Milan - San Remo

Le grand Freire pour la grand-mère

mardi 27 mars 2007.
 

Le prestige de la Primavera ne réside plus guère que dans son nom et dans le lot de ses courtisans. Milan - San Remo : un nom qui claque et une ligne d'or dans un palmarès. Elle n'a de classique que sa longueur, son cadre et sa beauté historique. La printanière est centenaire, mais le rendu moderne de cette grand-mère ne satisfait pas l'idée qu'on se fait d'un monument du cyclisme. Trois centaines de kilomètres offertes aux équipes de sprinteurs, avec pour seule vocation d'émousser les talents et de fatiguer les tempéraments parmi les plus rapides de la Via Roma. La rareté de ce type de distance accroît à peine l'incertitude du verdict.

Statistiquement, la victoire se joue sur un sprint (quasi) massif ou par un sprint assimilé (un attaquant du dernier kilomètre qui précède juste la meute).

Par chance, après trois cents dizaines d'hectomètres, la cause est toujours entendue par un grand nom du peloton. Car consacrer des seconds couteaux dans une classique historique serait perçu comme un déshonneur ; toute classique a certes droit, au nom du charme, à une exception, à un brillant inconnu au milieu du palmarès des cadors, mais la répétition ferait sa déchéance. Bien que jouée au sprint, la San Remo s'offre aux meilleurs, l'honneur est sauf.

Cependant, qu'une classique de grande envergure se résolve, par automatisme, dans un sprint massif - exception faite de Paris-Tours - est la marque de sa faillite.
La règle doit être la victoire en force, l'exception la victoire par sprint massif. Seul Paris-Tours peut y déroger et fonctionner inversement.

La victoire d'Oscar Freire en 2007 compense un peu la faillite de Milan - San Remo. De tous les sprinteurs, Freire est sans doute le plus remarquable, par ses propriétés qui en font un spécialiste décalé. Il est doté de l'une des plus belles pointes de vitesse et pourtant il accepte mal d'être classé parmi les purs sprinteurs les plus performants. Deux symptômes le caractérisent : son défaut d'omniprésence et sa polyvalence.

Il est devenu notoire que Freire a établi son palmarès par surprise. Sa propension à surgir du diable-vauvert est sa marque de fabrique ; et cet atout sensationnel lui a donné ses meilleures victoires. Une discrétion absolue durant la course, un jaillissement final inattendu, intervenant souvent après de longues périodes blanches… c'est du grand Freire.

Le charme de Freire est que son triomphe ne se fonde pas que sur sa seule pointe de vitesse. Coureur de circuits, homme de distance, bon tacticien sachant rouler sans équipier, c'est aussi un athlète au long cours capable de passer les bosses où l'explosivité requise manque souvent aux purs sprinteurs. Ce trait le rapproche davantage de Zabel que de Petacchi.

Roulez droit.


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