L'incident lors duquel Valverde avait essayé de s'échapper de la grande salle voûtée avait considérablement allongé la soirée. Rattrapé par l'assemblée, Valverde devait s'expliquer sur cette fuite. Le Secrétaire Perpétuel fit observer que, comme le Président venait de le souligner à propos de Contador, Valverde avait aussi échappé, miraculeusement, à l'affaire Puerto. Après une heure trente d'interrogatoires publics, on décida de reporter l'étude du dossier pour revenir à l'ordre du jour, car les deux hommes -aussi bien Valverde que Contador- restaient enfermés dans leur mutisme.
L'exclusion de Riis et celle de Saiz furent prononcées, sans surprise. Riis redevint simple Sociétaire, mais en plus d'être évincé du Conseil des Modernes, Saiz fut privé de ses droits de Sociétaire, « jusqu'à nouvel ordre ». Les sentences étant à effet immédiat, les deux hommes durent descendre des estrades.
On appela Vinokourov à la barre.
Alexandre, fit le Président, le sort t'a blâmé. Te rappelles-tu quand, il y a dix ans, dans cette même Assemblée, nous t'avions fait jurer que tu resterais propre toute ta carrière ? Voici le contrat signé de ta main. La question est : depuis quand transgresses-tu tes engagements ?
Je ne trrransgrrresse pas… C'est la Frrrance qui trrransgrrresse, avec sa haine et ses rrrancoeurrrs…
En vérité, poursuivit un Ancien, nous avions découvert il y a longtemps que tu avais rompu ton contrat. Nous avons voulu te donner des avertissements. Notamment en 2006.
Et quand nous avons compris que tu passais outre, reprit le Président Eugène Christophe (toujours en roulant les r), nous avons décidé de provoquer un contrôle positif. Cela ne pouvait plus durer.
Franck Schleck fut appelé. Le Président fouilla longuement ses dossiers éparpillés sur son bureau. Il s'était revêtu d'une austérité redoutable, puis il leva un regard intimidant sur le Luxembourgeois. En vérité, sa question s'adressa plutôt aux autres membres du Conseil :
Comment se fait-il que nous n'ayons pas eu de contrôle positif en 2007 pour ce garçon ? Il me semblait pourtant que…
Pas de contrôle positif ? Tiens tiens… Voyons, Schleck… (c'était le Secrétaire Perpétuel)
Mais oui, j'ai sous les yeux le compte rendu de l'Assemblée 2006, là, en page 14, voyez… (tous les membres du Conseil tournèrent les pages de leurs dossiers, pour suivre en même temps)… voyez… le nommé Schleck fera l'objet d'un contrôle positif, soit aux anabolisants soit à la transfusion sanguine, au moins quelques jours avant le Tour de France…
L'intéressé protestera de son innocence, continua Garin, avant de formuler des aveux, en fin d'année… En effet, cela ne s'est pas fait…
Y a-t-il une explication ?
C'est un loupé…
Schleck était resté silencieux, à la barre, timide, discret, un peu rouge.
Vous vous êtes bien gardé de signaler cette erreur, fit le Président à l'adresse de Schleck.
Objection ! protesta Bruyneel. Ce n'est pas à ce garçon de payer pour les erreurs du Conseil…
Soit, si nous reportions donc cette clause, pour l'appliquer en 2008 ?
Croyez-vous ?
Après tout, contesta un Moderne, si ratage il y a eu, c'est à l'avantage de Franck, et ce serait injuste de s'acharner. Je vote l'annulation de la clause, permettez-moi.
Bon, dans ce cas, qui pour annuler la clause 33, relative au contrôle positif de Schleck Franck ?