Accueil > Dossiers > La chronique de Charly : mes débuts dans le dopage > Mes débuts dans le dopage (16) : le doute

Mes débuts dans le dopage (16) : le doute

jeudi 27 janvier 2005

Sans commentaire. Pour et avec Charly.

London était allongé sur la moquette. Caracas adossé au mur, à côté de moi, appuyé à la commode branlante. Tous les trois confinés dans un gros mètre carré. Devant nous, sur le canapé-pouf, emmitouflé dans les coussins et la couverture, Charly dormait, dans un demi-délire, en tremblant. L’épuisement était commun à tous. Le mur grondait derrière nous sous la force du vent. Une branche fouettait la fenêtre ; ma chambre était transformée en hôpital de guerre. Je venais de taper la chronique précédente.

« Ce soir à la broume, nous irons, ma broune, couillir des serments… » C’est Caracas qui fredonnait. « Comment tu connais cette chanson, toi ? » On nous l’a fait apprendre au lycée en Venezuela. London dormait ; « Qui c’est London ? » Oun ami. « … Pour toi ma princesse j’en ferai des tresses et dans tes cheveux… » Les chenilles de Charly étaient parties ; peut-être pas, d’ailleurs. Il s’était arraché la peau un peu partout dans son délire. « Tu crois que c’est ça, du delirium tremens ? » Dou quoi ? « Et l’argent ? Tu lui en donnes toi aussi ? » J’ai tout donné à loui. « Et ses parents, tu les connais ses parents toi ? Tu sais où il habite ? » Non, je ne sais.

On en était rendus au point zéro ; j’ai pris son manteau. Le manteau de Charly. « Ces serments, ma belle, te rendront crouelle… » J’ai fouillé. « … pour tes amoureux ». Suis tombé sur un porte-feuille volumineux. « Demain à l’aurore nous irons… » London se releva d’un coup et voulut m’empêcher de poursuivre - le porte-feuille s’ouvrit, il en tomba une petite boîte cartonnée, une boîte de médicaments je pense. « Et sour la colline, dans les sauvagines… » Je n’eus pas le temps, la boîte fut aussitôt dans la main de London, qui se recoucha sur la moquette. « …tou te coucheras… »

« M… alors, pourquoi il a fait ça ton ami ? C’est quoi cette boîte ? » T’inquiète pas. Il a fait ça avec nonchalance. « Que je m’inquiète pas ? Oui c’est facile… » Dans le portefeuille, pas de carte d’identité. « Tu ne sais vraiment rien de lui ? » De loui, non. Il fit un signe du menton pour me désigner Charly. Sur mon canapé-pouf, il saignait du nez.

Une conviction, comme si rien n’avait changé, mais comme si tout empirait, comme un mer qui croît sans limite : Charly m’a échappé. Mais pas que lui. Quelque chose autour de moi m’échappe. Un doute m’a traversé. J’en viendrais à douter de mes amis les plus fiables. Le doute. Peu identifiable, mais le doute. Je ne voudrais pas être le seul à lutter. Et d’ailleurs, à lutter contre quoi ? Ce geste de London m’a donné un doute. Mes propres attitudes me donnent des doutes. Je me suis laissé entraîner par un mouvement. Caracas m’a dit l’autre soir : Tou n’as pas peur, à cause de tes chroniques, qu’on t’accouse ? Comment on dit ? Non-assistance à personne en danger… A ces mots, un raz-de-marée de révolte et de doute à la fois m’a submergé, en silence. Peut-être avait-il raison, oui, mais cette accusation-là, c’était trop fort de roquefort. J’en aurais eu les larmes.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.