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Mes débuts dans le dopage (5) : rencontre avec le vice

mercredi 22 septembre 2004

Sans commentaire. Pour et avec Charly.

J’ai moi-même pris la mesure des progrès fulgurants que Charly pouvait opérer en très peu de temps. En fait, « progrès » n’est pas du tout le mot adéquat, et c’est lui-même qui m’en a fait la remarque lorsque je l’ai employé. C’est pas des progrès lorsque tu es dopé Ce garçon est naturellement et évidemment hautement plus performant que moi en temps ordinaire. Sur un circuit habituel de 30 km, avec côtes, parcouru fréquemment par chacun de nous deux, à allure contre-la-montre, il me proposait quand même presque 4 minutes de mieux, soit une différence de presque 3 km/h. (50 minutes contre 54) Je l’ai vu en quelques semaines descendre ce palier à 47’21, record intouchable. Quant à moi, je stagne en dépit de mes efforts, englué au mieux dans mes 53 minutes bien sonnées.

Quelques secondes grapillées sur son propre chrono, tout doucement, c’est tout ce dont il était capable avant. Comme moi. Comme un athlète très entraîné qui est en-haut de ses capacités. Un beau jour, il me propose 48’10, et j’accuse le vent favorable ou je-ne-sais-trop quelle fantaisie. Puis 47’49, presque frais comme un gardon paraît-il. Et les 47’21, arrachées quand même à grosses gouttes, j’en atteste, ont été assez vexantes pour moi, qui palpais bien les 6 minutes et quelques que j’avais à combler. D’un coup à l’autre, Charly a amélioré sa vitesse moyenne de 2 km/h, sur seulement 30 km. J’étais calmé. L’explication, à ce moment, je la connaissais déjà. J’étais donc posé comme un observateur ; l’entraînement avait presque des allures d’expérimentation. Charly voulait me montrer, ou je voulais voir, bref, il m’a montré, j’ai vu, j’ai compris.

Il cherche avec beaucoup d’efforts à me faire comprendre, depuis le début, à quel point ça change un homme. Je l’ai toujours pensé volontiers. Il me répète beaucoup qu’il ne se sent plus forcer, que tout semble facile, et presque agréable, qu’on vole carrément. Il a peur, dirait-on, que je n’en prenne pas bien la mesure. Au début, dit-il, j’étais convaincu que ça changeait pas grand-chose, que c’était juste un coup de pouce. L’effort c’était quand même moi qui le faisais, avec mes jambes. C’est très valorisant de rouler d’un coup sans souffrir, et surtout très vite. C’est en grimpant des côtes qu’il a pris conscience de la transformation. Normalement, je souffre énormément, je perds complètement mon souffle, et j’arrive pas du tout à suivre le rythme. Et d’un coup, j’avais l’impression d’être poussé par le vent. Dès la première course, je me suis senti métamorphosé : pour une fois, je suivais les meilleurs, et sans me faire mal.

C’est ainsi qu’après avoir arrêté la médication, en la croyant efficace au long-terme, Charly a vu que les effets disparaissaient plus ou moins. Et là, t’as envie d’en reprendre. Ça te manque, t’as besoin de retrouver cet état. Rouler vite et sans douleur, c’est trop bon. Quand ça marche plus, tu n’acceptes pas de souffrir à nouveau, et de galérer. Faut pas commencer, sinon t’arrêtes plus. Il pense alors que c’est provisoire, en attendant de retrouver la grande forme, oui, celle qu’il n’a jamais eue justement, et qu’il ne peut pas avoir sans la dope. C’est comme du chocolat, tu te dis chaque fois : allez, un dernier carré de chocolat, et puis j’arrête. Et tu continues. Et après plusieurs semaines, tu vois quoi ? Que tu es toujours dedans.

La chronique de Charly : mes débuts dans le dopage
1- Le coup de grisou
2- Confiance et confidences
3- Désenchantement
4- L’aveu terrible
5- Rencontre avec le vice

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