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Mes débuts dans le dopage (11) : psychologiquement bousculé

samedi 6 novembre 2004

Sans commentaire. Pour et avec Charly.

Je désespérais de revoir Charly. Paradoxalement, j’étais à la fois un peu inquiet et soulagé ; inquiet car, avec une certaine prétention, je pensais tenir un rôle fondamental dans sa vie actuelle ; soulagé car, avec un certain découragement, je me sentais aussi très impuissant. Inquiet aussi car, il faut bien le dire, avec une certaine mauvaise conscience, j’avais le sentiment d’être un peu responsable, par ma maladresse, du mauvais déroulement des choses. J’ai pensé à plusieurs reprises que Charly avait eu une mauvaise idée, un jour, de s’adresser à moi ; presque je lui en ai voulu. Devrais-je avoir honte, malgré tout, d’avoir profité un peu de l’absence prolongée de Charly ces derniers jours ? J’ai eu l’impression d’avoir une vie normale. Mais je ne pouvais pas me dissimuler à moi-même la part d’angoisse que me causait ce garçon : j’étais, à ma connaissance, le seul homme à savoir bien sa situation, et donc, à pouvoir l’aider.

Quand je l’ai revu, mercredi, c’était comme si rien ne s’était passé, comme si on ne s’était pas vus depuis la veille à peine. Il avait l’apparence d’un garçon posé, calme et maître de soi. Mais je devinais sa grande agitation intérieure. Je refaisais connaissance avec le déferlement de ses clignements d’yeux, et avec cette sorte d’abattement moral, ce côté blasé, qu’il est insupportable de trouver chez un garçon de son âge. Je continue de rouler. « Ah, c’est super ça, lui fis-je, tu roules beaucoup ? » Beaucoup, ouais. « Tu roules seul ? » Seul, oui. J’ai eu du plaisir. J’ai aimé aller faire du vélo. Il y avait eu une rupture entre Charly et l’amour du cyclisme, je le crains. Ils sont nécessairement en froid ; ou dans une relation paradoxale. Le cyclisme est, dans son esprit, responsable du mal qui l’accable, et il faut le persuader que c’est faux.

Ce travail de persuasion, à ma grande surprise, ce n’est pas moi qui en suis à l’origine. Car, la nouveauté était que Charly s’était trouvé un ami perspicace, qui n’avait pas tardé à comprendre qu’il ne fonctionnait pas aux pâtes et à l’eau de source. Une rencontre dans une soirée étudiante, dans un bar américain… « Et qu’est-ce que tu foutais dans ce bar ? » Quoi, ça te gêne que j’aie un nouvel ami ? Alors ça ! Qu’est-ce qui lui prenait ? Et pour qui il se prend d’abord ? Et puis au fond, il n’avait pas complètement tort ; cet ami vénézuélien avait le mérite d’une confiance acquise à la grande vitesse, et je perdais un peu de ma légitimité auprès de Charly. J’aurais plutôt dû m’en réjouir, je ne pouvais pas assumer seul le soutien psychologique de ce garçon. Et manifestement, le Vénézuélien était particulièrement pédagogue. Il savait le mot juste.

Grosso modo, cet ami de Caracas s’était pris d’amitié pour Charly et s’était cru autorisé à le harceler jusqu’à ce qu’il lui confie ses malheurs de toxico. Allez savoir comment il s’y est pris, mais il en ressort que Charly a été, de toute évidence, psychologiquement bousculé, et que ça lui a été bénéfique. Je me sentais vraiment minable. J’avais passé des semaines à brasser du vent autour de Charly et, en une semaine, notre énigmatique Vénézuélien l’avait persuadé de l’écouter. C’était finalement une occasion pour moi de décharger ma responsabilité sur Caracas-c’est ainsi que nous l’appellerons. Et puis un garçon de son âge était assurément plus apte que moi à lui donner les occupations de son âge. Il ma proposé de sortir en boîte samedi avec ses amis, c’est soirée brésilienne « Eh ben c’est très bien, ça, tu y vas ? » Je sais pas trop. Je les connais pas, ça me fait peur. Tu veux pas venir avec ? Celle-là c’était la meilleure. « Il se drogue pas ton Vénézuélien ? » En posant la question, j’ai bien senti à quel point j’étais idiot. Non, évidemment, il ne se droguait pas. Alors, écoute, je lui fais confiance, suis-le, et écoute ce qu’il te dit. Tu n’as pas besoin de moi pour t’éclater

C’est amusant, je n’ai jamais vu Charly s’amuser. C’est presque une idée loufoque et irrationnelle. Sans Caracas, je n’aurais pas accepté qu’il puisse sortir en boîte, j’aurais pensé à la dope tout de suite. A présent, j’étais rassuré.

La chronique de Charly : mes débuts dans le dopage
1- Le coup de grisou
2- Confiance et confidences
3- Désenchantement
4- L’aveu terrible
5- Rencontre avec le vice
6- Triste devant le cyclisme
7- Redevenir un observateur silencieux du cyclisme
8- De l’influence à la persuasion
9- Effets gênants…
10- Fuir le monde
11- Psychologiquement bousculé

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