Exprimer sa notalgie n'a pas bonne presse à notre époque où il est devenu obligatoire de "positiver". Qu'on permette cependant au sexagénaire que je suis de faire part ici de la sienne - et de sa tristesse - en apprenant la disparition de Charly Gaul. Elle me renvoie à ce légendaire Tour de France 1958 remporté par l'"Ange de la Montagne", sans doute le plus passionnant de l'histoire de la grande boucle, en tout cas le plus riche en rebondissements. Par la suite, mon intérêt pour le Tour de France s'est lentement érodé...pour disparaître complètement depuis une vingtaine d'année, car la course actuelle n'a plus grand choseà voir avec celle des années 50-60.
Gaul, champion atypique, personnalité fière et ombrageuse, donc attachante, n'était pas seulement à l'époque un beau jeune homme. Il était aussi un coureur d'une élégance souveraine et possédait au plus au point la classe ou mieux la grâce. Je ne vois guère qu'un autre champion cycliste qui puisse lui être comparé : le Suisse Hugo Koblet. C'était l'époque où les coureurs ne ressemblaient pas encore totalement à des hommes-sandwich et n'étaient pas affublés de ces affreux casques qui rendent leur identification au sein d'un peloton presque impossible.
On lui doit quelques unes des plus extraordinaires performances de l'histoire du cyclisme, même si on peut regretter son manque de régularité qui l'empêcha d'avoir un palmarès plus étoffé. Si, dans 50 ans, la Grande Boucle existe toujours, je suis sûr que l'on gardera le souvenir des exploits "montagnards" de Charly Gaul. Je ne suis par contre pas persuadé que beaucoup de gens se souviendront encore du "gestionnaire méticuleux" qui vient de signer sa septième victoire consécutive.