C'est pas qu'on t'aime pas, ni Contador...

mardi 19 février 2008.
 

Benjamin Malo n'est pas un chanceux de nature. On l'avait vu dans notre précédente chronique (Le grand jour de l'Ouverture), Malo est plutôt du genre à encaisser les petits malheurs quotidiens, bon an mal an, comme on se coupe en se rasant, sans y faire attention. Mais sa plus grosse malchance dans la vie, à ce mec-là, c'est d'être un passionné de cyclisme.

Surtout ne pas le dire ! Faut pas que ça se sache.
Imaginez le désastre.

Les moqueries, les blagues de mauvais goût, les vannes à deux sous qui vous pincent la rate de bon matin devant la machine à café, les rires dédaigneux, et, carrément, le mépris de ceux pour lesquels il n'y a pas vraiment plus ridicule (que d'être passionné de cyclisme) : ça prouve soit votre navrante et sotte candeur (« m'enfin, c'est tous des toxicos, c'est évident, patati patata ») soit votre malhonnêteté d'être (« tu cautionnes un tel système, c'est du fric, de la dope, de la magouille, tout ça c'est vraiment dégueulasse, patato patatu »)

Faut-pas-que-ça-se-sache.

Mais ça se sait ; tout le monde le sait. Malo porte ça comme une guigne. Ça lui tient au corps. Sept années durant (disons, les six dernières années du septennat ; la première ayant globalement reçu le bénéfice du doute), on s'est payé grassement sa tête, à Benjamin Malo, because Lance Armstrong. Il avait beau dire : « ça ne m'intéresse plus, j'ai tourné la page », ou encore : « mais je suis pas dupe », c'était le réceptacle de la cyclistophobie, nouvelle tendance en vogue depuis la fin des années 90.

Ces dernières semaines, Malo n'était pas trop embêté. Puis, vlan, retour de trois jours de maladie (œdème de Quincke aux origines encore indéterminées), et toute la boîte qui le met en boîte. Lui-même ignorait les motifs. Mais un collègue n'avait pas raté l'info au détour d'un journal à la radio : pas de Tour de France 2008 pour Contador. Du coup, Malo l'apprend par eux ; il se mord les lèvres pour ne pas questionner (« mais pourquoi ? » voudrait-il demander). Tape sur l'épaule, sourire moqueur, seringues dans l'écran plasma… Il se connecte subrepticement. Astana exclue du prochain Tour.

Le vainqueur sortant est donc cordialement invité à ne pas défendre son titre. Andreas Klöden rate encore une fois une occasion d'ajouter son nom au palmarès, sans mesurer la chance que ça représente en réalité. Levi Leipheimer ne pourra pas essayer de faire mieux qu'en 2007 (3e). La guerre de sécession entre ASO et UCI fait rage et le Tour affirme sa position hors-Pro Tour.

Un collègue s'approche, alors Malo ferme la page. Il se renseignera plus tard pour en savoir plus. Et pour se faire une idée. S'il en a une, d'ailleurs, Benjamin Malo peut s'exprimer sur cette tribune même.


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