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Mes débuts dans le dopage (20) : ami ou pas ?

lundi 2 octobre 2006

Ce texte a été écrit en avril 2005 et n’avait jamais été mis en ligne. Nous le restituons tel qu’il a été rédigé à l’époque.

Sans commentaire. Pour et avec Charly.

Diverses raisons m’ont conduit à ne pas publier les dernières chroniques que j’ai écrites à propos de Charly. Celle-ci restera aussi en suspens jusqu’à « nouvel ordre ».

Il y a loin que Charly ne m’a pas parlé de vélo, et pour cause : son cas semble désormais déconnecté du contexte cycliste ; et pourtant, on n’en a jamais vraiment quitté le domaine. Pour son anniversaire, je l’ai aidé à s’offrir la panoplie Bianchi, comme la mienne ; il m’a confié son désir de se relancer « pour de bon » dans le vélo. Ce genre de confidences paraît pathétique quand on fréquente le personnage plus d’une journée. A mes yeux, Charly est un pantin qui achève de se désarticuler (lapsus : au lieu de pantin, j’avais écrit pantani) - et pardon, Charly (dont évidemment ce n’est pas le vrai prénom, pour répondre à un lecteur, dont je n’ai pas pu publier le message), pardon si tu lis ce que j’écris ; et en cet instant c’est la première fois je crois que je m’adresse directement à toi dans mes chroniques. (Mais je crois vraiment qu’il ne les lit pas, comme il le dit ; je pense que j’aurais perçu à son comportement ou à des allusions, s’il les lisait)

Avant-hier (Ndlr : cette chronique devait être publiée début avril 2005), alors que je rejoignais une table pour dîner, Charly derrière moi fut sonné par une enseigne Flunch en carton lourd qui se décrochait, par un côté, sur sa tête. Son plateau a versé. Il fut interloqué. Anecdote idiote ! J’aperçus la scène avant de me retourner, à la faveur d’un jeu de miroir ; et je ne pus réprimer un fou rire… Pour la première fois depuis que je le connais, je voyais Charly dans une scène cocasse et idiote de la vie quotidienne, comme il en arrive à n’importe qui. Cela, enfin, me paraissait réel ; pour la première fois, j’avais envie de rire. Alors il rit aussi. Le serveur des plats cuisinés m’interpella en souriant : « Il faut être bons amis pour pouvoir se moquer comme ça ! »

Et finalement, cette remarque-là éveilla en moi une série d’interrogations : qui est Charly pour moi ? Sommes-nous bons amis ? Quelle confiance puis-je lui accorder ? Qui est-il ? Et moi pour lui ? Comment qualifierais-je ce garçon auprès de quelqu’un : dirais-je de lui qu’il est un ami ? Toute sa posture d’ami m’embarrassait : c’est bien qu’il est mon ami ! Devant lequel je me sens démuni.

J’ai eu parfois l’impression de l’entretenir. L’argent de mes cours particuliers repartait dans sa poche, au détriment parfois de mes propres repas (votre serviteur ne gagne pas sa vie [ndlr : vrai à l’époque]) ; je suis allé le récupérer à l’hôpital, dans des soirées douteuses, je l’ai recueilli en pleine crise, je lui ai couru après dans la rue, je lui ai offert le gîte, j’ai essayé de le tirer de la prostitution, et en fin de compte, comme une question sotte qui revient trop peu souvent : et sa famille ? où est-elle et que fait-elle ? Charly a ceci de formidablement intelligent qu’il sait organiser ses relations de manière que les sujets tabou ne surgissent jamais. Comment s’y est-il pris, je ne sais pas, mais on n’évoque jamais l’existence de sa famille. Je me suis dit : c’est à ce genre de signes qu’on sent qu’il n’est pas authentiquement un ami ; mais bel et bien un homme à secourir avant tout. Et puis non, c’est trop idiot : qui suis-je pour me permettre un tel raisonnement ?

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