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A. Vayer : « Prendre le temps d’aller vite »

Entretien

lundi 28 novembre 2005

Vélochronique vous présente la suite de l’entretien avec Antoine Vayer, dont la diffusion a commencé simultanément hier sur La Flamme Rouge et sur ce site.

Propos recueillis par Laurent Martel et Raphael Watbled.

La Flamme Rouge et Vélochronique : 490 watts dans une dernière ascension d’une étape du Tour après trois cols : résolument inhumain ?

Antoine Vayer : 410-420 Watts pour un gabarit de 78 kg avec vélo ce l’est déjà ! pour une étape de 3 cols de 1ère catégorie ou hors-catégorie dont le dernier fait plus de 30 minutes d’ascension. Ou bien c’est admettre que la fatigue musculaire et générale est un concept obsolète. Pour les cols plus courts, c’est un peu plus. Pour les cols plus longs et étapes plus dures, c’est moins de 400. Cela dépend aussi des circonstances de course et de la météo. Mais ces fourchettes sont bonnes. 490 Watts ramenés à un gabarit de 78 kg ce n’est pas encore arrivé en fin d’étape. Il y a juste Ullrich en contre-la-montre en côte (Croix de Chaubouret pendant 29’02) qui l’a dépassé (494 watts) en 1997. Cela ne gênait personne à l’époque.

Mais ne désespérons pas, 490 watts cela peut venir puisqu’on fait confiance à l’AMA, "au dessus de tout et de rien ", pour régler le problème... Le vélo, c’est parfois, au vu et au sus de tous, l’équivalent de 100 mètres qui se courent en moins de 9" sans que personne ne cille ni ne bouge d’une oreille. Evidemment un moyen (l’extrapolation des watts) met cela en lumière et mesure. Cela énerve, forcément. Après avoir voué aux gémonies la lutte contre le dopage, la veste s’est retournée mais elle est réversible puisque - vous verrez - c’est la suspicion de dopage, notamment avec ces moyens indirects pour l’heure de détection d’inhumanité, qui sera combattue.

On a dit récemment : « On ne pourra jamais bouter le dopage du sport mais chasser la suspicion, c’est sûrement possible ». Voilà l’objet du nouveau ramdam, la nouvelle plaie à l’image : la suspicion ! C’est en contradiction avec d’autres propos : « Nous ne voulons pas grossir les rangs de ceux qui, par le passé, ont détourné le regard face à ce problème. La seule attitude à adopter contre ce fléau est de le dénoncer sans relâche ». La contradiction c’est de continuer à faire semblant de faire croire que l’AMA va résoudre le problème à échéance des grands évènements sportifs...

On parle dopage l’hiver puis Pantani, Riis sont les sauveurs, la résurrection du cancéreux, les urines congelées, la jajamania, Virenque le Retour, etc... Voeckler Eau Claire, il faut bien trouver quelque chose l’hiver pour se couvrir l’été plutôt que de prendre le taureau par les cornes comme ce pourrait être fait. Mais cela prendrait du temps et coûterait de l’argent. On se "hâte lentement" plutôt que "prendre le temps d’aller vite". Il est urgent d’attendre.

LFR et VLC : Et le Tour 2005 ? Quel est votre verdict ?

A. Vayer : Année de records encore. De vitesse générale, quoiqu’on en dise sur les circonstances de course et l’état des routes... Premier col du Tour révélateur du niveau d’ensemble :

-  Ballon d’Alsace nord en 22’52" pour un peloton de 50 coureurs à 431 watts emmené par tous les Discovery qui chassent mais ne reprennent aucune seconde à un minuscule coureur irréel (NDLR : Michael Rasmussen) échappé depuis le kilomètre 4 qui roulera plus vite mains en haut du guidon ensuite que deux des meilleurs rouleurs du monde (NDLR : Christophe Moreau et Jens Voigt) qui s’unissent derrière lui sur 50 km de plat face au vent. C’est beau le vélo !
-  Records des montées de Courchevel en 29’ et 449 watts avec trois coureurs (NDLR : Valverde, Rasmussen et Mancebo) qui arrivent à suivre le boss (NDLR : Armstrong) pour une performance à moins de 10 watts que celle des plus beaux jours de Pantani !
-  Record Azet Est en 21’25 et 433 watts à plus de 20 km/h.
-  Marie-Blanque Ouest en 17’59 et 428 Watts.
-  Port de Pailhères en 46’16 et 398 Watts au tempo.
-  Et sur le Tour, six coureurs entre 412 et 425 watts de moyenne dans les cols clés de fin d’étape.
-  La montée de Mende à 486 Watts.
-  Et notre Hincapie volant vainqueur d’étape dans la même équipe que le plus grand descendeur du monde, le revenant et récent vainqueur du Giro Savoldelli. Et le record de l’indécence avec les déclarations de Lance sur le podium du Tour.

LFR et VLC : Y a-t-il selon vous des performances notables en 2005 que l’on peut tenir pour raisonnablement crédibles ?

A. Vayer : Celle que mon fils de 12 ans Titouan a faite sur le Mont Royal à Montréal le 17 juillet en 12’28" et quelques-unes qui n’ont pas vraiment d’importance au regard de celles qui nous préoccupent si on aime le vélo.

Lisez la suite demain sur La Flamme Rouge


L’entretien au jour le jour :
Antoine Vayer sort du bois : sur La Flamme Rouge et Vélochronique

Messages

  • Même si je crois, qu’effectivement, ces performances d’extra-terrestre ne peuvent qu’être le fruit d’un savant mélange d’entraînement, au dopage... ll ne faut pas perdre de vue que, parfois ! ! !, l’entraînement et la science, permettent au corps des prouesses insoupçonnées. Et cela dans toutes les disciplines !
    L’apnée est sans doute l’exemple le plus spectaculaire. Quel médecin aurait parié sur une descente à 217 mètres de profondeur en apnée ? La limite théorique était donnée à 180 mètres, il y a quelques années.
    Donc, prudence.

    • ancien apnéiste et cycliste depuis, le mystère est entier alors...

      mais il s’agit d’une part pour l’apnée de paramètres plus "cérébraux" que le vélo à mon sens alors que pour le vélo les performances sont "musculaires". Si l’on compare le vélo aux 100 mètres à pied, on voit que des performances normales (si on arrive à enlever les performances douteuses de ces dernières années) n’augmentent pas aussi vite...si l’on vous suit...après demain, 15 types au championnat du monde descendent sous les 9 secondes, et il pourrait y avoir une explication physiologique...à part le dopage je ne vois rien d’autres...

      d’autre part pour revenir à l’apnée c’est une discipline qui n’a vraiment que 15 ans (hormis quelques grands noms..) et qui s’est professionnalisée rapidement (sponsors aidants pour certains) et qui n’a pas à ma connaissance de contrôle anti dopage très poussé (si on veut douter des performances...).

      quand je vois que des "gars" comme merck, fignon, hinault etc (à supposer qu’ils étaient tous clean en plus) seraient relégués en fin de peloton...

      il suffit aussi de prendre le cas Heras...et ses chronos de fin de tour d’Espagne...pour une crevette comme moi de 57 kilos...je crois que c’est une preuve de perf anormale confirmée par un dopage à l’epo.

      Pou revenir sur les études de M Vayer, je trouve qu’il faudrait qualifier des performances "normales ou acceptables" dans certains cols. Comment se font les comparaisons pour juger d’une perf anormale ?

      Voir en ligne : les récits de laumi

    • les puissances développées sont rapportées à un individu d’un poids précis en kilos, mais si tout le monde comprenait comment on calcule la puissance qu’un sportif développe à vélo, il n’y aurait que des sceptics, mr millimeter.

    • une perf anormale c’est plus de 410 watts sur une heure pour 75 kilos par exemple. pour un poids et une taille d’homme il y a des limites qu’on ne peut dépasser normalement, et qu’on peut dépasser en se dopant.

    • Salut Antoine,
      j’ai une question qui me trotte depuis qq temps ds la tête :
      Pourquoi les tests sur les cheveux ne sont ils pas pratiqués plus souvent et systématiquement ? Comme sur Heras par exemple qui se dit innocent (mais innocent de quoi finalement ?!?!)
      Je ne remets pas en question vos méthodes de calcul, mais vous extrapolez la puissance pour un coureur "type" d’une certaine taille et d’un certain poids ?
      Je trouve personnellement logique que Pantani fut meilleur qu’Armsrtong, de par son gabarit d’une part (55kg je pense ?) , là ou un Armstrong en fait 75. Le rapport poids-puissance de Pantani(8 ?) devait etre astronomique par rapport à un type comme Lance non ?
      Amicalement,
      Régis

  • bonjour Mr Vayer
    que voulez vous mon cher Antoine , il est des moments ou les coureurs ont de sacrées capacité thoraciques , et ou le litre d’oxygène (qui de plus en altitude ) produit plus que prévu physiologiquement . Si seulement ce sport pouvait ( comme les autres )ramené à la raison .
    L’éducation commence à la base , ce travail est rarement fait dans les clubs. Ou sont les contrôle des coureurs lors des courses à la base ?
    Une règlementation ne vaut que par l’application que l’on peut en faire .
    Si on n’impose pas par contrainte des choses au cyclisme , il ne changeras pas !.
    sincères salutations

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