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Mes débuts dans le dopage (6) : triste devant le cyclisme

jeudi 23 septembre 2004

Sans commentaire. Pour et avec Charly.

J’ai parfois été triste devant le cyclisme. Le vélo m’a tiré des larmes et m’a donné des joies uniques. Il m’a déçu et émerveillé. Chagriné et emballé. Surpris et blasé. Le sport cycliste a généré et canalisé toutes les émotions communes à ma vie ordinaire. Il est le théâtre de mes fougues et de mes passions, il est semblable à une micro-vie dans la vie. Le cyclisme est mon ami, mon grand frère, mon amant, qu’importe, et c’est selon les jours. Bref, je suis tombé en religion.

C’est la vocation : l’appel. Et dans ce genre d’expérience, le moindre cahot est un monumental coup de massue. J’ai aimé le vélo avant que d’en faire. Quant à lui, Charly a fait du vélo avant de l’aimer. Je ne crois pas qu’il soit un passionné pur ; il aime son sport, point. Dans vingt ans, qu’en sera-t-il ? Un béguin de jeunesse ? Je suis malgré tout surpris par sa volonté de se familiariser avec l’histoire du cyclisme. Son vécu en la matière se délimite à Armstrong, à peine à Indurain. Il connaît tout des cinq derniers Tours de France, mais ne sait pas qui est Bjarne Riis. Il se passionne pour les étapes du Tour mais ignore l’existence achevée du Grand Prix des Nations.

Il a naturellement le souvenir du scandale Festina, qu’il a vécu avec plus ou moins d’indifférence. 7 ans après, quand il me parle de son propre dopage, c’est comme si tout cela n’avait pas existé, ou comme si ça n’était pas bien réel. Il ne se rend pas compte que c’est la même chose, le même problème, le même mot : dopage. En revanche, la mort de Pantani lui paraît bien plus concrète, je veux dire : bien plus proche de son monde. Parce que les similitudes, probablement, lui ont été assez nettes. Cocaïnomanie, dépression, galère. Et pourvu que ça s’arrête là. Je lui ai raconté aussi les aveux de David Millar, que je trouvais intéressants à rapprocher de son cas : le garçon honnête qui succombe à la maléfique tentation. Il s’y est sincèrement reconnu. Il a lu les extraits des déclarations de Millar repris par l’Equipe cet été : lui il sait bien ce que je ressens, et moi je sais bien ce qu’il ressent.

Tout pour ça dire : j’ai parfois été triste devant le cyclisme, et cette fois, la confusion des sentiments me laisse partagé. Partagé devant cette sensation d’irréel et cette impression d’abomination. Devant ce pauvre garçon qui souffre et qui se repose sur moi. Devant ces champions que j’aime et qui… bon sang ! formuler encore ces idées me lasse en ce moment. Ce n’est pas Raphael le chroniqueur qui s’exprime ici, c’est le garçon qui s’interroge et se tourmente, et se pose les questions que tout individu de la société civile peut se poser. Je suis partagé devant ma passion, devant ces champions, devant ce jeu de pantins, de dupes, de farfadets. Partagé entre l’envie d’un grand bol d’air et l’envie de rouler toujours ; si je puis faire un effort pour Charly.

Partagé entre l’envie d’y croire et l’envie de redevenir un observateur silencieux.

La chronique de Charly : mes débuts dans le dopage
1- Le coup de grisou
2- Confiance et confidences
3- Désenchantement
4- L’aveu terrible
5- Rencontre avec le vice
6- Triste devant le cyclisme

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