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Les « Bosses du 13 » 2011

Ni seul, ni dernier… mais mouillé

lundi 19 septembre 2011

« Prenez des carottes, ça rend aimable et ça donne les fesses roses ! » C’est par ce jovial encouragement qu’on m’accueille sous le chapiteau où la bienfaitrice collation d’après-course est servie. Nous sommes dimanche 18 septembre, nous avons perdu presque dix degrés celsius en deux jours, et je viens de courir mes troisièmes Bosses du 13.

Un départ très hypothétique

À sept heures pourtant, c’était mal engagé. Deux Dijonnais que la longue route jusqu’à Marseille n’avait pas effrayés m’avaient demandé mon avis d’autochtone sur la météo à venir, tandis que je restais cloîtré dans mon auto, le vélo dans le coffre, et toujours pas habillé en cycliste. À cet instant, une pluie froide et rébarbative se déversait du ciel noir sur le campus de Luminy où des milliers de cyclistes incertains faisaient un peu la gueule. J’étais alors bien moins décidé à prendre le départ que lors du Raid des Alpilles, où les déluges de flotte et de grêle matraquaient pourtant la route avec une intensité autrement plus écoeurante.

Non je n’étais qu’assez peu déterminé à prendre ce départ et je me rappelais qu’en 2010 déjà, et pour la première fois, j’avais déclaré forfait - mais je n’avais alors pas pris la peine de me déplacer jusqu’à Marseille. Cette fois, je venais de prendre mon dossard, mais j’étais déjà trempé jusqu’aux os et essouflé comme une otarie : il faut dire que j’étais arrivé en retard pour le retrait de mon dossard et que j’avais suivi en courant (et sous la pluie, donc) une cycliste bien en jambes, dans la même situation que moi, qui gravissait au trot la pente qui menait au bâtiment d’accueil. Il n’avait pas fallu trente secondes pour qu’elle me mette K.-O. - je soupçonnais une manœuvre de la concurrence pour me mettre hors-jeu d’entrée.

Mais enfin, la pluie cessant… J’avais donc été au départ.

Pas crevé, pas tombé, mais tout glacé

Le départ arrêté (et non plus lancé) dans la Gineste avait ébranlé tout doucement une gigantesque masse de maillots bariolés. En 2009, j’avais crevé dès le kilomètre 6, avant même le sommet. Cette fois, aucun incident technique ne m’avait troublé, et c’est un miracle compte tenu du nombre incalculable de crevaisons qui avaient frappé les compétiteurs - une cascade de crevaisons que la pluie avait naturellement favorisée. Un jour faste pour Michelin. Le sort ne m’avait pas non plus jeté au sol, malgré les descentes détrempées et deux virages foncièrement ratés. Là encore tout le monde n’avait pas eu cette chance.

Pour le reste, la course avait été, comme à son habitude, bosselée, et je me félicite d’avoir changé d’avis en cours de route à propos du choix du parcours, que j’avais décidé moyen et que j’avais finalement pris petit. Faut pas pousser pépé dans les ronces. Car si la pluie avait eu la bonne idée de s’interrompre pour le départ, elle refaisait périodiquement son apparition au gré des kilomètres, fine mais cinglante et presque glacée, trouvant dans le vent un complice de premier choix pour me fouetter désobligeamment la figure.

On n’a toujours pas trouvé le moyen de contourner la Gineste

Cela dit, je n’avais eu rendez-vous avec le plus gros de la souffrance qu’en tout dernier lieu, au pied de la Gineste, qu’il fallait bien remonter en sens inverse si je voulais revenir à Luminy. Le vent de face et mes jambes brusquement devenues de bois m’avaient fait pester et jurer abondamment ; et c’est bien la première fois que j’avais usé de mon troisième plateau, soudain vidé de mes forces, et croyant bien que j’allais crever la gueule ouverte alors que je n’ai pas encore fait la vidange de l’auto - mais avec vue sur la mer.

« Prenez des carottes »

Avant ce retour particulièrement éprouvant, j’avais eu l’indicible bonheur qui mérite d’être réservé pour la fin et d’être narré avec emphase, de ne pas m’être retrouvé seul et approximativement dernier de la course après quelques kilomètres. Je veux dire que, ni seul ni dernier, j’avais accompli l’authentique exploit de trouver des coureurs ou de petits groupes dont le niveau équivalait à peu près au mien, sans que nous nous donnassions pour autant, les uns aux autres, l’impression macabre de partager nos derniers instants de vivants. Et cet événement m’avait procuré un double motif de satisfaction :
-  Une satisfaction morale d’abord, puisque c’est la première fois depuis quelques années que je n’avais pas l’impression d’avoir payé 37 euros pour faire un long et rugueux entraînement solitaire loin de toute âme qui vive.
-  Une satisfaction physique évidemment, puisque l’économie d’énergie que permettent l’abri salutaire d’un groupe de congénères et le suçotage de quelques roues salvatrices n’est plus à démontrer.

Cela me rapprochait toujours un peu des premiers, de sorte que je n’ai plus qu’un petit millier de places à remonter la prochaine fois.

« Prenez des carottes, ça rend aimable et ça donne les fesses roses ! » Nous sommes dimanche 18 septembre, nous avons perdu presque dix degrés celsius en deux jours, et j’ai gagné le droit d’engloutir une platée de tortellinis sauce tomate.


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