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Rétrospective MARCO PANTANI

20 juillet 1994 : le jour où Pantani se fait un nom épique

vendredi 20 février 2004, par Raphaël Watbled

Le Tour de France 1994 est le lieu où Pantani a révélé son prodigieux talent de grimpeur au grand public, pour sa première participation, à 24 ans. Déjà 2e du Giro en juin, Pantani se montre au Tour un grimpeur hors pair avant de terminer troisième de l’épreuve derrière Indurain et Ugrumov. La 17e étape, Bourg-d’Oisans / Val Thorens donne lieu à un spectable inoubliable : blessé le matin, au bord de l’abandon, Marco se redresse pour assommer le peloton dans la montée finale.

Juillet 1994 - Evgueni Berzine vient d’éclabousser le Tour d’Italie de sa classe insolente et fulgurante. Ses cheveux aux vents ont rayonné de toute leur blondeur et Miguel Indurain, triple vainqueur du Tour de France, est assez sèchement battu. Qu’importe, le Tour sera son affaire, et sans contestation. Au départ de ce Tour, le dauphin de 1993, Tony Rominger, fait figure de concurrent principal. Et puis dans le peloton se cache un drôle de garçon, au visage encore inconnu mais inoubliable.

Les plus avisés auront cependant reconnu la bouille sympathique de ce petit Italien qu’on a découvert au Tour d’Italie précisément, ce petit Italien qui, à y réfléchir un instant de plus, a fait son petit effet, lui qui a réellement impressionné les suiveurs par sa formidable aisance dans les montagnes. Certains auront pressenti quelque chose de nouveau dans ces spectacles qu’il a donnés sur les pentes d’Italie, quelque chose de considérable, d’inédit ou de ressuscité, quelque chose qu’on avait laissée en sommeil chez des champions endormis de la légende en repos. Cette manière qu’il a eue de grimper les cols et de poser ses dynamites ! Oui, oui, à y réfléchir un instant de plus, le petit Italien a été redoutablement intimidant dans les cols. Et puis en fin de compte, son nom n’est pas encore passé à la postérité, mais il s’est intercalé entre Berzine et Indurain au classement final. Alors, croyez-vous que ce bout d’homme-là, qui n’a pas ses vingt-cinq ans, et qui gagne de la sorte à Merano et Aprica pour être 2e de son premier Giro, croyez-vous qu’un homme qui grimpe ainsi, croyez-vous que l’histoire se finit là ?

Et puis son nom est trop beau pour qu’on l’ignore encore. Et puisqu’il faut bien se faire connaître, MARCO PANTANI ne vas pas tarder à montrer au grand public du Tour de France qu’il est un grimpeur sensationnel qui mérite qu’on fasse un peu attention à lui. Et on ne sera pas près de l’oublier ! Très vite, Marco se signale par son coup de pédale déconcertant dans la route qui s’élève. Ce garçon de l’équipe Carrera, disciple de Claudio Chiappucci, 24 ans depuis le 13 janvier, le visage plutôt grimaçant, n’a plus guère de cheveux sur le crâne, qu’une simple couronne un peu hirsute entoure avec fantaisie. Sa tête un peu ronde est sertie entre deux oreilles que sa calvitie presque totale met en valeur. Bientôt il n’est plus très étonnant de voir cette puce sautiller dans les cols où sa pédalée s’avère irrésistible. En quelques jours, la France se fait à son nom, Marco Pantani, et s’apprête, chaque fois que la montagne domine le Tour, à le voir surgir du peloton. Mais attaquant tantôt précoce, tantôt tardif, il additionne les places d’honneur sans gagner d’étape, 3e à Hautacam, 2e à Luz-Ardiden, tout en remontant le classement général.

Le 16 juillet, Guy Roger écrit au sujet de ce formidable grimpeur : « Marco Pantani a une voix douce comme du miel et de la naïveté dans les prunelles. Mais Pantani, bombardé capitaine de route en une nuit, le temps qu’il aura fallu à Chiappucci pour capituler, n’a pas de la guimauve dans les veines. » Et le mercredi 20 juillet, c’est du grand spectacle de pirate qu’il nous offre à voir. Au matin de cette 17e étape qui relie Bourg-d’Oisans à Val Thorens, on se demande encore comment celui qui est incontestablement le meilleur grimpeur du peloton actuel se débrouille pour n’avoir encore gagné aucune étape.

Cette étape pourrait être la bonne, mais le maudit, qu’on surnomme alors le Diablotin, a décidément quelque chose qui lui manque dans son capital-chance. La 17e étape du Tour 1994 donne lieu à une senastionnelle petite histoire comme le vélo les aime, et qui fait placer le nom de Pantani dans la case héroïque du jeu cycliste. La folle journée commence mal, évidemment, puisque le malheureux Marco, serré par Alberto Elli, fait un joli saut de vélo dans la descente du Glandon, après seulement 25 km de course, pour se précipiter tout droit dans la caillaisse, où son genou vient jouer au martyr. Le petit gars de Cesenatico a la douleur qui suinte du visage, toutes grimaces dehors, parfaitement convaincu d’avoir le genou brisé. Les larmes envahissent son regard embué, qui crie déjà tout son désespoir. Et s’il remonte sur le vélo, c’est absolument démobilisé, en souffrance, au bord de l’abandon. Bientôt, malgré les propos rassurants du docteur Porte, un hématome apparaît sur un muscle, trahissant la douleur qui accable Marco, grimpeur en tristesse.

A cet instant du Tour de France, Pantani n’est pas loin de la sortie. Son moral laisse entrevoir sa sensibilité. Au sommet du Glandon, alors qu’il avait avec peine plus ou moins réussi à raccrocher l’arrière du peloton, Pantani est lâché.

Et pourtant, toutes larmes oubliées, c’est bien lui qu’on entrevoit une quarantaine de kilomètres plus loin, dans la Madeleine, où il répond à une attaque de Luc Leblanc. Indurain remet les choses en ordre mais Pantani avait relevé la tête. Et avec panache, avec audace et culot, avec une force nouvelle, à la manière des purs grimpeurs, qu’on se résigne à voir de dos, Pantani démarre à six kilomètres de l’arrivée, le sommet de Val-Thorens. Leblanc tente bien de s’accrocher, mâchoire hargneuse, mais c’est bien vite mission complètement impossible. A ce moment de l’histoire du vélo, Pantani est le meilleur grimpeur du monde, et pour quelques années encore. On savoure alors ce style de puriste, celui du grimpeur à l’ancienne, aux petits braquets, qui monte par à-coups et par accélérations successives.

Le malheur, encore, c’est qu’à l’avant il y a encore des échappés, et ils sont alors trop proches du sommet pour que Marco parvienne à les rejoindre. Il lui manque une petite minute pour être le premier en-haut, mais sa performance est telle qu’il est reconnu naturellement comme le vainqueur moral de l’étape, troisième mais héroïque. Au sommet, il arrive 1’28 devant Virenque, Indurain et Zülle. Pantani se fraye un passage dans la légende des grimpeurs. Son style est déjà très proche de celui lointain de Charly Gaul, grimpeur phénoménal au tempérament solitaire et invraisemblable, qui ne faisait sa vie cycliste que de coups magistraux et épiques. Pantani est encore très limité dans l’exercice contre-la-montre, mais il est ce qui se fait de mieux dans la catégorie des grimpeurs.

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