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Mes débuts dans le dopage (9) : effets gênants…

mercredi 6 octobre 2004

Sans commentaire. Pour et avec Charly.

Il n’avait pas la moindre envie de recevoir un conseil ou une mise en garde. Je l’avais bien compris, je n’étais pas là pour cela. Si à un moment, forcément mal choisi puisque indésirable pour lui, j’étais visiblement entré dans une démarche de « sauvetage », les ponts entre nous se seraient écroulés. Le contrat qu’il avait établi entre nous procédait en quelque sorte, d’une manière détournée, d’une sorte de chantage psychologique et implicite qui serait à peu près le suivant : Je me confie à toi, tu ne fais que recevoir mes confidences, et à la moindre tentative suspecte, je sors de ta vie. Une tentative suspecte serait celle de vouloir l’aider. Et cela, je ne le subodore pas, c’est une récurrence dans le propos de Charly : je ne veux pas d’aide. J’ai l’impression que Charly m’a posé comme un observateur de sa toxicomanie, comme il m’aurait installé devant un objet à examiner en silence.

Soit. Mais assister à la putréfaction de l’âme de ce garçon, je n’y étais pas résolu. Epouvantable sentiment d’impuissance. Charly sait qu’à aucun instant un jugement de valeur n’a traversé mon esprit. Je suis neutre devant lui, neutre dans le jugement, mais pas affectivement. Je ne vois à travers lui plus que le drogué, le jeune homme qui n’en est même plus à s’ensuquer consciemment avec les dopes qu’il maniait avec lucidité il y a quelques mois encore.

Tu sais pas quoi ?… Tu vas rigoler…, il m’a dit. Il parlait à voix basse, et regardait le pavé. Il s’est laissé couler au fond de la chaise. Un ange passa. Il était gêné ! S’il avait su me raconter sans pudeur les façons abominablement glauques qu’il avait de nourrir son sang, son foie, ses tripes, de son cent de dopes, que pouvait-il m’annoncer dès lors avec embarras ? Mais l’embarras était plutôt le sien vis-à-vis de lui-même. C’était s’entendre dire la vérité que j’attendais sans sourciller qui lui faisait baisser les yeux. Il se caressait le front. Non, c’est pas drôle, il faut pas rire. « Ben, dis-le moi ». C’est spécial, tu vois. Je t’avais dit que j’avais des effets bizarres à certains endroits. Eh bien… Bon, j’avais compris. Avec ses mots, Charly m’a dit qu’il était devenu impuissant. Si j’ai eu envie de sourire, c’était par soulagement : mieux vaut toujours ça ! La prochaine fois, que me dira-t-il ? Mais à côté de ça, j’ai dû faire une drôle de tête, j’avais devant moi un jeune homme, au visage adolescent, qui me confiait, à l’âge qu’il a, l’air grave et chagriné, qu’il est impuissant.

« Ça doit être un effet secondaire, non ? ». Sans blague ? Je suis pas idiot. J’étais un peu en colère. C’était la première fois depuis que je le connaissais ! « Bon, alors dis-moi, si tu sais. Alors c’est quoi cette fois ? Tu prends des anabolisants, pour en être impuissant ? ». Et comme si de rien n’était : Non je crois que c’est à cause de ces trucs, tu sais, pour ralentir le cœur… « Des bêta-bloquants ? » Voilà. Alors, celle-là, elle était très fade, et étonnante. Des bêta-bloquants ? Je me surpris à faire ce raisonnement : la cocaïne, d’accord, mais des bêta-bloquants : quel intérêt ? Charly n’était plus du tout, depuis un moment, dans une perspective de compétition de haut-niveau, et il m’était évident qu’il ne se droguait plus que par addiction. Et pouvait-il être dépendant aux bêta-bloquants ? Où était son besoin ? Quel plaisir eût-il pu en tirer ? J’ai pensé qu’il se trompait, je savais d’ailleurs qu’il ne maîtrisait pas bien les terminologies en matière de dopes. Et j’ai eu une angoisse, confuse mais lourde ; je ne suis pas expert non plus en stupéfiants, mais ma pensée a effectué le calcul suivant au résultat inconnu mais que je croyais terrifiant : « cocaïne + peut-être amphétamines + bêta-bloquants = ? » En une fraction de seconde, j’ai essayé de comprendre ce qui l’aurait poussé à prendre des bloquants. J’ai craint un raisonnement périlleux ; et si c’était pour compenser les effets cardio qu’il attribuait à la coc’ ? Qu’est-ce que c’est que ce cocktail ?

« Ça ne t’est peut-être pas utile de prendre tout ça. » C’est une mise en garde ? « Tu fais ce que tu veux avec ta santé. Et l’argent ? Comment on fait avec l’argent ? Moi je veux bien t’aider si c’est un besoin vital. Le besoin, c’est pas pour 36 drogues. Je crois que c’est clair, ça. Alors, ou c’est un caprice ou c’est un besoin. Fais le tri. » Tu me fais la leçon ? « Mais pas du tout ! » Charly parano, parmi tous les Charly que je voyais défiler dans ces grandes périodes. « Bon, donc, tu es impuissant. » Ça craint hein ?. Là, peut-être, il touchait du doigt les risques qu’il courait.

La chronique de Charly : mes débuts dans le dopage
1- Le coup de grisou
2- Confiance et confidences
3- Désenchantement
4- L’aveu terrible
5- Rencontre avec le vice
6- Triste devant le cyclisme
7- Redevenir un observateur silencieux du cyclisme
8- De l’influence à la persuasion
9- Effets gênants…

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