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A. Vayer : « J’assume ce que j’ai fait chez Festina et ça dérange »

Entretien

mercredi 30 novembre 2005

Vélochronique vous présente la suite de l’entretien avec Antoine Vayer, dont la diffusion a commencé simultanément dimanche soir sur La Flamme Rouge et sur ce site .

Propos recueillis par Laurent Martel et Raphael Watbled.

La Flamme Rouge et Vélochronique : Antoine Vayer, vous avez entraîné des champions, dont le dopage est aujourd’hui avéré, notamment l’équipe Festina. Avant que la vérité éclate, dans quelle mesure aviez-vous connaissance du système ?

Antoine Vayer : Je n’ai pas entraîné de champions chez Festina à part Bassons. Pour les autres, j’ai entraîné des hommes ou des gamins dont certains individuellement sont des gens très respectables. J’entretiens avec quelques-uns des rapports encore étroits.

Pour les autres, le dopage, les succès et les influences ont pourri les relations ou les ont arrêtées. Je pense à Brochard avec qui jusqu’à fin 97, j’étais très proche sans que nous n’ayons jamais évoqué le moindre produit ensemble, du temps où je le côtoyais en prenant mon scooter pour faire des séances d’entraînement, quand je le rejoignais sur la route du Mans. Avec sa femme, il ne parlait pas non plus de cet aspect "soins". Il a suffi d’aborder le sujet pour rompre les liens comme avec beaucoup de coureurs.

Dès le départ, fin 95, mon ami Bruno Roussel qui s’était laissé convaincre de mes compétences par Pascal Hervé que j’entraînais en marge de l’équipe, (aussi vis-à-vis du travail que j’avais fait avec Chiotti et d’autres comme Henry, Lebreton, Morin, Menthéour, etc...), m’a dit : « La préparation professionnelle et les soins ce n’est pas ton boulot, "on" sait faire, il y a les médecins et les soigneurs »... Cela tombait bien, je m’en foutais un peu de ces aspects. J’étais obnubilé par mon travail d’entraîneur. J’accédais, doux rêveur, au top.

Par contre, j’avais pour le reste carte blanche à 100% et le soutien inconditionnel de Roussel, les moyens de travailler, d’organiser à ma convenance les stages, l’équipe, les reconnaissances, de fournir cardiofréquencemètre, SRM, ordinateurs, compétences etc... Denis Riché, le diététicien, avait eu le même discours mais aussi le même soutien. Il a abandonné en 97. J’ai fait un travail formidable, novateur, moderne, créatif, en avance sur son temps, qui a été et est repris partout, c’est incroyable et édifiant. Même Ferrari a donné des conseils non sanguins à Bortolami, issus de mon travail... Armstrong a pompé plein de choses aussi ! qu’il met en valeur pour expliquer son état de grâce.

Bien entendu, au fur et à mesure, j’ai compris pourquoi on m’a dit en 97 : « Ce n’est plus le meilleur entraîneur du monde de la meilleure équipe du monde qu’il nous faut maintenant, mais le meilleur médecin ». Si je n’avais pas droit d’assister aux réunions coureurs - encadrement quand ils parlaient "soins", j’en savais quelque chose forcément. A partir de septembre 1997, j’ai commencé à m’intéresser de plus près aux "posologies" pour information. Quand un gars te dit après deux ans où il a fait du qualitatif : « Maintenant tu me fais chier avec tes séries, il faut évoluer. Moi maintenant si je suis à 53 d’hémato sur ma machine avec laquelle je contrôle mon taux le matin, je fais 200 bornes à bloc dont derrière le scooter avec trois pâtes de fruits et Basta ! Je récupère avec un goutte à goutte. Ça baisse à 48 et une bonne cure de Clenbutérol (NDLR : anabolisant) couplée à des hormones de croissance me donnent toute la force qui me manque à mon pédalage de dératé qui ne me fatigue plus ».

J’en ai mesuré l’ampleur alors et depuis. Et j’ai calculé tout cela. Incroyable ! Au lieu d’entraîner des "350 Watts" qui s’épuisaient à suivre, j’entraînais des "400 watts" qui, plus ils s’entraînaient et roulaient devant, récupéraient de mieux en mieux en étant psychologiquement euphoriques.

Certains progressaient en dormant grâce à l’activité des produits et molécules ingérées le soir... D’autres consommaient 1500 Kcal par jour rien qu’à métaboliser d’autres produits. Altius, Fortius, Citius ! (plus haut, plus fort, plus vite) Les références en matière d’entraînement et d’effort pour eux ne voulaient plus rien dire du tout. Des V02 max à 96 !!! Pour des gars à 65 en octobre, vous vous rendez compte ! Sur le Cybex des progressions musculaires extraordinaires pour des plus que trentenaires ! La jouvence ! J’ai très longuement expliqué cela et bien d’autres choses à la Police après leur avoir demandé de m’entendre de moi-même en Février 99 à Montparnasse (mi-chemin entre Lille, lieu du juge Keil, et Laval où j’habite) , car ils ne souhaitaient pas m’interroger !

J’avais été presque le seul de l’équipe "non inquiété". Personne n’avait parlé de moi sur les PV concernant le dopage... A la fin de la journée (ils pensaient ne m’entendre qu’une heure ou deux) les policiers m’ont demandé si je voulais être officiellement placé en "garde à vue" pour me "protéger"... Virenque allait être mis en examen, un peu quand même après ma description des différents rôles des "barons" au dessus de toute forme de loi qui avaient pris le contrôle réel de l’équipe après 97. Tous ceux qui veulent connaître mon rôle dans le système peuvent se pencher sur les PV d’audition mais aussi sur mes déclarations concernant Armstrong, notamment lors du procès Festina (j’avais tout dit à l’époque, non ?... et ce qui se passe actuellement le confirme).

Ce procès Festina où j’ai témoigné plusieurs fois, au double titre de témoin de moralité et d’expert en entraînement, (faut-il le rappeler, avec remboursement de mes frais par la justice), jamais contredit par aucun autre expert ni aucune personne, sauf un peu par un mort depuis. Certains ont la mémoire courte, ceux-là mêmes sans doute qui insinuent que j’ai pu avoir un rôle actif au sein de Festina et, bien sûr, ce sont ceux dont j’ai parlé dans mes PV.... Actif pour l’organisation de l’équipe et de l’entraînement, oh oui ! Mais pour le dopage, oh que non. Il faut savoir aussi qu’à l’époque où 100% des coureurs du Tour étaient sous EPO, mon travail et moi-même n’intéressaient personne ! Même mon avis sur le dopage n’intéressait personne ! Le "dopage" n’existait pas ! Pourtant il était à la base de tout. Des jeunes m’ont dit qu’ils avaient chialé de plaisir en voyant Brochard gagner à Loudenvielle et Festina en 97, et qu’ils n’avaient à l’époque aucun soupçon. Leur jouet a été cassé en 98 comme leur rêve.

Je m’étais ouvert à quelques journalistes amis à l’époque mais cela n’était pas d’actualité. Il faut se remettre dans ce contexte. J’estime même qu’un véritable entraîneur était et est préventif concernant le dopage dans une structure. Hélas, ils étaient et sont pour la plupart directeur sportifs. Or donc j’assume tout ce que j’ai fait chez Festina et c’est bien cela qui dérange ! De discuter encore maintenant avec certains qui se dopent et de connaître/décrire les effets de ce système gêne. De connaître et de décrire de manière experte les effets toujours présents maintenant, aussi. Je suis crédible mais à raison. Veni, vidi et sais pourquoi certains vici encore aujourd’hui.

LFR et VLC : Plusieurs coureurs impliqués dans l’affaire Festina ont réalisé depuis des performances notables (Zülle, Virenque, Moreau, Dufaux…). On aurait envie de penser qu’ils ont retenu la leçon. Vous n’êtes pas convaincu ?

A. Vayer : Quelqu’un a écrit "Plus fort qu’avant" (NDLR : Richard Virenque, avec J-P Vespini, édition Laffont, 2002) et "Ma vérité". (NDLR : Richard Virenque, en collaboration avec C. Eclimont et Guy Caput, édition du Rocher, 1999). Deux tomes livresques modèles de sincérité, une bible de la sainte parole avec "Chaque seconde compte" (NDLR : Lance Armstrong, édition Albin Michel, 2003). Et puis 1+1 ça fait bien 4 dans ces livres. C’est beau. Avoir envie de penser c’est croire en Santa Klaus à Walt Disney.

Et de quelle leçon parlez vous ? Beaucoup rient sous cape et les événements de 1998, comme les contrôles, ont été des cautions à leurs tricheries postérieures. Du pain béni. Ex-dopé repenti à 60 km/h seul sur le plat au bout de 6 heures d’échappée (NDLR : victoire de Richard Virenque dans Paris-Tours 2001) et à 25 km/h sur quatre cols pendant 5 heures échappé solitaire, un effet bœuf médiatique, non ? C’est beau aussi. Dans Apocalypse Now il y a une scène ou un soldat défoncé apprécie les flammes.

Lisez la suite demain sur La Flamme Rouge


L’entretien au jour le jour :
Antoine Vayer sort du bois : sur La Flamme Rouge et sur Vélochronique
A. Vayer : "Prendre le temps d’aller vite" sur Vélochronique
A. Vayer : "Le cas Heras ne fait que confirmer ce que tout le monde sait" sur La Flamme Rouge

Messages

  • A.VAYER c’est exellent ce que vous dites a ce sujet ,le vélo est dans une passe très très difficile ,et c’est pas d’aujourd’hui ! il faut en parler ouvertement pour sauver cette dicispline et pour dénoncer ces tricheurs victime d’un système pourri .

    Ces des gens comme vous qui vont, je l’espère, améliorer les choses et aussi des témoignages d’anciens coureurs qui révèlent le dopage.
    Ce sport noble doit retrouver ces lettres de noblesses et j’y crois, alors n’ayez pas peur de balancer ,de prouver aussi s’il le faut. C’est comme ça qu’on va y arriver ;

    Je sais pas si un jour on verra un coureur à l’eau gagner le tour de france avec ses propres moyens ,mais en tout cas en tant qu’amoureux du cyclisme je souhaite que le vélo aille mieux en ayant conciense qu’il a un triste passé. JULIEN 20 ANS

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