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Le Raid des Alpilles 2011

lundi 6 juin 2011

Sauve qui pleut !

Environ 500 inscrits.
Environ 230 partants.
Environ 185 arrivants.
Un reporter bien éduqué aurait parlé de météo défavorable. Elle confinait au féroce quelques instants encore avant le départ du Raid, pour son retour dans le calendrier. Un déluge à peu près ininterrompu se déversait sur l’itinéraire de la course depuis plus de 48 heures et de prometteurs orages nocturnes avaient inondé les routes de la Crau, et déversé la boue ici et là, projeté des branches…

Mais seule une annulation pure et simple de la course m’aurait fait renoncer. En septembre 2010, et pour la première fois, je n’avais pas pris le départ d’une cyco à laquelle j’étais inscrit (les Bosses du 13) ; cette fois, les trombes d’eau ne m’arrêteraient pas. Audace bien loufoque : je savais que je serais à peu près dernier du classement. Mais avec le nombre affolant de forfaits bien logiques, j’avais une chance d’être dans les derniers et les premiers !

Quelques minutes avant le départ du grand parcours, des petits grêlons me provoquent ; je reste cloîtré dans mon auto, guettant l’annulation de la course.

Mais en fin de compte, les quelques culottés du grand parcours se lancent dans le côte de Saint-Rémy-de-Provence à l’instant même où la pluie cesse. Ils ne sont guère que quatre poignées de vingt. Le comité du petit parcours sera tout juste plus étoffé.

Je roule sur mes routes. Je ne pouvais décemment pas ignorer cette cyclo. Pourtant bien convaincu de mon inlassable médiocrité sportive, je me demande quand même, très vite, dans quelle galère je m’embarque, muni de mes toujours quinze kilos supplémentaires, et de quelque deux ou trois cents minuscules kilomètres au compteur… en un an. Très vite, c’est-à-dire aussitôt, je suis seul, et cette solitude est partie pour durer jusqu’à l’arrivée. Mais pas tout à fait dernier ! Je n’aurai pas, cette fois, le loisir de discuter avec le pilote du camion-balai.

La montée des Baux me révèle la tétanie de mes cuisses. À tout instant, je n’ai qu’à bifurquer pour rentrer chez moi ni vu ni connu, mais enfin, non, maintenant j’y suis !
Après 1h20 de route, dans la Crau littéralement inondée, et tandis que je roule parfois dans cinq centimètres d’eau, le premier (petit) peloton du grand parcours - qui a déjà accompli une ample boucle de plus que moi, par Saint-Étienne-du-Grès ; on peut donc estimer qu’il vient de me prendre vingt bornes - me rejoint, m’absorbe en douceur (c’est inédit, j’ai eu le temps de les sentir venir, de les voir me doubler, de les compter, de les voir filer leur chemin, je serais tenté de dire que c’était beau !), et me dépose presque sensuellement, me rendant à ma solitude.

À noter que pour la première fois depuis longtemps, je n’ai pas crevé.

Commence la douleur. La vraie. Jusqu’ici, c’était mon état normal. Mais ce peloton allègre du grand parcours, pour donner une idée de ma stagnation, je l’ai revu me re-dépasser au ravito d’Aureille, ce qui signifie qu’ils avaient déjà accompli la boucle d’Eyguières et qu’ils avaient désormais accompli environ trente-cinq bornes de plus que votre lamentable serviteur ! Mais au moins, il n’y avait désormais plus la moindre chance que je les voie une troisième fois.

Le Pas de la Figuière, pentu mais pas tellement, ingrat, où je suis infichu de rouler à plus de 8 km/h. Et au bas de la descente, à la bifurcation Eygalières-Eyguières, le couac. Je suis supposé faire la boucle d’Eyguières, par l’est, revenir à Aureille, monter le Pas de la Figuière une deuxième fois, retomber sur la bifurcation, mais pour repartir cette fois vers l’ouest. Or, la flèche et le signaleur m’indiquent d’aller directement vers l’ouest. Comme mon temps n’est pas spécialement compté, je marque l’arrêt, et m’étonne. Mais mon signaleur insiste. Moi aussi, avant de suivre ses indications. Paf, c’est l’erreur d’aiguillage ! (J’émets l’hypothèse, un peu humiliante pour moi et les quelques concurrents du petit parcours qui restaient encore derrière moi, que mon signaleur ne pouvait pas imaginer que des coureurs du petit parcours n’en étaient encore qu’à leur premier passage à cette bifurcation, alors que ceux du grand parcours avaient déjà fait leurs deux passages - ce qui trahissait un écart de trente-cinq kilomètres environ !)

Étrangement, en faisant route vers Maussane, puis en montant vers les Baux (car pour revenir à Saint-Rémy, il faut bien repasser par les Baux), des coureurs plutôt athlétiques me dépassent. Je croyais pourtant que tous les mastodontes du grand parcours étaient loin devant. Mais ce n’est pas le grand parcours ! Ce sont bien mes camarades du petit parcours qui, eux, n’ont pas été mal aiguillés ; qui ont donc fait la boucle d’Eyguières ; et qui se sont retrouvés derrière moi.

Mais la montée des Baux, le val d’Enfer, rendent la justice : mes muscles tétanisés m’empêchent de pousser sur les pédales. Néanmoins, j’avance. À un rythme critique, celui qui vous fait divaguer sur la route, de droite et de gauche. Un demi-kilomètre heure de moins, et c’est la chute sur place. Mais au moins, au sommet, la délivrance : la descente sur Saint-Rémy. Mais je n’avais pas envisagé que même une descente pouvait être aussi douloureuse ! Les muscles de mes jambes ne sont qu’un gros morceau de souffrance tétanisée.

Mon arrivée est fantomatique. Manifestement je n’ai pas choisi le bon moment. L’arrivée n’est pas matérialisée, et je passe sans trop comprendre, poursuivant mon chemin ; il faudra bien, deux kilomètres plus loin, que je me rende à l’évidence : j’avais terminé la course sans m’en rendre compte.

Une demi-heure plus tard, un invraisemblable déluge écrase Saint-Rémy, et à un vol de pigeon de là, des grêlons comme des patates mitraillent Cavaillon et Plan d’Orgon.


Voir notre fiche sur le Raid des Alpilles (parcours, classements, statistiques) en cliquant ici

Messages

  • J’ aime bien ces pages , ce cycliste qui ne cesse de se dévaloriser (!!!?), ces 15 soit- disant kilos en trop, son style descriptif .....Pourquoi , à certains moments , cela me fait- il penser à San Antonio, en mieux écrit ..? Il a du style , en vélo et sous sa plume , que diable, ce jeune pédaleur !!!!

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