'y a pas classe. Mais demain, c'est contrôle : contre-la-montre par équipes…
Le staff de T-Mobile a manqué le cortège qui rejoint l'Italie : il manque quelqu'un ! Rudy est appelé en urgence pour retrouver Jan, dont l'absence immobilise les véhicules fuchsia. Les rumeurs font frémir l'entourage de l'équipe, des bruits furètent. Les mécanos raillent le dernier coup d'éclat de l'anti-champion. Mais Rudy a la gueule parcourue de sueurs.
Après une heure de recherches, par l'indiscrétion d'un passant bien informé, Rudy croit apprendre en quel lieu Jan s'est réfugié. Il y court, s'engouffre dans la brasserie… Derrière une grande table, où une choucroute majestueuse fait connaissance avec une colonne de bière (une grosse assiette de frites leur tient la chandelle) : Jan !
Jan !
Ach, Rudy, k'est-ze ke tu fais là ? Tiens, prends une chaize, che te kommande une autre de zes merfeilles…
Nein, Jan, nein, nein, neiiiiin ! Che ne peux pas en kroire mes yeux, Jan, es ist unmöglich, Jan…
Ja, elle est inkroyaple zette choukroute, hein ?
Jan, tu dois fenir tout de zuite afek moi ! Mais k'es-ze ke tu fais là ? On t'attend… Et le Tchiro ? Hein, le Tchiro ?
Ach aber… zur ma feuille de route, z'est ékrit « merkredi : chour de repos ». Eh pien ! che me repose !
Mais on doit rentrer en Italie ! On t'attend…
En Italie ?
En Italie !
Chamais ! Allez-y sans moi, moi che reste izi.
Jan… che fais des efforts depuis des années, mais che ne te komprends plus.
Rudy, che ne feux pas retourner en Italie. Che fais être ridikule, elles font se moker de moi.
Mais ki ?
Les petites Italiennes ! Komment che peux les emballer, maintenant ke tout le monde dit ke che zuis gros ?
Perzonne ne dit ke tu es gros…
Tout le monde !
Aber…
Alors ke che ne zuis qu'un peu bas de poitrine !
Pressentant que la tâche sera rude, Rudy s'assoit auprès de son poulain, et pousse un peu les gargantuesques tambouilles.
D'apord, che fais pien ze ke che feux, nein ? Et zi ch'ai enfie de mancher ? Pourkoi ils me harzèlent, tous, afek mes kilos ? Et zi che n'ai pas enfie de m'entraîner ? Z'est ma fie ! Z'est mon Tour !
Jan, tu dois komprendre ke…
Che ne fais pas dans leurs pureaux, dans leurs ékoles, dans leurs magazins, dans leurs entreprises, moi, pour kritiker leur trafail, hein, che ne fais pas za, moi… !
Ja, aber…
Che feux qu'ils me laizent trankille.
Tu ne dois pas lire zes chourneaux…
Rudy règle l'addition. Il tire Jan par le bras, mais il résiste, et s'agrippe à la banquette. Il fait un peu la moue.
Jan, pour l'amour du ziel, fiens afec !
Rudy, en Italie, il zera là…
Ki za ?
Lance…
K'est-ze ke tu rakontes ?
Z'est ékrit dans la presse. Lance fa fenir foir ses anziens ékipiers. Et moi che zais pourkoi il fient fraiment.
Ah, et pourkoi ?
Pour fenir se moker de moi !