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Tempêtes sur le Tour - P. Ballester

jeudi 14 août 2008, par Raphaël Watbled

60 % des coureurs classés parmi les dix premiers du Tour de France depuis 1968 auraient été en infraction, au moins une fois dans leur carrière, avec les règles antidopage ; 72 % des coureurs ayant fait un podium sont dans la même situation. 85 % des vainqueurs…Ce sont les improbables statistiques (mais manifestement vraies) établies par Pierre Ballester dans son récent ouvrage Tempêtes sur le Tour, après la cataclysmique édition du Tour 2007 et son naufrage Rasmussen-Vinokourov-Astana. Si le Tour 2008 s’en tire globalement mieux, en dépit de ses contrôles positifs et du cas Ricco, le discrédit du cyclisme se mesure de façon trop tangible : même ceux qui s’y intéressent encore ne croient plus dans les performances des champions cyclistes et tiennent les vainqueurs dans une estime toute relative. C’est sur ce discrédit que se penche Ballester, récidiviste dans le genre (auteur de L.A. Confidentiel et de L.A. Official avec David Walsh, en coulisses des livres-confessions de Willy Voet, Jérôme Chiotti, Bruno Roussel ou Philippe Boyer).

Le livre de Ballester ne se réduit cependant pas à une analyse assez précise de la déchéance du cyclisme et de son désastre affectif, ni aux simples chiffrages du dopage. Il s’introduit plutôt finement dans les structures fédérales et organisationnelles du cyclisme international pour mettre en lumière les fléaux de ce qui est devenu le sport-business : des sponsors (qui, contrairement à une idée reçue, profiteraient plutôt des affaires de dopage) à l’UCI, en passant par ASO, le vélo mondial serait prisonnier d’une logique mercantile et concurrentielle. La grande menace qui pèserait sur le cyclisme proviendrait de l’affrontement diabolique qui oppose la fédération internationale UCI aux sociétés privées propriétaires des Grands Tours, notamment la richissime ASO, aux chiffres d’affaires florissants et au bilan financier virevoltant. Les intérêts du vélo sont écrasés par leur guerre de monopole ; l’une (UCI) concevrait des projets à visée essentiellement économique et mercantile de manière unilatérale, voudrait cloisonner le cyclisme en une ligue élitiste fermée à l’américaine (le Pro Tour), et rêverait de déposséder ASO de sa propriété ultra-rentable (le Tour de France) quand l’autre (ASO) cherche à en rester le propriétaire et l’organisateur privé, à en garder exclusivement les bénéfices, et à faire scission en créant un circuit de compétitions concurrentiel.

Ce bras de fer, qui tourne actuellement au désavantage de l’UCI, désavouée par les équipes, est bien décrypté par Ballester ; les témoignages des différentes personnalités du cyclisme (Jean-Marie Leblanc, Daniel Baal, Patrice Clerc, Pat McQuaid…) consolide la compréhension des événements et des enjeux particuliers. Tout tourne autour de Hein Verbruggen. Avec en prime des extraits de l’édifiante et haineuse correspondance entre Clerc, Pitallier d’une part, et McQuaid, Verbruggen d’autre part, qui en disent long sur la nature intime des rapports entre les parties. L’ouvrage est conclu par la touche personnelle de Greg LeMond, en forme de cri de souffrance d’un champion qui pense avoir été poussé vers la sortie par les nouveaux dopés (EPO) et en forme de manifeste pour un cyclisme épuré.

Tempêtes sur le Tour (Business - Dopage - Scandales)
Auteur : Pierre Ballester
Editions du Rocher
Parution : 2008
Prix public : 18 euros


Liens complémentaires

Chronique de Cyclismag (Les responsables du cyclisme se lâchent) : http://www.cyclismag.com/article.ph...
Chronique d’Eric Camacho : http://www.coach365.fr/divers/artic...
Site Cyclisme-Dopage : http://www.cyclisme-dopage.com

Messages

  • Je n’apprécie nullement la façon dont monsieur Ballester interprète les faits. J’ai du mal à croire en la sincérité d’un homme qui focalise à ce point sur un sport qu’il contribue plus sûrement à détruire que le dopage lui-même. De là à penser que la maladie du cyclisme se révèle une pompe à fric pour le moins juteuse... Car enfin, comment se fait-il que monsieur Ballester se montre si "clairvoyant" envers certaines de ses "têtes de Turc" et si aveugle pour d’autres. Quid de cette complaisance envers Greg LeMond, dont absolument rien ne prouve qu’il n’ait jamais été dopé, envers une certaine Jeannie Longo qui, à 49 ans, tient la dragée haute à des gamines de 25 ans ? Et puis, pourquoi cet acharnement sur le cyclisme quand par ailleurs monsieur Ballester se montre pour le moins disert sur le rugby, sport qu’il connait pourtant bien puisqu’il dirige le magazine de la FFR. Curieux que monsieur Ballester n’ait jamais mis ses qualités de journaliste d’investigation au service de la lutte contre le dopage dans le Rugby, mal dont ce sport est loin d’être exempt, mais peut-être que les enjeux politiques et financiers qui régissent le rugby ne permettent pas d’investigation poussée et que tout le monde s’accomode finalement fort bien du bouc-émissaire idéal que constitue le cyclisme, sport médiatique le moins riche, ceci expliquant sans doute cela...

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