440 watts pour un Giro

Dessine-moi un Basso

Puissances et Giro 2006 (1)
lundi 5 juin 2006.
 

Un apophtegme pour commencer : par excellence, le vélo est un sport de souffrance. Au gré des mois, ou des semaines, il en procure de nouvelles preuves à un rythme effréné, sans vouloir se donner le temps de souffler, car il faut entretenir l'endurance. En bref, tout se passe comme s'il se donnait les moyens jusqu'au bout de se faire souffrir. Dans ce spectacle qui confine au masochisme, ou à l'auto-massacre organisé, il reste à attendre que la bête essoufflée et piquée de banderilles se donne elle-même le coup de grâce.

Son sang chaud et pollué se répandra sur le sable de l'arène, dans des réactions chimiques étonnantes.

On aura comme l'ombre d'un soupçon.

L'époque est au soupçon.
C'est ainsi, le soupçon est environnant, il est dans l'air ; plus solide même que l'air du temps : il s'est inscrit au patrimoine génétique du cyclisme. Le nuage ne s'est pas arrêté aux douanes, les retombées sur les esprits sont observables huit ans après.

Basso le matador est né trop tard. Quarante ans plus tôt, la même fougue et les mêmes yeux de dauphin auraient fait de lui un chérubin élevé aux nues. Le même Monte Bondone, avec la même pente, n'aurait pas permis le doute sur la qualité de son exploit.

Un Ivan Basso qui a pourtant les chiffres pour lui, des arguments imparables pour appuyer la grandeur de ses performances. Un Tour d'Italie sauce moutarde, 440 watts dans l'assiette, cent pour cent diététique. 440 watts, puissance moyenne calculée sur 5 cols (Lanciano, San Carlo, Bondone, San Pellegrino, Mortirolo) par Frédéric Portoleau (2). Une valeur qui a de la consistance, à l'image de ses hautes performances en montagne.

Car bientôt l'élève Basso pourra dépasser le maître Riis. Une juste récompense pour un travail si bien conduit depuis cinq ans. 461 watts de moyenne sur 46 minutes et quinze secondes de Monte Bondone , ingurgité à 22,7 km / h (1'26 de mieux que Simoni, 2e au sommet) : le signe de l'avènement.

Un avènement subi par un Gilberto Simoni pourtant meilleur cette année (430 W en moyenne) qu'en 2005 (410 W) et presque aussi brillant, en terme de puissances estimées, qu'en 2001 et 2003. Par un Paolo Savoldelli, vainqueur sortant avec 410 W de moyenne, et devenu incapable de se mesurer à Basso cette année avec une régression de 10 W à peine. Mais il faut dire que ce Giro a permis à pas moins de six coureurs (Basso, Simoni, Gutierrez, Piepoli, Cunego, Caruso) d'évoluer à 410 W de moyenne ou plus (contre deux l'an dernier).

Il n'y a pas à dire : Basso a construit de l'exploit. Les chiffres parlent.

Leonardo Piepoli est témoin de cet exploit permanent. Le grimpeur de Saunier Duval, 440 W dans le San Carlo, est celui d'entre tous qui a le mieux supporté la comparaison avec le Maillot Rose, une prestation d'ensemble qui renvoie à sa révélation sur le Tour 1996.

C'est parlant, un chiffre. C'est bête à tracer, ça se dessine comme un mouton, et ça parle.
Dessine-moi un Basso.

(1) L'étude des puissances développées par les coureurs du Giro 2006 (calculs et analyses de Fr. Portoleau) est publiée sur Cyclismag

(2) Frédéric Portoleau est ingénieur en développement de logiciels embarqués. Il a écrit Pouvez-vous gagner le Tour ? (2001, Polar) avec Antoine Vayer.

Photos :
Logo : Vélochronique
Logo survol : www.techno.science.net


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