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Mes débuts dans le dopage (19) : mauvais scenario

samedi 30 septembre 2006

Ce texte a été écrit en mars 2005 et n’avait jamais été mis en ligne. Nous le restituons tel qu’il a été rédigé à l’époque.

Sans commentaire. Pour et avec Charly.

Je n’ai toujours pas publié la chronique précédente, pour des raisons qu’il est malvenu de préciser, et je ne suis pas certain que celle-ci connaîtra un meilleur sort ; dans le doute, j’en poursuis l’écriture.

Jeudi soir (Ndlr : cette chronique date du 5 mars 2005), un appel provenant du téléphone de Charly me rappelait une réalité qu’il m’arrive de vouloir oublier, abominablement. Mais comme cela était déjà arrivé, pas de Charly au téléphone ; mais plutôt son délégué, Caracas, qui était décidément devenu incontournable. Je crois qu’il faut que toi, venir. « Je préviens : cette fois, si ça recommence, j’appelle vraiment le SAMU ». No, no, c’est pas pour ça. C’est ploutôt pour lé protéger. « J’arrive d’un coup de vélo ; où ? ». Tou viens dans la rue C., derrière Monoprix. Là, j’y étais, en plein polar ; j’étais devenu acteur malgré moi d’un scénario débile. D’un coup, ça m’a percuté : je nageais en plein délire.

Je fus introduit dans un studio du quartier bourgeois, qui empestait des odeurs peu conventionnelles. De l’étroit sas d’entrée, j’eus une vue d’ensemble pour le moins déconcertante. Immédiatement à droite, une salle d’eau abritait trois garçons, plutôt des ados, en train de fumer, assis au sol, le dos à la douche et à la colonne du lavabo. Le long des plinthes couraient des cadavres de bouteilles ; des bières. Juste après, de la cuisine américaine, ouverte sur la pièce unique, rappliqua le locataire des lieux ; il affichait un air à la fois gêné, circonspect et frondeur. Il sentit, je crois, une sévérité inattendue dans mon regard, une sévérité qui ne m’est pas familière mais qu’il m’était impossible de contenir ; une sévérité qui dut lui faire croire que j’étais un danger potentiel, et qu’il fallait rester courtois en la circonstance. Bref, dans ses yeux, il y avait déjà un sentiment de culpabilité.

Caracas lui glissa timidement : C’est le frère de Charly. En retour, le garçon eut l’air de lui reprocher, par le regard, de m’avoir fait venir. L’impression de culpabilité décupla dans ses yeux.

Dans la pièce unique, à travers les effluves douteux et les volutes de fumées, le spectacle acheva de m’attrister. Ils ne devaient pas tout à fait être dix, dix adolescents ou dix jeunes hommes. Parmi eux, Charly, dans une apparence comateuse, à moitié sur le sol, à moitié sur le divan ; sur le parquet, il avait une jambe sur celles d’un gringalet qui jouait de la musique sur sa cuisse ! Sur le divan, sa tête venait reposer sur un gaillard qui lui caressait tendrement le visage. Je pris quelques secondes pour observer, pas très sûr de vouloir m’engager dans la pièce. Derrière Caracas s’étonnait de mon immobilité provisoire ; l’hôte voulut me parler : Heu… tu sais… Je n’avais aucune envie d’entendre ce ton de justification ; cela ne m’intéressait pas. Je ne pus que lui adresser un sourire forcé qui signifiait : ne t’embête pas, tais-toi, je n’ai pas besoin que tu m’expliques.

Le gaillard, étonné de me voir, n’avait pas l’air de vouloir me rendre Charly. Il continuait à lui caresser le front ; son regard paraissait me dire : tu vois qu’il est bien, là ; laisse-le moi. Je retirai d’un jet mon blouson jean qui m’entravait, et m’agenouillai près d’eux. J’étais au niveau d’une table basse, où un grand gamin, je crois, se faisait un rail. « Qu’est-ce qu’il a pris ? » demandai-je à celui qui distribuait à Charly son affection. T’inquiète pas. Ce genre de réponse était tout ce qu’il fallait pour me faire sortir de mes gonds. Mais je misai sur le calme, au contraire. Lorsque Charly ouvrit les yeux, il me découvrit en train de lui donner quelques tapes sur les joues. Il eut l’air ravi de me voir.

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