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Mes débuts dans le dopage (13) : retour perdant

lundi 24 janvier 2005

Sans commentaire. Pour et avec Charly.

Cela fait six mois environ que j’ai reçu la première confidence de Charly. Onze mois qu’il m’a vu sur la Canebière à la Classique Haribo. Un peu plus d’un mois qu’il semblait avoir omis mon existence - un mois donc que je m’embourbais dans ma mauvaise conscience ; forcément, comment pouvais-je pas me sentir coupable ? Coupable parce que j’étais soulagé, il faut le reconnaître, de ne pas entendre parler de Charly, de ses coups de folie et de ses overdoses en tout genre. Coupable parce que je me forçais un peu à ne plus y penser. Parce que je ne faisais pas grand-chose pour m’informer. Et pourtant, Charly n’a jamais quitté mon esprit, encore moins cette satanée confession, ce « coup de blues, ce coup de désespoir, ce coup de grisou » ces quelques premiers mots qu’il a imprimés au fond de ma cervelle à la fin de l’été.

Je me persuadais d’avoir été dans une parenthèse. Je me persuadais de beaucoup de choses. Et je savais bien que j’avais manqué de courage, encore, parce que je ne me sentais plus assez fort pour le soutenir. J’avais accueilli avec un soulagement extrême la nouvelle de son amitié avec le Vénézuélien, Caracas comme nous l’appelons ici par commodité. J’ai eu l’occasion de sympathiser avec ce garçon qui, un soir, m’avait ramené Charly à la maison dans un état plus que moyen. Et je déchargeais ma responsabilité vis-à-vis de Charly sur Caracas, allègrement. J’avais naïvement pensé que Charly n’aurait plus vraiment besoin de moi. Et à la rigueur, je me forçais de ne plus penser au mot : drogue.

Charly est un pétard imprévisible. Assez puissant en tout cas pour m’avoir fait vaciller dans ma passion du cyclisme. L’occasion m’est venue de penser à lui ces derniers jours, avec l’affaire de dopage qui agite le vélo amateur. A la première seconde même, pendant une fraction microscopique du temps, j’ai pensé : M… Charly s’est fait prendre. Une minute après je me suis dit qu’avec un peu de chance, l’athlète-toxico comme il s’appelait lui-même était redevenu un athlète tout court, ou tout simplement un garçon normal. D’ailleurs avec quel argent se serait-il approvisionné ? Caracas bien sûr… De même que j’avais cédé moi-même.

Et puis, voilà, c’est Charly. Il débarque quand on ne l’attend plus. Avec toujours un pétard dans les yeux. Je donnerais cher pour savoir à quoi il ressemblait avant. Avant son premier dopage. Ou plutôt : avant la toxicomanie. La vie ne m’a proposé qu’une image de Charly, celle d’un garçon schizo sur les bords, parano en plein, convulsé de tics nerveux, les yeux rouges, déconnecté du monde, en manque. C’est ça, c’est le mot qui lui correspond, Charly est en manque. Depuis la première gélule, le premier cachet, la première poudre ou la première goutte, Charly est en manque.

Et puis voilà, un dimanche, le téléphone qui vibre : le numéro de Charly. Mais pas Charly au bout du fil. La voix de Caracas, son accent et son français encore incertain. Et des pleurs derrière. Il faut que vous, vous voir. Charly a besoin de toi. « Besoin de moi ? » Oui je crois. « Comme ça, d’un coup ? » Il parle seulement de toi toujours. « Il continue ? » Oh oui.

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