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Mes débuts dans le dopage (4) : l’aveu terrible

mardi 21 septembre 2004

Sans commentaire. Pour et avec Charly.

Ma rencontre avec Charly a d’abord été électronique. Elle s’est faite par l’intermédiaire de Vélochronique. Un soir, ma messagerie privée reçoit le message d’un lecteur-cycliste du coin, qui fréquentait le site depuis quelques temps, et qui m’avait aperçu sur la Canebière à la Classique Haribo en février, avec ma carte Vélochronique autour du cou. Rien ne présageait la suite des événements. C’était un jeune cycliste enthousiaste. Voilà tout. Alors quoi ? Tout aurait pu en rester là. Devrais-je me reprocher la création de Vélochronique ? Je suis dans une drôle d’affaire, d’accord. Et je vous le dis, je suis perdu dans mes interrogations. C’est Charly lui-même qui a demandé que ma chronique du jour soit consacrée à notre rencontre.

Il est jeune, je ne peux dire que cela. Lorsque nous nous sommes vus pour la première fois, sur proposition mutuelle par mail, je l’ai trouvé d’un naturel calme et blasé, plutôt fin et perspicace, mais je reconnais que je ne lui ai pas accordé une grande importance, et je n’imaginais pas un instant que les choses auraient pu prendre une telle tournure. Je croyais ne plus jamais revoir Charly. Puis nous nous sommes croisés par hasard, dans notre ville, quelques temps plus tard, et voilà bien une sacrée affaire qui en découle. Un peu à ma surprise, nous avons sympathisé. Mais notre seul domaine de discussion est resté le vélo. Le contrat de confiance s’est établi au gré du temps, je le répète : malgré nous. Je ne sais pas pourquoi. Je suis devenu celui qu’il voulait pour délier le nœud et parler, enfin. Je ne sais pas, à ce jour, s’il m’a choisi le premier jour, ou si cela s’est fait progressivement.

Lorsqu’il m’a dit qu’il était drogué, je n’avais pas eu de soupçon. Je n’avais pas osé lui demander s’il avait déjà vu quelqu’un toucher à la dope, mais j’étais à des lieues d’imaginer son cas. A posteriori seulement, c’était évident : Charly est, de manière très apparente, dépendant des médicaments. Son comportement est, c’est vrai, plutôt déconcertant, mais comment pouvais-je deviner qu’il n’avait pas toujours été ainsi ? Il est un peu décalé. En-dehors des choses ; à ses grands moments de lucidité succèdent des instants d’incohérence. Il a des colères brusques, presque gênantes en public, et des déconnexions soudaines. A plusieurs reprises, dans la rue, j’ai observé Charly s’approcher d’inconnu(e)s et les dévisager sans raison. Je suis très embarrassé, je dois l’excuser. Je pense qu’il en joue aussi. Mais pour un quidam, ce garçon passerait juste pour un loufoque.

Sa première confidence sur le dopage s’est faite il y a un peu plus d’un mois. Je suis resté comme une nouille. Un peu paniqué en fait. J’ai perdu le contrôle intérieur. Il ne m’avait même pas prévenu. Pas de « j’ai quelque chose à te dire », rien. Aucun contrat. Seulement celui implicite de la confiance. Alors pourquoi moi ? Cette question me taraude depuis lors. Il m’a en quelque sorte piégé dans son secret. Pas très sympa, direz-vous ! C’est parti comme ça, sans contrôle, comme un pétard en moi. Allez savoir, j’ai compris tout de suite ce qu’il allait me confier ; mais pourquoi ? « M… alors, mon vieux Raph, accroche-toi, ce que tu vas entendre, t’as rien fait pour l’entendre, mais ça va tomber sur toi ». Ce fut la panique. Lorsqu’il a dit clairement qu’il était chargé, mon malaise a été profond. J’ai eu l’impression que mon fils me faisait l’aveu terrible. Celui qui fait basculer la vie. Du type : « Je suis malade », « Je suis homo », « Je me drogue », « J’ai essayé de me suicider ». J’ai compris la douleur d’un père aimant qui entend ce qu’il ne voudrait surtout pas entendre, et qui aime quoi qu’il arrive.

La chronique de Charly : mes débuts dans le dopage
1- Le coup de grisou
2- Confiance et confidences
3- Désenchantement
4- L’aveu terrible

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