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Mes débuts dans le dopage (1) : le coup de grisou

samedi 18 septembre 2004

Sans commentaire. Pour et avec Charly

« Un coup de blues, un coup de désespoir », m’a-t-il confié au détour d’une citronnade. C’est parti comme ça, sans contrôle, comme un pétard en moi. Comme un coup de grisou ? me suis-je senti poussé à ajouter. Absolument ça, un coup de grisou. M… alors, je l’ai regardé comme on regarde un vide, il était devenu une sorte de nébulosité ambiante ; le pétard il l’avait encore dans les yeux. Partout en lui ça sentait le pétard qui vient de lâcher la poudre. Et qui étais-je pour lui, pour recevoir sa confidence ? Sans aucun contrat, ni aucune préméditation, le sac s’est ouvert. Le nœud s’est relâché tout seul, sans que je dise rien, sans que je demande rien. Une confiance non dite s’est établie un peu au hasard, comme on tombe en amitié. Et j’étais presque gêné d’entendre l’aveu. En avait-il seulement eu conscience ? Savait-il qu’il me parlait, en cet instant ? Savait-il ce qu’il me disait ? Et ce lot d’implications… A présent, je savais. Qu étais-je moi, pour recevoir cette confidence ? Et cette question me taraude, bon sang, pourquoi moi ?

Mais il savait bien ce qu’il faisait, en me parlant, il le savait trop bien. Sans préméditation, mais en plein consentement. Et j’étais là, comme un benêt… M… alors, salopard, c’est à moi que je l’ai dit, salopard d’entendre ça, de savoir désormais. Comme un coup de grisou, il a répété. Il a soupiré. Soufflé. Moi aussi. Ah la souffrance. Mais de qui ? Ce garçon en face de moi, attablé comme un condamné qui prend sa dernière soupe, il me renvoyait soudain ma propre angoisse ; qui était-il ? Lui, c’était moi ou bien… ? Qui parlait ? Etait-ce moi ? Qui faisait l’aveu ?

« On peut s’arrêter là, et changer de sujet », j’ai dit ça vite, comme pour changer l’air de mes poumons. Non, non. « C’est comme tu le sens ». Tu vas me poser des questions. Ah pourquoi moi ? Pose-moi des questions, je te fais confiance. Demande-moi ce que ça fait, quand j’ai commencé, vas-y… Non, non. Son secret était le nôtre. Ses mains avaient un léger tremblement. Et ses yeux… Convulsés de tics. Il ne s’en rendait pas compte. Cet athlète avait une gueule de toxico. J’ai eu peur. Et qu’est-ce que je faisais moi ? Je suis chargé, s’est-il excusé. Je peux pas faire autrement. J’au eu des frissons. C’est en moi, j’ai l’impression d’avoir une saloperie en moi, elle est partout, dans ma tête et dans le ventre, mais c’est moi qui me la mets à l’intérieur. Je peux pas faire autrement. Il avait l’air de présenter des excuses et de s’indigner contre-lui-même.

Faut pas commencer, tu t’arrêtes plus. « Tu as commencé comment ? » C’était le coup de grisou. Un truc sans contrôle. J’ai eu besoin, pour voir, pour me faire du mal, ou pour me sentir bien, je sais même plus. Pour voir. J’ai pensé à la suite. J’ai continué, j’ai fait de pire en pire, et quand j’ai compris, c’était trop tard. Faut pas commencer « Le coup de grisou, c’était quoi ? » Je sais pas, je me sentais trop nul. Je pensais qu’en prenant quelque chose, ça resterait mon corps qui fait les courses. J’ai vu que non, ça te déménage. J’ai pris. Moi aussi j’ai voulu, je me suis dit : juste pour voir, quelques temps, ce que ça fait de se doper

La chronique de Charly : mes débuts dans le dopage
1- Le coup de grisou
2- Confiance et confidences
3- Désenchantement
4- L’aveu terrible

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