
Un apophtegme pour commencer : par excellence, le vélo est un sport de souffrance. Au gré des mois, ou des semaines, il en procure de nouvelles preuves à un rythme effréné, sans vouloir se donner le temps de souffler, car il faut entretenir l'endurance. En bref, tout se passe comme s'il se donnait les moyens jusqu'au bout de se faire souffrir. Dans ce spectacle qui confine au masochisme, ou à l'auto-massacre organisé, il reste à attendre que la bête essoufflée et piquée de banderilles se donne elle-même le coup de grâce.
Son sang chaud et pollué se répandra sur le sable de l'arène, dans des réactions chimiques étonnantes.
On aura comme l'ombre d'un soupçon.
L'époque est au soupçon.
C'est ainsi, le soupçon est environnant, il est dans l'air ; plus solide même que l'air du temps : il s'est inscrit au patrimoine génétique du cyclisme. Le nuage ne s'est pas arrêté aux douanes, les retombées sur les esprits sont observables huit ans après.
Basso le matador est né trop tard. Quarante ans plus tôt, la même fougue et les mêmes yeux de dauphin auraient fait de lui un chérubin élevé aux nues. Le même Monte Bondone, avec la même pente, n'aurait pas permis le doute sur la qualité de son exploit.
Un Ivan Basso qui a pourtant les chiffres pour lui, des arguments imparables pour appuyer la grandeur de ses performances. Un Tour d'Italie sauce moutarde, 440 watts dans l'assiette, cent pour cent diététique. 440 watts, puissance moyenne calculée sur 5 cols (Lanciano, San Carlo, Bondone, San Pellegrino, Mortirolo) par Frédéric Portoleau (2). Une valeur qui a de la consistance, à l'image de ses hautes performances en montagne.
Car bientôt l'élève Basso pourra dépasser le maître Riis. Une juste récompense pour un travail si bien conduit depuis cinq ans. 461 watts de moyenne sur 46 minutes et quinze secondes de Monte Bondone , ingurgité à 22,7 km / h (1'26 de mieux que Simoni, 2e au sommet) : le signe de l'avènement.
Un avènement subi par un Gilberto Simoni pourtant meilleur cette année (430 W en moyenne) qu'en 2005 (410 W) et presque aussi brillant, en terme de puissances estimées, qu'en 2001 et 2003. Par un Paolo Savoldelli, vainqueur sortant avec 410 W de moyenne, et devenu incapable de se mesurer à Basso cette année avec une régression de 10 W à peine. Mais il faut dire que ce Giro a permis à pas moins de six coureurs (Basso, Simoni, Gutierrez, Piepoli, Cunego, Caruso) d'évoluer à 410 W de moyenne ou plus (contre deux l'an dernier).
Il n'y a pas à dire : Basso a construit de l'exploit. Les chiffres parlent.
Leonardo Piepoli est témoin de cet exploit permanent. Le grimpeur de Saunier Duval, 440 W dans le San Carlo, est celui d'entre tous qui a le mieux supporté la comparaison avec le Maillot Rose, une prestation d'ensemble qui renvoie à sa révélation sur le Tour 1996.
C'est parlant, un chiffre. C'est bête à tracer, ça se dessine comme un mouton, et ça parle.
Dessine-moi un Basso.
(1) L'étude des puissances développées par les coureurs du Giro 2006 (calculs et analyses de Fr. Portoleau) est publiée sur Cyclismag
(2) Frédéric Portoleau est ingénieur en développement de logiciels embarqués. Il a écrit Pouvez-vous gagner le Tour ? (2001, Polar) avec Antoine Vayer.
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Oui, c'est brillant, mais c'est con. Ces puissances mesurées sont de la foutaise, je m'excuse, car il est essentiel de dissocier le coureur de 55 kg de celui de 80 . Sur des pentes aussi accentuées que celles du Giro, c'est un sommet de connerie de mettre dans le mec sac un Gutierrez ou un Piepoli. Rien que sur le Mortirolo, le gros Quique Gutierrez largue le léger Piepoli, ce qui est une aberration physiologique de premier ordre , mais les différrences mesurées par Portoleau ne rendent absolument pas compte de cette gabégie. C'est nul. Dés lors, comment prendre ces chiffres au sérieux ? ? Pantani se dopait certes comme un cochon, mais quand il se fait éjecter par Indurain sur la Plagne 95 ou par Ullrich sur Arcalis 97, ce n'est plus le dopage du romagnol qui pose problème, c'est tout simplement l'histoire du cyclisme qui est mise à mal ! ! ! ! Il faut voir au-delà du problème des adjuvants "lourds", il s'agit de se pencher sur cette question : Le cyclisme a-t-il encore le moindre sens quand les lourds marchent sur les légers dans la montagne, ou quand certains légers ( Heras, Mancebo, Sastre) viennent chatouiller les lourds lors de chronos de type "billard" ? ? ?
En ce qui concerne Basso, le problème est simple, on le connait, il s'appelle Luigi Cecchini.
Les bonnes nouvelles du Giro sont le comportement de Leo Piepoli, enfin à sa vraie place dans un GT ( mais parfois largué par Gutierrez..), et le niveau des meilleurs français : Le frêle Gadret trés présent sur son terrain naturel , le trés endurant Casar n'a jamais été aussi fort, Patrice Halgand s'est sans doute surpris lui-même et Hubert Dupont annonce de belles promesses.
Les mauvaises nouvelles concernent les 1ère et 2è place du général.Surtout la 2è.
Une histoire du cyclisme résumée à la domination des gros rouleurs sur les purs-grimpeurs, même en montagne..Les purs-grimpeurs sont donc dominés par les rouleurs sur le plat, ils sont dominés par les rouleurs lors des chronos individuels, et ils sont donc maintenant dominés par les rouleurs dans la montagne ! ! ! ! Question : Ne faudrait-il tout simplement pas laisser cette catégorie cycliste à la maison, pour les mois de Juillet ? ? ? ? Faudra-t-il revoir totalement l'histoire du Tour de France et contester Pierre Chany en affirmant que les Faure,Gianello, Trueba,Berrendero,Ezquerra, Canardo, Goasmat, Camellini,Robic, Ockers, Close, Van Genechten,Dotto,Bergaud, Jimenez, Gonzalès, Gaul, Bahamontès, fuente, Galera, Van Impe, Massignan,Zoetemelk,Aja, Lopez-Carril, Martin, Alban,Winnen, Breu, Arroyo, Parra, Delgado, Herrera, Cubino,Theunisse n'ont jamais titillé, voire agressés les champions confirmés en montagne ? ? ? Je crois qu'il y a une confusion qui est faite entre Clt Général du Tour, et passage des massifs montagneux de ces mêmes Tours de France. Le vainqueur du Tour n'est pas forcément le vainqueur mathématique de la montagne, il est d'abord ce coureur endurant et régulier qui brille dans tous les compartiments du jeu, avec , souvent , une prédominance pour l'exercice du chrono individuel. Le grimpeur, par contre, est ce spécialiste obligé de compter ses efforts en acceptant de lever le pied à certains moments pour se consacrer au domaine ou sa nature physique lui confère , à priori, un avantage considérable. On sait bien qu'en montagne, un kg pèse bien plus lourd et le poids-léger tire un suprême avantage d'un rapport poids-puissance qui le condamne partout ailleurs. A chacun ses avantages et ses défauts. Mais il est évident que la donne a totalement changé, au détriment de grimpeurs qui ne peuvent , depuis 15 ans , plus jouer leur rôle de trublion populaire . Herrera se navrait de ce cet état de fait, et indiquait que ce constat l'avait conduit à ranger ses bicyclettes prématurément, en 92, lorsqu'il constata que le cyclisme changeait "radicalement". Ce qui se confirma de manière édifiante l'année suivante, avec ce trio "magique" de la montagne : Indurain, Rominger, Jazkula...
Dans un petit livre de Michel Dalloni, Antoine Vayer résumait trés bien la situation : " Les grimpeurs ont plus que les autres intérêt à une lutte anti-dopage efficace, parce-que c'est leur métier qui est en danger. Avec les produits, tout le monde roule à fond du 1er au denier km, au pied des cols , tout le monde est mort. Les talents sont nivelés. Et en montée, les spécialistes ne peuvent plus faire la différence." Ce constat a atteint le sommet de sa pertinence lors des 2 derniers Tours de France, ou certaines équipes "rouleaux-compresseurs", comprenant rouleurs, grimpeurs et parfois même sprinteurs, ont éjecté toute forme d'opposition. Un cyclisme dont Anquetil, Hinault et Merckx devaient souvent rêver au moment de maitriser les Gaul ,Bahamontès, Fuente, Ocana, Herrera ou Delgado...Oui, il y eut bien un Pantani pour tenter de remettre un peu d'ordre , mais ce fut au prix de sa santé,et,finalement , de sa vie. Faut-il que le cyclisme soit malade pour qu'un escaladeur naturel en arrive aux pires extrémités pour maintenir un certain équilibre montagnard ? ? ?