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Mes débuts dans le dopage (8) : de l’influence à la persuasion

dimanche 26 septembre 2004

Sans commentaire. Pour et avec Charly.

Son visage a pris une tournure inhabituelle, son flegme a reçu un coup. Il aurait voulu se cacher derrière l’orangeade. Toujours les ailes de son nez laissent affleurer des perles de sueur, mais ses joues, là, étaient montées au rouge ; il s’est arrêté de parler. Je n’ai pas osé tourner la tête, chercher la cause de cet émoi. Un groupe de trois jeunes gens s’est avancé vers nous, et l’a salué avec fracas. C’était la première fois, d’ailleurs, que je voyais ainsi Charly dans un monde réel, une réalité quotidienne propre à chacun. Il avait donc des amis. J’en étais presque soulagé. Ces jeunes gens rendaient Charly plus ordinaire à mes yeux. Il avait une vie normale, dans un coin de son existence.

Lorsque nous fûmes seuls à table, mais alors, entièrement seuls, selon cette impression terrifiante de solitude que me renvoyait Charly, il retrouva un air triste. Ce qui correspondait totalement à l’image qu’il avait bâtie en mon esprit. Je suis grillé, là, non ? Je n’ai pas du tout suivi son raisonnement. « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Ils m’ont vu avec toi. « Bon, et alors ? ». Ils vont faire le rapprochement, c’est sûr. Il était accablé, et moi ahuri. « Quel rapprochement ? ». Tes chroniques. Ils vont comprendre que le mec de tes chroniques, c’est moi. Il faut dire que j’ai toujours connu Charly en proie à des délires de persécution. Parano, il l’est en plein. Et j’ai aussi acquis la conviction que c’est un penchant qui lui est venu seulement avec la drogue. Je donnerais cher pour le voir un jour dans son état le plus naturel.

« Y a pas de rapprochement à faire. Ils ne savent pas qui je suis. » Je ne l’ai pas convaincu. Il avait peur, tout simplement. Oui, quelqu’un, dans l’absolu, pouvait un jour faire le rapprochement. Entre ce garçon que je fréquentais et ce Charly de mes chroniques. Et quel facteur de malchance fallait-il attribuer à cette possibilité ? Charly ne voyait plus le monde autour de lui, il croyait être le centre d’attention de tous. Merci pour l’argent Voilà encore une récurrence. Ses remerciements. On s’est levé et on allé à sa moto. On est parti, et sur le boulevard, entre deux feux rouges, il m’a fait dans son casque : Tu essaierais avec moi ? J’ai fait semblant de ne pas comprendre : « De quoi ? » Tu prendrais de la coc’ ? Au culot. J’ai envie de dire : tout bonnement. Je me suis contenté de lui donner une tape dans les côtes, et j’ai bien senti que cette réponse-là était déjà un aveu de faiblesse. Je ne l’avais pas jouée fine.

C’est allé très vite. Il s’est arrêté sur le couloir des bus, il m’a fait descendre de moto pour pouvoir descendre à son tour, il m’a tendu la main, je lui ai spontanément donné l’argent promis, avec la confuse sensation que je faisais mal, comme un gamin qu’on force à faire une bêtise. Il a filé sous mes yeux, le casque sur la tête. A trois pas de la salle de muscu du périphérique, il fit face à un type. C’est allé très vite. Il est revenu, tout était déjà en poche. Lorsqu’il a enfourché sa moto, je ne sais pourquoi j’ai cru, l’espace d’une seconde, qu’il allait me lâcher là, et démarrer sans moi. Oui, j’y ai cru, en dépit de la confiance que j’ai placée en lui. J’ai été surpris, il m’a enjoint de monter, et j’étais presque déçu de ne pas pouvoir aller rencontrer ce type, déjà disparu. Pour être clair : je n’ai rien vu. On est parti, il m’a fait : Alors, tu serais partant ?

La chronique de Charly : mes débuts dans le dopage
1- Le coup de grisou
2- Confiance et confidences
3- Désenchantement
4- L’aveu terrible
5- Rencontre avec le vice
6- Triste devant le cyclisme
7- Redevenir un observateur silencieux du cyclisme
8- De l’influence à la persuasion

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